Gosford Park
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Gosford Park

par Olivier Loncin
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 137’
Genre:
Date de sortie: 26/03/2002

Cotation:

0 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Angleterre, années 30. William McCordle a invité famille et amis pour une partie de chasse dans sa propriété de Gosford Park. L'occasion pour lui d'exposer le pouvoir que lui donne sa fortune et de régler ses comptes avec les uns et les autres. Un événement imprévu va bouleverser le déroulement du week-end et gripper la belle mécanique des conventions sociales supposées immuables.

 

Notre critique:

GOSFORD PARK, le nouveau portrait de groupe de Robert Altman, décrypte la hiérarchie d’une société sclérosée par ses propres normes, minée par le besoin de pouvoir qui est peut-être le propre de l’Homme.
Ce pouvoir est décliné sous toutes ses formes. Celui du maître de maison sur ses invités, censés se plier aux règles de l’hospitalité. Celui des maîtres sur leurs domestiques, censés obéir aux ordres. Celui des hommes sur les femmes, censées se plier aux désirs de celui-là. Pouvoir des femmes sur les hommes, inféodés aux désirs qu’elles provoquent. Pouvoir du riche sur les moins nantis, par l’envie qu’il génère. Pouvoir du riche encore sur ceux dont il assurre le revenu, par la peur qu’ils ont d’en être privé. Pouvoir de l’artifice sur tous les imaginaires.
Entamé comme une analyse quasi entomologiste des rapports entre les différents groupes précités, GOSFORD PARK s’oriente en cours de route vers une intrigue tendance Agatha Christie sans pour autant renier sa mise en place ni trahir les promesses engagées. Au contraire, la perturbation induite par le crime permet à Altman de cristalliser la nature des différentes relations de pouvoir entre les protagonistes. Du chaos vient la lumière.On appréciera la maitrise d’Altman qui parvient une fois encore à brasser des dizaines de personnages sans jamais les réduire à des caricatures. Bien sûr, en tant que spectateur, au début, il y a intérêt à avoir le cerveau connecté et les yeux bien installés dans leurs orbites car c’est touffu. Mais au fil du récit, les très nombreux liens entre les personnages créent un tissus social des plus passionnants. C’est cette richesse relationnelle qui fait tout le prix des films d’Altman. Il a ici une force dans la lignée de SHORT CUTS, à cette nuance près que dans GOSFORD PARK, la période historique durant laquelle se déroule l’histoire peut induire une distanciation qui ferait que l’on se sentirait moins directement impliqués par les événements décrits. Distanciation qui au pire confère une certaine légèreté au propos, et au mieux un aspect proche de la fable. D’ailleurs, Altman dans sa conclusion est moralisateur comme Jean de la Fontaine pouvait l’être, c’est-à-dire n’hésitant pas à remettre en cause l’ordre établi. L’idée étant ici que le pouvoir sera sapé par les moyens mêmes mis en place pour en afficher la puissance. La démonstration est subtile autant que pertinente et bénéficie de cet humour finement trublion propre au réalisateur de THE PLAYER. En l’occurrence, et finalement, c’est la vacuité des vanités humaines qui s’en trouve mise en relief.
Est-il nécessaire d’encore insister sur les qualités du réalisateur concernant la direction d’acteur? L’ensemble du casting est superbement impeccable. Au fil des minutes, on est emporté par une véritable jubilation. Film après film, Altman développe une oeuvre qui n’est pas sans rappeler dans sa démarche la Comédie Humaine de Balzac. Dans cette oeuvre, GOSFORD PARK est un opus incontournable.