Titre français :
Equipe: Adriano Giannini, Catherine Deneuve, Ilya Khrzhanovsky, Léa Domenach, Marco Bechis, Tristan Séguéla
Genre:
Date de sortie:
Cotation:
Si vous avez manqué le début:
Notre critique:
Vendredi 11 septembre 2026. Les 4 derniers films que nous verrons ce jour avant de quitter le Lido avec un petit pincement de coeur et en attendant le palmarès de demain!
8h45. UN BON AVOCAT (Sala Darsena, )
Léonard Landry est un avocat speedé qui fait une overdose en plein plaidoyer. De quoi démarrer sur les chapeaux de roue pour UN BON AVOCAT qui ne va pas lâcher la tension jsuqu’au final. On a l’impression d’assister à une version de L’HOMME PRESSÉ sous cocaïne. Vous l’aurez compris, le titre est à la fois ironique et révélateur de ce qu’aurait pu être un vrai bon avocat si Léonard n’était pas addict à tous les substances nocives imaginables.
C’est Laurent Lafitte qui interprète ce bon avocat alcoolique, drogué, magouilleur. Comme d’habitude, Lafitte excelle dans les rôles à transformation et celui-ci est particulièrement demandeur et il parvient à rendre crédible un personnage qui, sur le papier, l’est vraiment très peu. Bien sûr, cela n’empêche pas d’avoir comme personnage principale un type qui génère très peu d’empathie auprès du spectateur moyen.
En plus, si UN BON AVOCAT tient le rythme pendant près de 2 heures, c’est hélas par une suite de rebondissements qui tiennent plus de l’invraisemblable et du deus ex machina que de la qualité du scénario. A vouloir trop en faire et à mettre son anti-héros sans dessus dessoux, Tristan Séguéla et ses scénaristes parsèment leur scénario de nombreux trous sous le couvert d’un film où frénésie rime avec thriller.
Au final, UN BON AVOCAT est un buddy movie Netflix qui fonctionne plutôt bien si on oublie les invraisemblances qui émaillent l’ensemble!
11h15. RITORNO A BUENOS AIRES (Sala Darsena, Venezia 83)
2008, Italie. Mariano Guerra va devoir retourner en Argentine 33 ans après l’avoir quittée pour témoigner des horreurs perpétrées par le régime de la dictature militaire de l’époque. Parviendra-t-il à témoigner? Quels sont les secrets inavouables des sévices psychologiques et physiques qu’il a subi là-bas?
Avec ses 2 prix récoltés à Venise en 2026 (meilleur film et meilleur acteur pour les Pasinetti Award), RITORNO A BUENOS AIRES fait partie des films qui dénoncent la dictature militaire en Argentine dans les années 70 comme ARGENTINA 1985 (2022, en prise direct avec la dictature) ou EL SECRETO DE SUS OJOS (2009, un thriller sur fond de dictature).
S’inscrivant dans un cinéma de l’après dictature, RITORNO A BUENOS AIRES n’est pas une plongée dans une époque mais plutôt l’étude des témoignages des survivants. De l’impact de ce qu’ils sont vécu sur leur vie 30 ans plus tard. C’est le comment de leur survie face à ces traumatismes qui est au centre du film et la question posée pourrait être: est-ce que le fait de témoigner va leur petmettre de faire le deuil de cette époque et de passer outre pour recommencer à vivre… Il est important de noter que ce qui a permis les procès montrés dans le film, c’est l’annulation des lois d’amnistie en Argentine au début des années 2000.
Enfin soulignons que le réalisateur italo-chilien Marco Bechis sait de quoi il parle puisqu’il a été l’un des « desaparecidos » ayant été sequestré en 1977. Il avait d’ailleurs fait un film sur ce sujet en 1999, GARAGE OLIMPO.
16h45. PEAU D’HOMME (Sala Perla, Giornate degli Autori – Hors compétition)
Plus inspiré que calqué de la bande dessinée éponyme de Hubert et Zanzim, PEAU D’HOMME est un conte à la fois drôle et engagé sur la thématique on ne peut plus actuelle du genre. Et comme dans la BD, on se prend au jeu de cette peau d’homme qui quand elle est enfilée par une femme transforme celle-ci en un beau jeune homme du nom de Lorenzo. Evidemment, cet artifice va être le prétexte d’un certains nombres de retournements de situations drôles ou plus dramatiques.
