Titre français : L'Emploi du Temps
Equipe:
Durée : 132′
Genre:
Date de sortie: 27/11/2001
Cotation:
Si vous avez manqué le début:
Un homme quadragénaire dune banalité affligeante vient de perdre son emploi. Pour garder la face au yeux du monde, il fait miroiter à son entourage la possibilié dun emploi en Suisse. Pris dans le tourbillon de son mensonge comme pour répondre aux regards (envieux) des siens, il fait vivre sa tromperie. Il monte des bateaux à ses amis pour mieux voguer sur les vagues de sa vie rêvée. Jusquici tout va bien ! Limportant nest pas la chute mais latterrissage !
Notre critique:
Après RESSOURCES HUMAINES, Laurent Cantet met en scène un fait divers, un drame quotidien, une histoire damour, un mensonge, un rêve ou un cauchemar, bref une vie… ça sappelle LEMPLOI DU TEMPS et cest re-mar-qua-ble!
A linstar de la mise en scène très documentaire de son RESSOURCES HUMAINES, Laurent Cantet, place un regard de vrai cinéma sur une fiction qui savère bien vite être le reflet dun certain quotidien. Fonctionnant sur plusieurs niveaux, il use parfaitement du vocabulaire cinématographique pour arriver à ses fins où lonirisme ne fait que renforcer la réalité. On ne sait jamais quelle est loptique prise par le scénariste-réalisateur de ce petit bijou de sensibilité quest LEMPLOI DU TEMPS. Ce titre évocateur et à double signification, galvaudé depuis tant dannées, reprend ici tous ses droits. A quoi peut bien soccuper un homme qui vient dêtre licencié? A rien, à tout! Et si, laccomplissement de son existence, si ce à quoi il aspirait depuis le début de sa vie nétait que se promener en voiture, fuir la société et sinventer un quotidien au jour le jour, indépendamment de toute pression parentale ou familiale?
Limage du père reste gravée tout au long de laventure de Vincent, notre héros(?). Celle du sien, qui véhicule limage dun parvenu et la sienne quil doit idéaliser pour ses enfants. Mais outre la figure du père, il y a laspect social dans ce quil a de plus déstabilisant voire dégoûtant qui se synthétise dans les attentes des autres qui nont envie de voir en vous que ce qui les arrange. Et ce sans gratter la première couche, ni sourciller aux moindres de vos faux pas. Parce que tout compte fait, on va se reprendre, on ne peut pas perdre, pas nous, pas lui!
Le fait divers concernant Jean-Claude Romand (homme qui menait une double vie et qui a résolu sa double histoire en tuant femme et enfants) qui est dune certaine manière le point de départ de cette fiction, ne fait que planer sur le scénario. Là, coup de chapeau à des scénaristes qui ont évincé toute facilité pour se concentrer sur les turpitudes existentielles dun homme enfermé, en manque doxygène, qui naspire quà un peu air et despace dans son existence. Brassant les thèmes, jouant diverses cartes, les auteurs ont écrit un des plus beaux et des plus complets ouvrages sur lêtre humain et sur son état, sa claustration sociale et ses rêves. Mais il y a aussi une belle histoire damour avec ses silences, ses complicités faussées, ses erreurs que lon ne perçoit pas, et cette absence de communication quand on sait que la vérité nest pas celle que lon veut entendre.
Les acteurs, pros ou non, y sont magnifiques à commencer par Aurélien Recoing et Karin Viard éléments dun couple qui se cherche à laveuglette, certains de leur amour, qui se font confiance jusque dans leurs mensonges. Sur cette base de relation tronquée par un dialogue de sourd, vit un foyer prisonnier par le statut de la réussite. Autre figure marquante, Serge Livrozet, ex-taulard touche-à-tout qui confère une dimension supplémentaire à louvrage. Son personnage de gentil contrebandier balance les sempiternels clichés qui valsent aux oubliettes. Là, derechef, une excellent choix de casting !
Et pour finir, cette séquence finale, ce zoom-avant hurlant la détresse dun homme restera comme un plan extrêmement fort, tout en pudeur et retenue, du septième art. Pourquoi? Parce quelle reflète une réalité horrible à laquelle personne ou presque ne peut échapper, elle nous envoie une saisissante image de nous-mêmes!
A voir toute affaire cessante!
