The Brutalist
Accueil EvénementsJour J + 3. 81e Mostra de Venise.

Jour J + 3. 81e Mostra de Venise.

par Eric Van Cutsem
Publié: Dernière mise à jour le

31 août 2024, samedi.

3 films seulement au programme pour moi aujourd’hui.
Un peu de calme après les 6 films d’hier ne fait jamais de mal.

THE ORDER

9h00. Salle Darsena.

Le réalisateur australien Justin Kurzel s’est fait remarquer dans bon nombre de Festivals avec des films tels que SNOWTOWN, HISTORY OF THE KELLY GANG ou plus récemment NITRAM en sélection à Cannes en 2021.

Il arrive à Venise avec un nouveau film, THE ORDER, qui fleure bon le thriller politique soigné avec dans le rôle titre un Jude Law complètement imprégné par l’agent du FBI qu’il incarne.

The Order
THE ORDER – Jude Law

Des attaques de banques assez brutales, en série, inquiète un agent du FBI, Terry Husk, qui sort d’une affaire peu agréable et dont la famille est en train de voler en éclat. Jusque là, rien d’original. Mais les soupçons de Terry Husk se portent très vite sur le groupement de la Nation Aryenne qui sévit dans la région même si ce type de groupuscule n’est en général jamais à l’origine de ce type de braquage.

Et c’est là que le film, inspiré d’un roman « The Silent Brotherhood » de Kevin Flynn, est complètement en phase avec la montée de l’extrême droite aux Etats-Unis. A ce titre, il fait froid dans le dos lorsqu’on le compare avec certaines images d’actualité en direct des USA. Ce n’est donc sans doute pas un hasard d’avoir choisi cette base de scénario pour ce film.

Filmé avec beaucoup de soin et beaucoup de réalisme, que ce soit dans les scènes d’actions ou les scènes plus intimistes, THE ORDER a aussi un scénario bien huilé qui emboite parfaitement les pièces de puzzle qui le constitue.

Et en plus, il bénéficie d’une interprétation remarquable de Jude Law, bien loin de ses rôles de beau gosse qui lui ont valu l’admiration de ces fans féminines. Il est complètement imprégné par son rôle d’agent en fin de course et donne tout son potentiel au personnage (même sa démarche est bien travaillée pour que le réalisme de son personnage ressorte).

⭐️⭐️⭐️⭐️

CAMPO DI BATTAGLIA

11h30. Salle Darsena.

Décidément, les films italiens présentés cette année à Venise tiennent plus du téléfilm que du long métrage de cinéma. C’est assez triste pour un cinéma qui a vu passer de grands créateurs en Europe.

Mais revenons-en à CAMPO DI BATTAGLIA qui, à la lecture du pitch, semble assez passionnant: durant la guerre 14-18, deux amis médecins, Stefano et Giulio, vont se retrouver ensemble à oeuvrer pour sauver des vies dans un hôpital militaire. Sauver des vies, oui, mais chacun pour des raisons fondamentalement différentes: le premier pour les renvoyer au plus vite sur le front, le deuxième pour les renvoyer chez eux.

Campo di Battaglia
CAMPO DI BATTAGLIA – Gabriel Montesi et Alessandro Borghi

Cerise sur le gâteau, les deux hommes sont amoureux de la même femme, la belle infirmière Anna (interprétée par Federica Rosellini).

Très académique dans sa forme, le film joue sur tellement de tableaux qu’il n’en approfondit aucun. Giulio, médecin biologiste, est à lui seul un personnage qui vaudrait une histoire à part entière. La rigidité de Stefano pourrait apporter un conflit majeur entre les 2 hommes, or celui-ci n’est jamais développé, tout reste neutre. L’amour des deux hommes pour la même femme n’est finalement qu’une valse hésitation de la dite femme entre les deux. Les enjeux sont gommés et la grippe espagnole utilisée comme un moteur en fin de film n’est pas exploitée à sa juste valeur.

Tout cela est bien dommage, surtout venant d’un réalisateur comme Gianni Amelio qui a dans sa filmo quelques belles réalisations.

⭐️⭐️

THE BRUTALIST

19h15. Salle Darsena.

3h35. Avec dans compris dans ce timing, 15 minutes d’entracte séparant la partie 1 et la partie 2 de ce film qui se veut monumental. Vous avez dit monumental? Monument est le mot clé du film, puisque son titre, THE BRUTALIST, fait référence au brutalisme, ce style d’architecture des années 50 jusque 70 qui consiste à éviter les ornements, à avoir des motifs répétitifs et à laisser le béton le plus brut et le plus visible possible. Une des premières manifestations du brutalisme a été certaines créations de Le Corbusier.

Mais réduire THE BRUTALIST à un film d’architecture serait omettre la volonté du réalisateur, Brady Corbet (VOX LUX), de construire une oeuvre majeure en forme de fresque autour du brutalisme. Pour ce faire, il a créé de toutes pièces un architecte de génie Laszlo Toth (sorte d’amalgame de plusieurs personnalités de l’architecture) débarquant aux Etats-Unis fuyant l’Europe de l’après guerre.

Dans la première partie, Brady Corbet détaille comment Laszlo arrive aux Etats-Unis (la séquence d’ouverture du film est un immense moment de cinéma), comment il grimpe les échelons (avec beaucoup de chance) pour devenir l’architecte réputé qui va construire un monument du brutalisme pour un milliardaire excentrique.

La seconde partie, après l’entracte inclus dans le film (l’écran de l’entracte comptant les minutes et les secondes avant la fin), décrit l’arrivée de la femme de Laszlo, Erzsebet et leur nièce Zsofia, aux USA et la déchéance lente de Lazslo.

Un épilogue savoureux, jouant sur une mise en abyme de cet architecte de fiction pour mieux en faire un personnage crédible, vient couronner les 3h35 de film.

Si vous en doutiez, le film est foisonnant! C’est une fresque, une fable sur la création, sur le talent, sur le génie avec des personnages plus grands que la vie elle-même. Devant la caméra, on trouve Felicity Jones, Adrien Brody et Guy Pearce qui n’étaient pas les interprètes prévus au départ (c’étaient d’abord Joel Edgerton, Marion Cotillard et Mark Rylance, qui ont été écartés ensuite pour cause de Covid et de calendriers de tournage) mais qui transcendent réellement le film et lui donnent cet aspect monumental.

Il serait très surprenant que THE BRUTALIST, en compétition à Venise, ne soit pas dans un palmarès au moment de la proclamation. Son ampleur, sa dimension en tant que fiction sont clairement des aimants à prix (et même à Oscar).

⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

C’est tout pour aujourd’hui. Demain, c’est le 1er septembre et l’occasion de vous présenter 4 films.
Et ce soir, comme tous les soirs, le soleil se couche sur la lagune de Venise.

Ces articles pourraient vous intéresser