PEAU D’HOMME est une comédie qui ne se prend pas au sérieux mais qui, pourtant, brasse des sujets de société tout à fait intéressant, le tout agrémenté d’un casting plutôt bien choisi et terriblement diversifié. C’est Catherine Deneuve (LA VERITE, FETE DE FAMILLE) qui joue la marraine qui possède la peau d’homme. Quoi de plus normal pour celle qui était la princesse qui se revêtait d’une peau d’âne pour se faire passer pour un souillon dans PEAU D’ANE de Jacques Demy! Pomme, la chanteuse/actrice est aussi un choix parfait pour cette princesse qui veut savoir, en se transformant en homme, ce que fait son futur mari avec ses compagnons de beuverie. Que dire enfin du choix de Karin Viard (SANGUINE, LA MAISON DES FEMMES) en Reine-Mère adulant son fils entré dans les ordres et devenu un abominable prédicateur sombrant dans l’extrémisme religieux, fils interprété par un Eddy de Pretto (VIGILANTE) qui a dû se régaler dans ce rôle de méchant.
Réalisé par Léa Domenach (à qui l’on doit le grinçant mais pas toujours réussi BERNADETTE), le film déroule son récit sans heurts avec une fluidité de mise en scène et des situations drôles servies par de bons dialogues (souvent anachroniques dans leur vocabulaire et leur sujet) et par les interprètes qui se prennent au jeu de la fable. Les rebondissements sont nombreux et font passer au spectateur un excellent moment de divertissement intelligent.
Intelligent car, le sujet est complexe et met en évidence pas mal de travers de notre société contemporaine: l’influence des extrémistes religieux (et même de la religion tout court) sur les choix sociaux, les clichés liés aux genres en général, la liberté dans le couple ou encore l’importance de la vérité et de la communication au sein du couple.
Et à l’instar du film de Jacques Demy, PEAU D’HOMME ose aussi le choix d’une comédie musicale. Et même si tous ces mélanges auraient pu être casse-gueule, Léa Domenach parvient à flirter avec les limites de son récit sans jamais se perdre. Bien sûr, il y a quelques moments plus faibles qui ralentissent un peu le rythme de la fable mais au final, le film reste une bonne comédie française amusante et divertissante et intelligente.
20h00. DAU (Sala Casino, Venezia 83)
DAU est une expérience cinématographique, un OPPENHEIMER sous stéroïdes façon THE BRUTALIST version russe.
Il aura fallu deux décennies à Ilya Khrzhanovsky et diverses séquences de tournages, de multiples films autour de Dau, le héros de l’Histoire, physicien de génie embarqué contre son gré dans la course à l’armement de son pays, l’Union Soviétique.
Deux décennies pour créer un film fou, visuellement dantesque avec des scènes de foule incroyables dans des décors à l’image de la puissance soviétique de l’époque. Deux décennies pour réaliser ce rêve aux images fortes qui reprend le difficile cohabitation dans ce bloc russe de la science, de la politique et des militaires. Et si cela donne un film aux scènes parfois d’une force incroyable, cela nécessite aussi de la part du spectateur l’adhésion à cette folie visuelle et le besoin de ne pas creuser trop profondément une trame quelque peu onirique qui alterne avec des monologues confus où des élans de lucidité se mêlent à des délires verbaux incohérents.
DAU, c’est aussi 3h15 de film avec 10 minutes d’entracte. Cela peut paraître long si l’on ne se laisse pas emporter par la folie exubérante et totalitaire (le tournage semble ne pas avoir été de tout repos pour les interprètes ou les figurants) d’Ilya Khrzhanovksy. Ce maelström bouillonnant emporte tout sur son passage, utilisant tout ce que le cinéma peut faire pour impressionner (au sens propre et figuré) la pupille du spectateur.
Et malgré ces défauts (ou peut-être grâce à eux), DAU est un spectacle complet de cinéma qui marque ceux et celles qui l’ont vu et donnera envie de le voir à celles et ceux qui ne l’ont pas encore entrevu…
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Nous sommes vendredi soir. Dernier jour à Venise avant le retour sur Bruxelles. Il fait doux et le soleil, en se couchant sur la lagune, nous fait un signe d’adieu.



