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83e Mostra de Venise : Jour J + 2

par Eric Van Cutsem
Publié: Dernière mise à jour le

4 septembre 2026. Venise continue à surchauffer tandis que la 83e Mostra déroule sans anicroche son programme et son tapis rouge pour ses invités. Aujourd’hui , 4 films en vue avec en primeur le premier documentaire du réalisateur japonais Takashi Miike, un spécialiste du film d’horreur!

8h45. THE BASICS OF PHILOSOPHY (Sala Darsena, Hors compétition)

Note : 2.5 sur 6.

C’est Paul Schrader qui signe THE BASICS OF PHILOSOPHY, un film entre thriller et étude sociale sur fond de philosophie. Son protagoniste principal, John Jorrisen, est un professeur de Philosophie au collège de Ridgemont, une école d’art du Midwest. Autant dire qu’il n’est pas un symbole de réussite et son roman sur Spinoza qu’il n’arrive pas vraiment à écrire ne lui remonte pas le moral. John semble donc porter tous les malheurs du monde et même sa relation avec sa petite amie, prof elle aussi dans la même école, ne semble être ni une réussite amoureuse ni une réussite sexuelle.

Vous l’aurez compris, ce personnage, joué par un John Huston traduisant plutôt bien le malaise qui habite son caractère, n’appelle pas spécialement l’empathie du spectateur. Et c’est hélas un peu le cas pour tous les personnages du film qui transpire le malaise.

THE BASICS OF PHILOSOPHY
THE BASICS OF PHILOSOPHY

La mise en scène suit également cette direction pour distiller une forme étrange de mal-être en demi-teinte qui se veut être là pour installer la thématique du thriller. Pourquoi tout le monde semble mal à l’aise? Quelle est la cause? Il ne faudra pas attendre trop longtemps pour entrevoir la raison et comprendre que John est un refoulé à plus d’un titre, un homme contrarié dans son élan vers les autres hommes, contrarié dans son métier (il voulait être prof de piano), tout cela à cause d’une faute grave commise sur un de ses élèves et évacuée de la notoriété publique à l’aide de l’argent de son père.

Le problème du film? Il mélange tout sans forcément que l’on comprenne le but réel du film. La fin elle-même laissera le spectateur un peu pantois.

A 80 ans, Paul Schrader n’est plus l’homme de ses débuts au cinéma fin des années 70 début des années 80, l’homme de HARDCORE d’AMERICAN GIGOLO ou de LA FELINE. Il ne parvient plus à insuffler dans THE BASICS OF PHILOSOPHY cet élan et cette homogénéité de son début de carrière. Dommage.

11h00. 15/18 (Sala Darsena, Venezia 83)

Note : 4.5 sur 6.

15/18, c’est l’intervalle d’âge des jeunes (entre 15 et 18 ans) qui se retrouvent dans ce service psycho-pédiatrique d’un hôpital public. D’où le nom du film qui se déroule dans ce service qui est lui-même le nom du service. 15/18, le film, commence fort avec l’arrivée en trompettes de Lucia entre 2 policiers qui l’amènent dans le service qu’elle connait bien pour y avoir fait par le passé quelques séjours.

Le film de Cédric Kahn (LE PROCES GOLDMAN) , réalisateur, scénariste et acteur dans le film, va donc nous faire entrer dans l’univers particulier d’un service de psychopédiatrie pour les jeunes de 15 à 18 ans. Nous ne sommes donc pas ici dans la thématique d’un service d’urgence, d’un service de personnes handicapées ou d’un service de cancérologie pour jeunes adultes. Alors, bien sûr, il y a toujours cet environnement médical plus protégé (comme dans L’INTERET D’ADAM par exemple), toujours ce rapport inter-générationnel ( comme dans les films avec des centres éducatifs fermés – LE PARADIS) mais le mal est différent puisque l’on s’adresse principalement à des ados aux tendances suicidaires.

Comme d’habitude dans ce type de film, le casting est évidemment capital et particulièrement celui des jeunes. Kahn a su trouver de jeunes interprètes débutants comme Kenji Peyran (Enzo) ou Zoé Monpart (Eloise) et certains déjà plus confirmés comme l’excellente Malou Khebizi (vue dans DiAMANT BRUT et à suivre absolument). Ces jeunes débitent leurs dialogues avec un naturel confondant étant souvent proches de leurs personnages et donnent en énergie tout ce qu’ils ont sans filtre aucun.

