The Navigators

The Navigators

Peu de réalisateurs font ce que l’on pourrait qualifier des films nécessaires. Ken Loach est de ceux-là.

Depuis plus de 30 ans, il s’attache aux vies de monsieur et madame Toulemonde. Il s’est fait le portraitiste du quotidien des milieux les moins prisés par le cinéma. Ouvriers, travailleurs sociaux, immigrés sont ses héros. La lutte pour leur survie (psychologique, financière, sociale) est toujours l’enjeu de leurs histoires. La réalité quotidienne leur seul décor. Et au-delà des cas individuels qui nous sont montrés se dessinent les contours d’une société qui ne produit pas que du bonheur malgré ce qu’en disent les messages publicitaires.

De retour en Angleterre après une escapade outre-Atlantique (BREAD AND ROSES), il nous propose une histoire qui a pour cadre la privatisation du chemin de fer britannique. Par le biais d’une équipe de cheminots, il nous en montre les carrences, les errements et les plus évidentes inepties. Le ton est ici à la comédie. Et effectivement, on pourrait se contenter d’en rire si les conséquences de cette privatisation n’avaient été aussi dramatiques du point de vue social et de celui de la sécurité. Comme souvent chez Loach, le rire finit par s’étrangler pour ne plus laisser que l’impression d’un immense gachi dont l’humain est la principale victime. C’est là toute la force de THE NAVIGATORS, qui dans sa structure et sa démarche est fort proche de RIFF-RAFF.

Sur le plan idéologique, on pourra bien sûr reprocher à Ken Loach de ne présenter qu’une des faces de la médaille. En l’occurrence, il est vrai qu’avant la privatisation, le secteur du rail anglais était déjà dans un piètre état. Mais, il faut bien reconnaître aujourd’hui, que la libéralisation forcenée imposée par la dame de fer et poursuivie par son rejeton (John Major) n’ont en aucune manière contribué à améliorer la situation. La logique du marché, impliquant la poursuite du profit à tout prix a entraîné des économies criminelles en matière de sécurité et d’entretien. Economies qui se sont soldées par des déraillements toujours plus nombreux ayant provoqué plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés. Et l’on n’a pas évoqué les licenciements et la précarisation de l’emploi pour tous les métiers liés au rail.

Sans didactisme, Ken Loach remet nos yeux en face des faits et rend leur chair aux décisions prises sur base de principes idéologiques et financiers. Plus que jamais, il est le témoin engagé de son époque. De notre époque. Dont il donne une vision d’où le rêve est absent mais certainement pas le besoin profond de changements.

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