Titre français : Happy Together (I)
Equipe:
Durée : 96′
Genre:
Date de sortie: 09/12/1997
Cotation:
Si vous avez manqué le début:
Lors d’un voyage en Argentine, un couple homosexuel se sépare. Chacun poursuit sa vie, jusqu’aux retrouvailles.
Notre critique:
Fatigué par les questions des journalistes sur l’avenir de Hong Kong, sa patrie, Wong Kar-Wai s’est exilé en Argentine quelques mois. Comme seuls bagages, il emporte une ébauche de scénario et deux vedettes du cinéma asiatique: Leslie Cheung (A BETTER TOMORROW, A CHINESE GHOST STORY et ADIEU MA CONCUBINE) et Tony Leung (HARD BOILED, CYCLO et CHUNGKING EXPRESS). Son budget est dérisoire, mais Wong Kar-Wai ne se démonte pas. La cigarette clouée en bouche, en parfaite harmonie avec ses personnages, il enfante HAPPY TOGETHER, qui succède à CHUNGKING EXPRESS et à FALLEN ANGELS.
rnLe récit? Une simple et banale histoire d’amour. Le film s’attarde sur les protagonistes, décrit leurs doutes, leur dérive. Comme d’habitude, Wong Kar-Wai enferme ses personnages dans une destinée sombre et désespérée. Il les entraîne sur les chemins de la déchéance, ne leur offrant pour seules portes de sortie que l’alcool et la prostitution.
rnQu’importe que ce couple soit formé de deux hommes! Dès le début, Won Kar-Waï se débarrasse de tous les préjugés. La scène d’ouverture est brillante. En noir et blanc, son direct, image crue et granuleuse, ils font l’amour. Baisers violents; caresses passionnées; pénétration. Sexuel et charnel. C’est comme cela que ça se passe entre deux mecs. Tant pis si ça vous gène. Tout est dit sur le sujet. On n’y reviendra plus. On passe enfin au principal: la relation fragile entre deux êtres qui s’aiment. L’affrontement entre le fort et le faible. Un sujet universel…
rnHAPPY TOGETHER a remporté une palme au Festival de Cannes ’97, celle de la meilleure mise en scène. Un prix ridicule face à l’intensité des sentiments qui l’habitent. Une récompense dérisoire comparée au travail du cinéaste.
rnWong Kar-Waï est un auteur en marge. Il a un style visionnaire et puissant. Il travaille avec acharnement, sept jours sur sept. Il improvise avec brio, pousse ses acteurs jusqu’au bout. Il a un sens inné de l’esthétique et n’hésite pas à transgresser les règles cinématographiques au profit d’une expression plus expérimentale. Rien n’est laissé au hasard. L’éclairage, les mouvements de caméra, le grain de l’image, la bande-son: tout est tel qu’il doit être. Il utilise des filtres, surexpose certains plans, accélère, ralentit les images, joue avec le montage. C’est un artiste complet qui réinvente une forme de langage cinématographique. L’ensemble colle parfaitement aux états d’âme des personnages. Ses plans sont en symbiose avec les émotions. Cela donne des scènes hallucinées, irréelles, mais qui dégagent ce quelque chose de vrai qui manque aux autres. Cela ne se raconte pas. Cela se regarde et s’écoute. Il faut se gaver de HAPPY TOGETHER jusqu’à l’indigestion. C’est une de ces perles rares du cinéma des années ’90, largement en avance, qui prouve que, décidément, le renouveau du cinéma viendra de l’Est.
