5 septembre 2026. Avec 3 films ce jour, le rythme se ralentit un peu pour permettre d’écrire sereinement les nouvelles critiques de chaque film vu.
C’est clairement POSSIBLE LOVE (GA-NEUNG-HAN SA-RANG) qui sort du lot des 3 films du jour. Ce film coréen du sud de Lee Chang-dong est un petit bijou tant scénaristique que de mise en scène.
11h15. SUCCEDERÀ QUESTA NOTTE (Sala Darsena, Venezia 83)
Plusieurs destins vont se croiser au départ de 2 femmes qui vont refuser de s’engager. Sur des périodes allant de 7 années en 7 années et puis enfin de 3 années, le réalisateur Nanni Moretti, en s’inspirant librement du recueil de nouvelles de Eshkol Nevo (dont il avait déjà adapté un roman pour son film TRE PIANI) va suivre ses 2 protagonistes (Matteo et Greta) dans leur amour contrarié au fil du temps.
Rencontres, amour, opportunités, famille vont être les thèmes brassés pendant les 1h40 du film qui part dans de nombreux sens et explore de nombreuses pistes sans jamais pour autant en approfondir l’une ou l’autre. On a l’impression d’être dans un récit bulle de champagne qui risque d’exploser à tout instant. C’est frais, c’est léger mais cela manque aussi d’enjeux tant les protagonistes de Moretti ont cette propension au travers de tous ses films d’évoluer dans un milieu bourgeois qui, manquant de problèmes concrets, s’en crée.
Jasmine Trinca (qui joue également dans L’ESTRANEA présenté au même festival de Venise) et Louis Garrel (CHIEN 51, SAINT-EX, LES TROIS MOUSQUETAIRES) forme un beau couple à l’écran, crédibles et permettent certainement au film de fonctionner sur le plan du désir amoureux ou de la complicité des protagonistes. Mais ce n’est certes pas suffisant pour donner un élan plus profond au film.
En soi ce Nanni Moretti n’est pas un mauvais film, mais c’est un film daté qui ne correspond plus -au niveau de l’intrigue- à quelque chose de vraiment contemporain. Bien sûr, les histoires d’amour impossibles ou contrariées existent toujours mais celle-là s’inscrit bien trop dans une mouvance loin d’être actuelle.
15h00. THE ROAD TO JERICHO (Sala Grande, Venice Open – Hors compétition)
Difficile de qualifier ce documentaire du réalisateur israelien Amos Gitaï. Dans un trip entre Jérusalem et Jericho, il va à la rencontre des gens, notamment dans le village bedouin de Khan El Ahmaret qui risque d’être évacué pour laisser la place à des colons. Il propose une vision entre documentaire et fiction avec des extraits de films précédents pour mieux montrer la vision positive de la paix d’Israël et de Gaza qu’avait Yitzhak Rabin.
Ce trip étrange et lancinant dans un désert de roches et de sable avec parfois quelques arbres fait surtout ressentir un forme de lassitude face à ces combats permanents qui sous-tendent la vie de cette région. Malheureusement, la lenteur du film, la monotonie des paysages, de temps à autres entrecoupé de rencontres étranges au milieu du désert, ne sert pas vraiment le propos et rend difficile une meilleure compréhension du problème.
19h00. GA-NEUNG-HAN SA-RANG (POSSIBLE LOVE) (Sala Darsena, Venezia 83)
Depuis quelques années le cinéma coréen (du sud) fait un carton plein chez nous en Belgique mais aussi dans pas mal d’autres pays. Que ce soit dans le polar sombre, le thriller, l’action pure, le fantastique et même jusque dans les séries, la Corée réussit à proposer des scénarios originaux, intelligents, mêlant souvent habilement des thématiques très diverses dans un même film.
POSSIBLE LOVE est une parfaite illustration que l’on doit à l’immense talent du réalisateur de SHI (2010) ou de BEONING (2018), Lee Chang-dong. Ce dernier comme à son habitude pose lentement mais surement ces personnages, les ancrant ic dans leur deux classes sociales (la classe ouvrière face à la classe bourgeoise et très aisée). Le réalisateur ne laisse planer aucun doute, il ya bien une différence fondamentale énorme entre cette famille ouvrière mise à mal par des licenciements massifs et brutaux par de grosses entreprises et la classe dirigeante dont fait partie cette réalisatrice de documentaire qui veut axer son travail sur ce que subit la classe ouvrière.
Dès le départ, on sent que tout est faussé. Ye-Ji, la réalisatrice a beau être enjouée et vouloir faire un documentaire sur ce mouvement de licenciements et ses implications, elle veut aussi et surtout faire une oeuvre documentaire qui la mette en avant. Mi-Hok, la femme de Ho-Seok qui vient d’être licencié et ne parvient pas à s’en remettre, le sent bien. Elle voit cette richesse qui s’étale (les chemisiers, le sac de Ye-Ji, la porche de Sang-Woo, le mari de Ye-Ji). Tout transpire la différence. Et l’amitié qu’essaye de faire naître Ye-Ji entre leur 2 couples s’avèrera une illusion de plus dans un monde dont les différentes classes ont coupé les ponts depuis longtemps.
Le jeu des acteurs favorise une empathie avec les personnages et ce sont ces mêmes personnages qui vont générer leur propre histoire grâce au talent de conteur et de metteur en scène de Lee Chang-dong. Tout coule de source dans ces huis-clos, une réflexion, un geste, un non-dit entrainera une réaction inévitable donnant toute sa force à cette histoire ô combien actuelle! A voir absolument en espérant qu’il trouve un distributeur en Belgique!
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C’était tout pour ce 5 septembre 2026 à la 83e Mostra de Venise. Et le soleil qui frappe toujours fort se couche, comme toujours, en ondulant sur les vagues molles de la lagune de Venise


