Podium
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Podium

par Olivier Loncin
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 97′
Genre:
Date de sortie: 10/02/2004

Cotation:

0 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Bernard Frédéric a abandonné son métier de sosie de Claude François. Pour faire plaisir a sa femme. Il est désormais employé de banque et il s’ennuie.
Lorsqu’il apprend qu’Evelyne Thomas organise un concours de sosies de Cloclo, il se voit déjà sur la plus haute marche du titre du film. Sa femme le menace de rompre mais peut-on lutter contre son destin surtout si Claude lui-même est à vos côtés?

 

Notre critique:

Si vous avez peur de chantonner du Claude François pour les quinze jours qui suivent, n’allez surtout pas voir PODIUM.
Car que l’on aime ou pas les productions du plus célèbre chanteur de variétés de l’Hexagone, il faut bien reconnaître leur caractère imparable et entêtant. Et bien entendu, un film qui parle d’un sosie de Cloclo ne pouvait faire l’économie d’un florilège des tubes de l’inventeur des Clodettes.
Ne nous y trompons pas. PODIUM n’est pas un film sur Claude François. PODIUM est un film sur Bernard Frédéric, sosie de Claude François, dont les spectacles feraient « passer Johnny Halliday au stade de France pour un Playmobil dans un évier ». Là où la chose devient vraiment motivante, c’est que Bernard Frédéric est interprété par Benoît Poelvoorde que Yann Moix voulait absolument dans le rôle. Tellement absolument qu’il écrivit un roman (PODIUM) pour le convaincre d’accepter le rôle. Emu par cette attention, Poelvoorde accepta le rôle et c’est tant mieux pour tout le monde, à commencer pour lui puisqu’il tient vraisemblablement ici son premier succès grand public inconditionnel, incontournable, incontestable.

Servi par des dialogues cousus mains auxquels il n’a pas hésité à apporter sa touche (« Un coeur qui bat; un nez qui flaire; une décision qui tombe; ça c’est Bernanrd Frédéric. Z’apprendrez à me connaître » – « Elle a les yeux qui crient braguette » – « Elle est chaude comme une baraque à frites »*), Poelvoorde nous offre non pas tant l’étendue de son talent que toute l’énergie de sa personnalité. Quintessence des personnages qu’il interprète depuis le tueur de C’EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS, Bernard Frédéric a tout du sale gosse hyperactif et rêveur capable des pires comportements pour atteindre son but. Et si le côté tendre du personnage, exprimé essentiellement dans les rapports difficiles qu’il entretient avec sa femme, n’est pas toujours cohérent avec les autres aspects de sa personnalité, c’est malgré tout un bonheur de se laisser toucher par ses désarmantes faiblesses.

Si Poelvoorde est à PODIUM ce que les lumières du phare sont à Alexandrie, Alexandra, il serait injuste de ne pas citer Jean-Paul Rouve qui en clone décérébré de Polnareff est un sidekick de premier choix.
Une mention aussi pour la réalisation de Yann Moix qui parvient à imposer un rythme (notamment avec l’usage pertinent des splits screens et d’un montage serré mais pas stressant) qui emporte l’enthousiasme. On se croirait par instants revenu à l’époque de Chansons à la carte sur la RTB ou dans les clips de René Steichen (qu’il me pardonne l’ortographe) présenté par André Torrent sur RTL. De ce point de vue PODIUM s’inscrit à merveille dans la mouvance Gloubi-Boulga qui a vu ces derniers mois porter aux nues par des trentenaires / quarantenaires nostalgiques et déboussolés Casimir le monstre orange, Chantal Goya, nouvelle madonne des boîtes gay, ou, plus belgo-belge, les Galapiats série culte et scoute.

PODIUM est donc un film populaire dans le meilleur sens du terme. Qui ne prend pas la tête mais qui évite de dire des bêtises (contrairement à une production Besson façon YAMAKAZI, au hasard et par exemple). L’humour est piquant mais sans cynisme. Et quand l’émotion pointe le nez c’est modestement, pas avec de gros souliers.
Et puis, discrète, il y a la joie, pour les p’tits belges que nous sommes, d’une légitime fierté chauvine car si PODIUM est une cerise, Poelvoorde en est le gâteau.

* Pour un belge, il est assez croustillant de penser que l’un ou l’autre des belgicismes proférés par Poelvoorde pourraient devenir outre Quiévrain aussi célèbres que le « OKAY » de Jacquouille la Fripouille ou le « C’est c’làààà Thérèse » du PERE NOËL EST UNE ORDURE.