Swing

Swing

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 90’
Genre:
Date de sortie: 16/04/2002

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Du haut de ses dix ans avec sa bouille ronde, ses yeux bleus et sa tignasse blonde et hirsute, Max est un adorable poil de carotte fondu de jazz manouche et de musique tzigane. En vacances dans la grande maison bourgeoise de sa grand-mère, il s'échappe un jour de son beau quartier pour aller traîner dans un camp de gitans à la recherche d'une guitare à échanger contre son walkman. Là il y fait la rencontre de l'énigmatique Swing, jeune préadolescente androgyne à la peau tannée et aux cheveux de jais, et d'un certain Miraldo, virtuose de la guitare et gloire locale qu'il convainc, en échange de séances d'écriture aux allocations familiales, de lui enseigner les bases de cette musique qui le fascine. Pour ce petit "gadjo", ce drôle d'été au coeur de la culture manouche aura des allures de parcours initiatique où entre deux accords et ses premiers émois amoureux il fera aussi l'apprentissage du sens de la liberté.

 

Notre critique:

Pour Tony Gatlif, faire un film sans musique c’est un peu comme arrêter de respirer. Ce porte parole de la communauté tzigane qui voue une véritable passion à ses origines et sa culture n’a jamais cessé de lui rendre hommage et de nous la faire découvrir à travers chacun de ses voyages cinématographiques. Après un détour par le flamenco andalou (VENGO), il revient cette fois vers sa terre d’élection à laquelle il avait déjà consacré une formidable trilogie (LES PRINCES, LATCHO DROM et GADJO DILO) en rendant ici hommage au jazz manouche et aux descendants du grand Django Reinhardt.

A mi-chemin entre fiction et documentaire, tourné dans les quartiers défavorisés de la région de Strasbourg avec une majorité d’acteurs non professionnels recrutés sur place, SWING nous permet une nouvelle fois d’approcher les gens du voyage et l’univers bien réel du guitariste virtuose Tchavolo Schmitt, chantre du swing manouche actuel. En choisissant de tourner son nouvel opus là où habite le musicien, le réalisateur saisit aussi l’occasion de nous rappeler à nous les gadjés (non tziganes) les dangers et les difficultés de la sédentarisation de ses frères, leur douleur d’être paria et leur liberté enfuie dans un monde où leur culture se réduit comme une peau de chagrin.

Pour relier ces deux univers qui habituellement s’ignorent, en guise de fil rouge, son film tisse une relation naïve et amoureuse entre Swing une petite gitane espiègle à la beauté troublante (interprétée par une petite parisienne plus vraie que nature) et Max un petit français bon teint. Leur candeur et leur spontanéité ainsi que les envoûtantes envolées musicales utilisées comme éléments de transition pour voyager d’un thème à l’autre arrivent presque à nous faire oublier la minceur du scénario et le côté joyeusement ‘bordélique’ de la mise ne scène.

Si son histoire enfantine qui sacrifie l’intrigue au profit de la musique est à des caravanes de la force et de l’ambition de ses premiers films, et que sa caméra maladroite ne rivalise pas avec le talent euphorique d’un Kusturica, Tony Gatlif signe ici malgré tout une oeuvre sincère et attachante. En mêlant les influences et les genres musicaux (arabe et yiddish notamment) à l’ivresse du jazz manouche, il nous offre modestement une ode discrète à la tolérance et au métissage. Et l’on aurait bien tort de ne pas se laisser submerger et griser par le plaisir de ses puissantes séquences musicales et festives. Malgré un petit air de déjà vu et un dénouement qui alourdit et casse un peu le rythme, SWING a le goût de ces premiers baisers qui vous font bourdonner les oreilles et vous donnent des fourmis dans les pieds. Un petit film aérien et poétique à savourer tout simplement.