Dimanche 6 septembre 2026. On est à l’aube de passer à la deuxième moitié de Festival. Les journalistes savent tous que la 2e partie d’un Festival s’essouffle toujours un peu. Comme si l’énergie, la dynamique d’un Festival avaient quelques difficultés à passer le cap d’une seconde moitié. C’est vrai pour Cannes comme pour Venise.
Mais chez Cinopsis, on ne se laisse pas aller, l’énergie du début est là et vous aurez donc droit à 4 films ce jour.
8h30. KViNDE UKENDT (Woman Unknown) (Sala Darsena, Venezia 83)
On l’oublie sans doute parfois mais le Danemark a lui aussi été occupé par les nazis pendant la seconde guerre mondiale et a donc subi lui aussi, à la fin de la guerre, une chasse aux collaborateurs et aux femmes ayant couché avec l’occupant. C’est là la base même du sujet de KVINDE UKENDT (Woman Unknown): une femme après la guerre, servante d’un riche industrielle, passe à la mort de la femme de ce dernier, de l’autre côté de la barrière lorsque celui-ci lui demande de devenir sa femme. Mais cette femme n’aurait-elle pas un secret inavouable?
C’est un sujet particulier qui nous entraîne dans un univers où le malaise règne en maître. Et cette femme de ménage devenue maîtresse de maison ne parvenant pas à prendre son rôle pleinement qui va se trouver confrontée à son passé et va devoir commettre le pire pour survivre une nouvelle fois (alors que la guerre est finie) est le centre de cette histoire où tous Les personnages ont quelque part quelque chose à se reprocher mettant le spectateur dans une position de voyeur des manipulations des personnages.
Réalisé par une femme (et cela se sent clairement), la danoise May el-Toukhy, le film donne un rôle complexe et ambigu à l’actrice Mathilde Arcel qui parvient à endosser le caractère de cette femme, Marie, qui se bat en permanence pour sa survie ou pour une reconnaissance de son milieu mais qui ne finira jamais que comme une femme-objet utilisée par son mari, lui-même interprété par le très bon Carsten Bjørnlund, froid et malsain juste parfait pour son personnage.
11h15. THE ECHO CHAMBER (Sala Darsena, Venezia 83)
Parfois un beau trio d’acteurs et d’actrices ne donnent pas forcément un film exceptionnel. C’est hélas le cas pour THE ECHO CHAMBER qui sombre plus souvent qu’à son tour, dans des séquences un peu ridicules au détour de son scénario laissant tout le poids de la réussite (ou non) de la scène aux interprètes.
Sur un scénario de Bernardo Bertolucci (mort en 2018) co-écrit avec Ilaria Bernardini et Ludovica Rampold, THE ECHO CHAMBER entre directement dans l’intimité d’un couple, celui de Anne et Leo, qui se sont rencontrés suite à des problèmes de dos de Leo, qu’Anne, infirmière, a soignés. C’est un couple visiblement très amoureux, à la relation complexe dans la quelle intervient l’addiction de Leo aux drogues afin de soulager son dos. Au milieu de ce couple, une troisième personne, Ava, chanteuse dont Leo veut relancer la carrière, est devenue l’intime et la confidente de Léo au fil de leur collaboration.
Le film d’Andrea Pallaoro est une suite de scènettes, de chassés-croisés entre deux êtres. Dans une unicité de lieu, le film joue avec la temporalité pour dynamiser le récit et nous faire ressentir la passion infinie qui unit ce couple. Mais voilà, si la volonté y est, le scénario manque cruellement de profondeur et tombe dans des facilités et des répétitions qui ne sont rien de plus qu’un besoin esthétique qui n’ajoute rien à l’histoire elle-même.
Les interactions entre les personnages en deviennent parfois drôle et incongrues. Et les situations qui en découlent notamment dans la dernière demi-heure sont absurdes et complètement forcées, semblant sortir de nulle part si ce n’est de la baguette magique du scénariste.
C’est encore plus triste de voir ce trio d’interprètes se débattre au beau milieu de ce scénario raté. On regrette de voir Alicia Vikander se perdre dans une scène finale sans connexion avec le reste du scénario et de voir Susan Sarandon faire des apparitions qui relèvent plus du caméo que du travail d’actrice.
