La Pianiste

La Pianiste

Michael Haneke fait partie de cette catégorie de réalisateurs dont les films mettent toujours en évidence les fêlures d’êtres normaux, voire supérieurs, en apparence, pour les entraîner dans la barbarie ancestrale de l’humanité. Peut-être est-ce parce que ce metteur en scène de théâtre, qui a travaillé pour la télévision allemande à la fin des années 60, a fait des études de philosophie et de psychologie… Oui, peut-être est-ce pour cela qu’il nous a asséné tour à tour BENNY’S VIDEO, FUNNY GAMES ou CODE INCONNU, avec à chaque fois des névroses à la clé, des plongées dans l’enfer de l’âme.

Il remet en tous les cas le couvert avec LA PIANISTE qui a récolté quelques belles récompenses (grand prix du jury Cannes 2001, prix d’interprétation à Cannes en 2001 pour Isabelle Hupert et Benoît Magimel). Le talent de Haneke repose principalement sur la description d’un univers et de personnages dont la vie intérieure dépasse de loin l’extériorisation minimaliste des sentiments. D’aucuns pourraient d’ailleurs de ce fait lui reprocher une certaine froideur, un côté analytique omniprésent. C’est sur les failles de cette vie intérieure qu’Haneke base le ressort dramatique de ses films. Que ce soit le jeune Benny dans BENNY’S VIDEO ou Paul et Peter dans FUNNY GAMES ou enfin Erika Kohut dans LA PIANISTE, c’est chaque fois la face cachée de ces personnages qui fait basculer un univers bien rangé, maîtrisé en apparence, vers le chaos le plus total.

Dans tout film de personnages, les interprètes sont essentiels. Et bien sûr, LA PIANISTE ne déroge pas à la règle avec une Isabelle Hupert grandiose. A l’instar du rôle de Violette Nozière, celui d’Erika Kohut révèle les immenses qualités d’une actrice capable de faire basculer un personnage serein dans la névrose la plus totale en quelques regards. Magimel (déjà remarquable dans DEJA MORT ou LE ROI DANSE) est un amoureux transi puis révolté très crédible. Enfin, c’est un réel plaisir de voir le retour de la talentueuse Annie Girardot en mère abusive.

Bien sûr, Michael Haneke ne fera jamais l’unanimité: voir des personnages s’entredéchirer n’est pas forcément un spectacle souhaitable pour tous. Cependant, la leçon de cinéma que vous recevrez à la vision du film vaut largement l’effort de rentrer dans ce type de film…

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