30 août 2024, vendredi.
On vous l’avait promis, aujourd’hui, c’est 6 films sinon rien!

Vous vous demandez sans doute à quoi correspond l’image ci-dessus? Il s’agit des parapluies que les visiteurs du festival mettent le long du mur les séparant du tapis rouge pour garder leur place pour le soir au moment où les vedettes monteront sur le tapis rouge. Ces parapluies ont 2 fonctions: la première est de les protéger du soleil (il y a pour le moment entre 36 et 37 degrés en plein soleil), la 2e de réserver la place quand ils n’y sont pas. Quand on aime, on ne compte pas les degrés…
BABYGIRL
9h00, Salle Darsena.
On a eu 50 NUANCES DE GRIS sur les pratiques sado-maso et l’on a maintenant BABYGIRL sur les pratiques de soumission et de domination. La comparaison est hélas plutôt bonne car comme pour 50 NUANCES, celles et ceux qui vont voir BABYGIRL pour en apprendre plus sur la sexualité féminine ou pour des raisons plus primaires de voir quelques scènes de sexe avec la toujours belle Nicole Kidman en seront pour leur frais (qu’ils ou elles aillent donc voir EYES WIDE SHUT de Stanley Kubrick qui en une scène en dit et montre dix fois plus).
Car BABYGIRL fait partie de ces films que le puritanisme américain a écrasé de tout son poids. Et pourtant la réalisatrice est une hollandaise (et l’on sait que les hollandais sont plutôt libérés au niveau sexuel) et une femme qui aurait donc pu amener un regard neuf ou peut-être plus osé sur la thématique.
Le film de Halina Reijn a un autre défaut: son scénario et la caractérisation de ses personnages. Kidman y est présentée comme une CEO fondatrice d’une compagnie d’automatisation de logistique industrielle, Tensile (en clair elle crée des robots), société qui est plutôt prospère. En clair, il y a du personnel et la CEO n’est pas sans le sous. Ayant du sans aucun doute se battre pour arriver là où elle est, elle a certainement un caractère bien trempé. Et soyons clair, ce n’est pas pour cela qu’elle ne peut pas avoir une sexualité dans laquelle elle est plutôt soumise. Par contre, sa société est sans aucun doute tout pour elle. Pourquoi la mettrait elle en danger en ayant une histoire avec un stagiaire plutôt grande (et belle) gueule qu’en principe elle n’aurait jamais dû rencontrer qu’une fois? Elle affirme elle-même qu’elle pourrait se payer tout ce qu’elle souhaite en matière de sexe et de soumission. Une invraisemblance majeure qui enlève toute crédibilité à ce personnage.
Ses réponses au chantage divers et variés dont elle est l’objet ne font pas naître chez elle la moindre fibre d’une entrepreneuse digne de ce nom. J’en connais plusieurs qui vont plutôt bien rire de cette caricature de fondatrice!
Quant au mari (joué par Antonio Banderas) qui tombe des nues lorsque sa femme lui apprend qu’elle n’a jamais eu d’orgasmes avec lui et qui en parvient pas à discuter des fantasmes de son épouse qu’il semble aimer, mais qui en viendra aux mains avec l’amant de sa femme, il est aussi inconsistant que ce personnage de stagiaire qui se fait remarquer parce qu’il sait parler aux chiens déchaînés.
Vous l’aurez compris, BABYGIRL n’est pas la grande surprise sulfureuse de cette 81e Mostra. Qu’on nous rende BASIC INSTINCT et Paul Verhoeven…
⭐️⭐️
TROIS AMIES
11h30, Salle Darsena.
Le réalisateur Emmanuel Mouret est un grand spécialiste de ce que l’on appelle le marivaudage: une façon d’écrire, de filmer ou de parler des choses de l’amour ou des choses galantes avec une légèreté de ton. Que ce soit avec L’ART D’AIMER, avec MADEMOISELLE DE JONCQUIERES, LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT, il fait preuve d’un vrai talent de conteur d’histoires mais aussi d’un talent de metteur en scène. Il parvient toujours à avoir une bonne homogénéité entre fond et forme ce qui rend ses films plaisants à regarder.
Avec ces TROIS AMIES, interprétées avec un talent incontestable par Camille Cottin, Sara Forestier, India Hair (qui est présente dans PLANETE B présenté aussi à Venise cette année), Mouret confirme ce talent. Les personnages virevoltent d’amour en amour, se croisent, se trompent, s’aiment à nouveau, tout cela dans une légèreté qui prête à sourire. Et si tout est dans le mensonge, tout est aussi dans le non-dit et cela permet d’alimenter une réflexion simple sur ce qu’est peut-être l’amour.