Co-production belgo-italienne, cette chambre d’écho sonne surtout bien creux.
14h00. FROM INSIDE OUT – THE ARCHITECTURE OF PETER ZUMTHOR (Sala Grande, Venice Open, Hors compétition)
Si vous avez adoré le documentaire de Wim Wenders sur Pina Bausch, PINA, vous allez adorer ce documentaire sur l’architecte Peter Zumthor.
A l’instar de PINA, FROM INSIDE OUT est également en 3D, ce qui paraît évidemment aussi judicieux que pour le thème de la danse. Pendant 14 ans, Wenders a capturé tout ce qui fait l’essence même de l’architecte suisse Peter Zumthor: sa volonté d’intégrer l’humain dans ses conceptions, d’élaborer du nouveau sur de l’ancien, de prendre en compte l’environnement ou encore de faire de la maison ce lieu d’où l’on regarde vers l’extérieur en étant protégé.
Wenders nous offre aussi le regard philosophique porté par l’architecte sur son travail, une philosophie qui se ressent à tous les niveaux de ses conceptions. Et le réalisateur nous propose une immersion totale dans son univers avec une qualité absolument incroyable de l’image et de la photographie. Il nous balade autant dans les maisons intimes, que dans les musées (cet édifice en Norvège sur les sorcières qui ont été brulées au travers des âges est absolument fantastique dans le vrai sens du terme) ou que dans les édifices monumentaux tel que les David Geffen Galleries à LACMA dans Los Angeles.
Et comme d’habitude Wim Wenders, en grand amateur de tous les arts, ne nous convie pas seulement à pénétrer l’art architectural de Peter Zumthor, il nous emmène dans les lieux que ce dernier a créé pour y faire jouer des artistes quand il s’agit de lieux publiques ou pour y interviewer les habitants ou les visiteurs.
Remarquablement construit, inspirant, ce documentaire devrait être montré à tous les futur.e.s architectes de nos écoles!
19h45. LOOK BACK (Sala Darsena, Venezia 83)
Hirokazu Koreeda a été récompensé de nombreuses fois au cours de sa carrière. Ce réalisateur japonais, à qui l’on doit par exemple UNE AFFAIRE DE FAMILLE, est un excellent conteur d’histoire qui, à partir de petits éléments autour de personnages très riches, construit des histoires touchantes à l’émotion omniprésente.
Cette année, il présente en compétition à la Mostra son dernier long métrage LOOK BACK, une ode à la création des mangakas, à l’amitié et sans doute un peu aux regrets qui parsèment parfois notre existence humaine.
Son histoire de départ est simple et construite autour de 2 personnages principaux. La première, c’est Fujino, une adolescente extravertie qui rêve de devenir mangaka jsuqu’au jour où elle voit les dessins de Kyomoto, une jeune fille discrète et travailleuse, qui elle aussi fait des manga. Fujino trouve Kyomoto tellement douée qu’elle souhaitera un moment ne plus perdre son temps dans le dessin. Mais la destinée de ces 2 dessinatrices en herbe ne pouvait pas finir comme ça.
Avec une mise en scène très précise, une photographie qui donne à chaque plan, un petit air d’animé, Hirokazu Koreeda parvient à nous emmener dans les rêves de ces deux jeunes filles, puis jeunes femmes qui fusionnerons leurs deux noms pour ne plus faire qu’une autrice de manga. Il ne se contente pas que de raconter une histoire simple, il fait rêver en jouant sur une partie fantastique (ou fantasmée, on ne le saura pas) qui déroulera le temps permettant ainsi de croiser des univers en créant une uchronie potentielle à partir de l’histoire pincipale.
Il ne faut pas nécessairement aimé le manga pour voir ce Koreeda mais il est vrai cependant que LOOK BACK risque de plaire plus particulièrement aux amateurs de cet art particulier, cousin de notre BD franco-belge.
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Il est passé 22h lorsque je regagne mon logement sur le Lido. La chaleur est encore présente et le soleil est déjà uni avec les eaux de la lagune de Venise.