15/18 a un rythme très soutenu, une dynamique de la mise en scène qui alterne caméra très mobile et cadres plus travaillés. Le film a aussi le mérite de tenir son sujet jusqu’à la toute fin même si celle-ci est plutôt inattendue. Il pourrait bien se retrouver dans l’un ou l’autre prix!

16h30. SHUMEI (Sala Corinto, Venice Open, Hors compétition)

Note : 4 sur 6.

Connaissez-vous Takashi Miike? Si ce n’est pas le cas, on ne peut que vous conseiller de suivre cet auteur prolifique, toujours provocateur mais suffisamment éclectique pour être capable de passer de l’horreur pure (AUDITION) au polar déjanté (DEAD OR ALIVE) ou à la violence (l’adaptation du manga, ICHI THE KILLER) ou encore au film de samuraïs (13 ASSASSINS).

Par contre, sa filmographie très riche ne semble pas compter de long métrage documentaire! Cette lacune est désormais comblée avec SHUMEI: THE LIVING LEGACY OF KABUKI présenté à Venise cette année.

SHUMEI: THE LIVING LEGACY OF KABUKI
SHUMEI: THE LIVING LEGACY OF KABUKI

Avec ce documentaire autour d’une famille d’acteurs de Kabuki qui exerce son métier depuis 1675, et surtout autour de la cérémonie de succession d’Ichikawa Danjūrō XIII Hakuen, on parvient à pénétrer un peu plus le monde complexe et la rigueur que nécessite cet art du Kabuki. Il est clair aussi que certaines traditions plus obscures ne parviendront jamais à pénétrer nos cerveaux d’occidentaux mais en attendant, nous sortirons de ce documentaire un peu plus cultivé mais aussi émerveillé par la beauté magique d’un travail quotidien porté jusqu’au niveau d’un art absolu.

19h45. PRIMETIME (Sala Darsena, Venezia 83)

Note : 1.5 sur 6.

Le président de la Mostra voulait le film mais dans le règlement du Festival il est stipulé que les acteurs, actrices principaux doivent être présents, or Robert Pattinson était en tournage sur le nouveau Batman à ce moment-là. Ce n’est qu’au dernier moment que LA vedette a pu dire qu’elle viendrait. D’où la présence du film en sélection officielle et en compétition dans Venezia 83.

Chance, nous avons donc pu voir PRIMETIME avant qu’il ne sorte le 25 septembre aux USA. Chance? Parfois la chance fait mal les choses…

Inspiré du show Dateline’s to catch a Predator, consacré à la dénonciation des pédophiles en direct à la TV, le film suit Chris Hansen, le présentateur vedette de la série dans son numéro de dénonciateur défenseur de la veuve et de l’orphelin mais surtout dans son rôle de patron bien pensant d’une équipe rodée pour ce type de télé-punition!

PRIMETIME
PRIMETIME

PRIMETIME est le premier film de fiction de Lance Oppenheim après de nombreux courts-métrages et 2 documentaires. Avec son scénariste Ajon Singh (dont c’est le premier scénario), il brosse un portrait plutôt en demi-teinte de Chris Hansen, un portrait surtout qui ne prend jamais parti, sans point de vue réel si ce n’est celui d’opter pour une photo et des couleurs un peu dégoulinantes et surchargées. Ce qui donne un aspect peu engageant à l’imagerie du film même si c’est sans doute un choix délibéré.

Contrairement au film VIGILANTE sur exactement le même sujet (la dénonciation en direct des pédophiles) avec Eddy De Pretto qui sort en belgique le 9 septembre, PRIMETIME ne semble choisir ni le point de vue des victimes, ni celui des agresseurs et ne cherche surtout pas à savoir si cette forme de piège organisé et de dénonciation publique qui by-passe la justice a un sens ou non. Au lieu de cela, c’est Chris Hansen qui est au centre du film ainsi que ses petits protégés qui piègent les pédophiles en direct en se faisant passer pour des ados.

On sent donc un film plutôt racoleur sous le vernis dégoulinant, un film qui manque cruellement de dynamique et qui fatigue rapidement le spectateur par un scénario simple et répétitif. Comme si cela ne suffisait pas, Robert Pattinson incarne assez mal le personnage de Chris Hansen, le jouant souvent en retrait comme si il s’excusait d’être le personnage.

Au final, vous l’aurez compris, PRIMETIME est loin d’être une réussite et ne mérite sans doute pas le battage médiatique autour de lui.

Ce soir encore, l’air est lourd et l’on se demande quand les orages vont faire leur apparition. En les attendant, le soleil, comme toujours se couche sur la lagune de Venise.