Et l’on sort de la projection avec la même légèreté, diverti, le sourire aux lèvres, charmé d’avoir vu ses personnages dans ses chassé-croisés amoureux sans qu’il y ait de cris, de tempêtes ou de mélodrame. Et pour cela on peut dire: merci Monsieur Mouret.
En définitive, TROIS AMIES nous fait passer un message simple mais tellement rafraichissant: l’amour n’est jamais celui que l’on pense, il n’est jamais là où l’on croit, mais avec lui, tout se résout toujours.
⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️
DICIANOVE
14h00, Salle Darsena.
Film italien présenté à Venise, DICIANOVE tente de nous faire partager l’errance de son personnage, Léonardo, dans sa 19e année (en 2015). Léonardo ne sait pas quoi faire de sa vie. Littérature, économie, son coeur balance avec ses rencontres et ses dépits.
On cherche l’originalité dans ce film dont les cadrages sont très approximatifs et qui n’apporte rien à la vision d’une jeunesse comme on en a connu depuis que le monde existe. Leonardo est un boulet pour tout le monde y compris pour lui. Il explore l’alcool, le sexe au féminin ou au masculin et finit par nous ennuyer profondément.
On aimerait qu’il se trouve ou qu’il lui arrive quelque chose mais malheureusement, nous nous ennuyons à mourir comme lui.
⭐️
MARCO
16h45, salle Darsena.
MARCO est un film basé sur des faits réels. Sur un personnage étonnant qui pendant plus de 30 ans a berné des milliers de personnes en racontant (habilement) des histoires. Enric Marco avait compris bien avant l’heure l’importance du story telling!
Enric Marco est l’affabulateur pour une bonne cause. Son histoire est simple: pendant la guerre 40-45, il a été arrêté en Allemagne et conduit d’abord en prison puis ensuite dans le camp de concentration de Flossenbürg, a réussi à survivre et consacre désormais tout son temps à faire parler des camps de concentration et des espagnols qui y ont été enfermés. Il est même président d’une des associations espagnoles les plus en vue qui tente de faire valoir les droits de ces quelques 9000 espagnols déportés à l’époque de Franco.

Mais voilà, l’édifice construit par ce beau parleur va s’effondrer lorsqu’un historien (qui fait son travail de vérification des faits historiques) lui dit qu’il a un document qui prouve qu’il a été en Allemagne de son plein gré pour des échanges de travailleurs entre l’Espagne de Franco et l’Allemagne de Hitler. A-t-il donc seulement été dans les camps?
Le film de Aitor Arregi et Jon Garaño est édifiant. Il décrit par le menu la fin d’un mensonge de 30 ans mais aussi l’immense malaise déclenché autour de lui par un homme qui semble-t-il voulait servir une cause (ou peut-être simplement se dédouaner de sa lâcheté): celle des déportés et des morts espagnols dans les camps.
Filmé très sobrement, maintenant un certain suspens, MARCO est prenant et éclaire l’histoire espagnole et l’Histoire tout court d’un jour peu connu mais qui a dû cependant exister à de nombreuses reprises suite aux années obscures de la guerre.
⭐️⭐️⭐️⭐️
LEURS ENFANTS APRES EUX
19h30, salle Darsena.
Août 1992. Plein été. Des ados en goguette et en plein ennui dans un coin perdu de l’Est de la France. Anthony traîne avec son pote et tourne autour de Stéphanie sans succès. Il se cherche.
Et nous nous cherchons aussi car le film oscille complètement entre des dizaines de thématiques: entre les rapports au père, les rapports amoureux, le racisme, l’adolescence, le spectateur ne sait plus où donner de la tête et le récit semble ne jamais approfondir aucun de ces sujets.
Alors évidemment il y a la vitalité de Paul Kircher (LE REGNE ANIMAL) dans le rôle d’Anthony, il y a aussi la volonté de décrire une époque pas si lointaine où le racisme quotidien était très présent (l’arabe, c’est forcément le voleur, le truand), où les réseaux sociaux étaient encore loin et où les règles n’empêchaient pas encore de faire toutes les bêtises inimaginables.
Mais Ludovic Boukherma et Zoran Boukherma ne parviennent pas à nous faire vivre de l’intérieur leurs personnages. Le spectateur reste un observateur lointain qui ne s’immerge jamais ni dans l’empathie ni dans l’époque…
⭐️⭐️
WHY WAR
22h30, salle Darsena.
WHY WAR, c’est le nouveau film de Amos Gitaï, réalisateur israélien de KADOSH ou des DERNIERS JOURS D’YITHZAK RABIN. Il essaye dans cette fiction quasi documentaire de comprendre pourquoi l’homme continue depuis la nuit des temps à faire la guerre.
Même si il n’aborde pas ici la guerre que mène Israël avec le Hamas, on sent que son propos se veut avant tout pacifique et générique. Et de ce fait, son film est un peu décevant car il ne parvient pas sur la courte durée de son film (1h30) à traiter d’un sujet qui nécessiterait des années de questionnement.
Pour répondre malgré tout à la question, il base son film sur la correspondance qu’ont entretenu Albert Einstein et Sigmund Freud sur la question ultime de « pourquoi les hommes font-ils la guerre? ». Cet échange épistolaire dont la Commission internationale de coopération intellectuelle est à l’origine en 1933 sera publié sous forme d’un petit opuscule.
Ici Amos Gitaï en fait une simili pièce de théâtre avec Amalric dans le rôle de Freud, le tout au milieu d’un documentaire dans lequel Irène Jacob donne son avis sur son rapport à la guerre. C’est un peu brouillon et c’est dommage surtout sur un sujet comme celui-là. Mais est-ce que le réalisateur peut prendre parti en plein conflit israëlo-palestinien.
⭐️⭐️⭐️
C’est tout pour aujourd’hui.
Et en attendant demain, le soleil se couche toujours sur la lagune de Venise.
