L'Emploi du Temps
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L’Emploi du Temps

par Olivier Guéret
Publié: Dernière mise à jour le

Titre français : L'Emploi du Temps

Equipe:
Durée : 132′
Genre:
Date de sortie: 27/11/2001

Cotation:

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Un homme quadragénaire d’une banalité affligeante vient de perdre son emploi. Pour garder la face au yeux du monde, il fait miroiter à son entourage la possibilié d’un emploi en Suisse. Pris dans le tourbillon de son mensonge comme pour répondre aux regards (envieux) des siens, il fait vivre sa tromperie. Il monte des bateaux à ses amis pour mieux voguer sur les vagues de sa vie rêvée. Jusqu’ici tout va bien ! L’important n’est pas la chute… mais l’atterrissage !

 

Notre critique:

Après RESSOURCES HUMAINES, Laurent Cantet met en scène un fait divers, un drame quotidien, une histoire d’amour, un mensonge, un rêve ou un cauchemar, bref une vie… ça s’appelle L’EMPLOI DU TEMPS et c’est re-mar-qua-ble!

A l’instar de la mise en scène très documentaire de son RESSOURCES HUMAINES, Laurent Cantet, place un regard de vrai cinéma sur une fiction qui s’avère bien vite être le reflet d’un certain quotidien. Fonctionnant sur plusieurs niveaux, il use parfaitement du vocabulaire cinématographique pour arriver à ses fins où l’onirisme ne fait que renforcer la réalité. On ne sait jamais quelle est l’optique prise par le scénariste-réalisateur de ce petit bijou de sensibilité qu’est L’EMPLOI DU TEMPS. Ce titre évocateur et à double signification, galvaudé depuis tant d’années, reprend ici tous ses droits. A quoi peut bien s’occuper un homme qui vient d’être licencié? A rien, à tout! Et si, l’accomplissement de son existence, si ce à quoi il aspirait depuis le début de sa vie n’était que se promener en voiture, fuir la société et s’inventer un quotidien au jour le jour, indépendamment de toute pression parentale ou familiale?

L’image du père reste gravée tout au long de l’aventure de Vincent, notre héros(?). Celle du sien, qui véhicule l’image d’un parvenu et la sienne qu’il doit idéaliser pour ses enfants. Mais outre la figure du père, il y a l’aspect social dans ce qu’il a de plus déstabilisant voire dégoûtant qui se synthétise dans les attentes des autres qui n’ont envie de voir en vous que ce qui les arrange. Et ce sans gratter la première couche, ni sourciller aux moindres de vos faux pas. Parce que tout compte fait, on va se reprendre, on ne peut pas perdre, pas nous, pas lui!

Le fait divers concernant Jean-Claude Romand (homme qui menait une double vie et qui a résolu sa double histoire en tuant femme et enfants) qui est d’une certaine manière le point de départ de cette fiction, ne fait que planer sur le scénario. Là, coup de chapeau à des scénaristes qui ont évincé toute facilité pour se concentrer sur les turpitudes existentielles d’un homme enfermé, en manque d’oxygène, qui n’aspire qu’à un peu air et d’espace dans son existence. Brassant les thèmes, jouant diverses cartes, les auteurs ont écrit un des plus beaux et des plus complets ouvrages sur l’être humain et sur son état, sa claustration sociale et ses rêves. Mais il y a aussi une belle histoire d’amour avec ses silences, ses complicités faussées, ses erreurs que l’on ne perçoit pas, et cette absence de communication quand on sait que la vérité n’est pas celle que l’on veut entendre.

Les acteurs, pros ou non, y sont magnifiques à commencer par Aurélien Recoing et Karin Viard éléments d’un couple qui se cherche à l’aveuglette, certains de leur amour, qui se font confiance jusque dans leurs mensonges. Sur cette base de relation tronquée par un dialogue de sourd, vit un foyer prisonnier par le statut de la réussite. Autre figure marquante, Serge Livrozet, ex-taulard touche-à-tout qui confère une dimension supplémentaire à l’ouvrage. Son personnage de gentil contrebandier balance les sempiternels clichés qui valsent aux oubliettes. Là, derechef, une excellent choix de casting !

Et pour finir, cette séquence finale, ce zoom-avant hurlant la détresse d’un homme restera comme un plan extrêmement fort, tout en pudeur et retenue, du septième art. Pourquoi? Parce qu’elle reflète une réalité horrible à laquelle personne ou presque ne peut échapper, elle nous envoie une saisissante image de nous-mêmes!

A voir toute affaire cessante!