Super Size Me
Accueil Videos Super Size Me

Super Size Me

par Christophe Bruynix
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe :
Durée : 100’
Genre :
Date de sortie : 21/09/2004

Cotation :

0 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Hamburger dans une main, caméra dans l'autre Morgan Spurlock étudie le phénomène fast-food américain et de la manière la plus approfondie possible: il est son propre cobaye. Pendant 30 jours, il se filme alors qu'il ne peut manger que dans les fast-food, uniquement ce qu'il y a au menu, et doit accepter le menu Super Size chaque fois qu'on le lui propose... C'est à dire presque tout le temps.

 

Notre critique:

Lancé dans le sillage de Michael Moore, Morgan Spurlock y va de son documentaire gentiment contestataire. Moins rentre-dedans que le trublion de Flint, il parvient tout de même à remettre en question la toute puissance d’un fleuron de l’économie américaine: l’industrie alimentaire en général et celle du fast-food en particulier.

L’attaque ne vise pas le hamburger seul, mais aussi toute la culture qui l’entoure. Celle-ci semble avoir pris une place envahissante, bien plus qu’en Europe. A l’image du menu Super Size, format gargantuesque typiquement américain offrant un immense sandwich, presque un demi-kilo de frites, et un tonneau de soda (j’exagère à peine… voulez-vous une sauce pour les frites?).

A en croire Morgan Spurlock, on ne peut pas vivre aux Etats-Unis sans être confronté au fast-food. Dès l’enfance, on se voit proposer des gadgets amusants, des amis sur mesure (dont le clown McDonald) et des fêtes d’anniversaires colorées (dans les plaines de jeux des restaurants). A l’école, c’est l’industrie qui se charge de faire l’éducation alimentaire des élèves, façonnant les habitudes et plaçant quelques produits. En rue, il y a un fast-food tous les 10 mètres. Sans compter le matraquage publicitaire à la télévision… Comment résister à pareil conditionnement? En même temps, l’information alimentaire (valeur énergétique des aliments) est non pas éliminée, mais rendue difficile d’accès pour éviter au consommateur moyen de se poser trop de questions.

Ces questions, SUPER SIZE ME a l’avantage d’amener le spectateur/consommateur/citoyen à se les poser en fin de compte. C’est que les 30 jours de régime pur boeuf du réalisateur, doublés d’une diminution de l’exercice physique pour correspondre à l’Américain moyen, font des ravages: 10 kilos de graisse dans le ventre, un foie explosé, une libido aussi triste que l’humeur. Une scène de vomi et l’opération de l’estomac d’un obèse, filmé de l’intérieur s’il vous plait, devraient réveiller les plus sceptiques.

Heureusement, le réalisateur ne se contente pas des seules conséquences physiques. Le poids de l’obésité dans la vie économique et culturelle américaine est aussi passé en revue, offrant un argumentaire solide contre les circonvolutions de l’infomercial.

Le ton est badin et le sujet n’est léger qu’en apparence. Donner l’information au consommateur sur la satisfaction d’un besoin primaire, n’est ce pas un peu lui rendre sa liberté?

Morgan Spurlock vs McDonald’s

Depuis la sortie du film, Morgan Spurlock et le géant du hamburger se sont livrés une bataille grinçante.

McDo n’est pas attaqué de front dans le film. Mais avec 50% des fast-food dans le monde (et bien plus sur le territoire américain), le groupe peut difficilement passer comme innocent aux yeux du spectateur. Ce qui plaide le plus en sa défaveur, c’est son refus de répondre au réalisateur (on le voit plusieurs fois dans le film tenter de joindre ses représentants au téléphone, en vain).

D’après McDo, il faudrait 6 ans à un consommateur moyen pour manger l’équivalent de Morgan Spurlock pendant son film. Soit 1 petit déjeuner et 2 menus par jour pendant 30 jours. 30 petits déjeuners, 60 menus… 6 ans. Est-ce que ça colle pour vous?

La chaîne MTV a été un temps au centre de la bagarre avec une tentative d’interdiction de la bande annonce du film. L’argument invoqué était son côté graphique (on y voit le réalisateur vomir son Super Size). Mais on a découvert ensuite que McDo avait fait pression sur la chaîne dont elle est un des principaux annonceurs.

McDo a organisé une campagne publicitaire en Angleterre et aux Etat-Unis pour répondre au documentaire: « le film est malin, bien fait, et oui, c’est ennuyeux pour nous, ne dépeint pas McDonald’s de la manière la plus favorable. Nous sommes d’accord avec l’argument principal (manger trop et bouger peu, c’est mauvais), mais nous n’acceptons pas l’idée que manger chez McDonald’s est mauvais. » Et la publicité de rappeler que des salades et des fruits étaient également disponibles au menu. Morgan Spurlock a de son côté qualifié de « ridicules » les publicités McDo qui présentaient le hamburger comme l’élément indispensable d’une alimentation équilibrée.

McDo est en mutation depuis plusieurs années déjà. Suite à l’érosion progressive de ses ventes, le groupe s’est d’abord restructuré, fermant des centaines de restaurants dans le monde. Puis il s’est donné une nouvelle image, en utilisant d’autres produits que le hamburger, d’un fournisseur d’alimentation équilibrée. Un rapport récent de l’Organisation Mondiale de la Santé, qui pointait l’obésité comme étant une des causes principales de mortalité, a accéléré le mouvement.

SUPER SIZE ME arrive donc en dernier mais parvient encore à enfoncer le clou. On ne sait pas si le film changera beaucoup les habitudes de consommation des Américains, mais il aura réussi à forcer McDo à retirer le format Super Size de ses menus.