Si les portes du Palace se sont fermées à nouveau lundi dernier, les bureaux sont ouverts et les esprits travaillent déjà à de nouveaux projets ! Eric Franssen, directeur général du Palace depuis août 2020, nous parle de cette institution bruxelloise centenaire, de son histoire, ainsi que des projets d’avenir portés par une équipe dynamique et par l’amour du cinéma.

L’entrevue est également disponible sous format podcast! N’hésitez pas à la consulter ici:

Propos recueillis par Kévin Giraud 

Eric Franssen, vous êtes le directeur général du Palace, pouvez-vous nous raconter l’histoire de celui-ci?
Le Palace est né en 1908 sur le Boulevard Anspach, sous l’impulsion de Charles Pathé. Commandé à l’architecte bruxellois Paul Hamesse, ce cinéma était à son inauguration l’un des plus grands et des plus modernes de Bruxelles, voire d’Europe, avec une salle de 2.500 places. Il a été exploité jusqu’au début des années 1970, avant d’être reconverti en grand magasin, puis fermé dans les années 1980. Fin des années 1990, la Communauté Française (Fédération Wallonie-Bruxelles aujourd’hui) a racheté le bâtiment pour lui redonner sa fonction première. Suite à l’appel d’offres, c’est le projet porté par quatre entités belges représentées par Luc Dardenne (Films du Fleuve), Eliane Dubois (Cinéart), Patrick Quinet (Artémis Productions) et Nicole La Bouverie (Zenab Production) qui a été retenu. Cela a conduit à la réouverture du complexe en février 2018 après quinze ans de travaux, et c’est ce cinéma que vous pouvez découvrir aujourd’hui au coeur de Bruxelles.

Dans le projet, il y avait l’idée de faire du Palace « plus qu’un simple cinéma », pouvez-vous nous en dire plus? 
Au départ, trois axes avaient été envisagés. Un axe classique d’exploitation, un axe événementiel à la fois lié au cinéma et au milieu culturel en général mais aussi pour de la location privée, et un dernier axe autour du restaurant/bar Le Palace. Rapidement, un quatrième axe s’est construit autour de la programmation « jeune public », enfants ou adolescents. Ces missions ont été menées à bien avec des résultats mitigés pendant les deux premières années du cinéma, notamment à cause des nombreux défis liés au bâtiment classé, à la rentabilisation des espaces, et aux travaux du piétonnier. Malgré tout, le Palace a de nombreux atouts. Une localisation en plein centre ville, la faculté de toucher les deux communautés (30% de notre public est néerlandophone), et la qualité de ses salles, qui font partie des meilleures de Belgique. Aujourd’hui avec notre équipe, nous avons repensé nos missions et notre identité, et nous recentrons nos activités sur le cinéma. En collaboration avec d’autres partenaires ou autour d’autres médiums peut-être, mais nous souhaitons avant tout que le Palace devienne le lieu où on réfléchit sur le cinéma. Et c’est dans ce sens que montons nos futurs événements, nos futurs projets, même si compliqué de savoir quand ceux-ci verront le jour, vu le contexte actuel… 

Comment se construit votre programmation ?
Il y deux aspects dans votre question. D’une part, notre programmation cinéma « classique » se constitue à 90% de cinéma Art et Essai, voire plus, et principalement de cinéma européen. Notre ligne éditoriale est claire en ce sens, c’est ça notre identité. Quand on propose un blockbuster, ou un film qui s’en approche, c’est toujours parce que nous considérons qu’il y a un auteur derrière. Lorsque nous montrons Tenet par exemple, qu’on apprécie ou non ce genre de cinéma, c’est pour faire découvrir un réalisateur que l’on trouve important dans la cinématographie contemporaine et qui apporte quelque chose à l’art et à l’histoire du cinéma. Quand on programme Parasite, quand on programme Joker, c’est toujours en tant que films d’auteurs. Ils sont importants pour nous bien sûr, car ils nous permettent d’atteindre un équilibre financier, mais aussi parce qu’ils nous permettent d’élargir notre public. Et à côté de ces blockbusters, nous sélectionnons de nombreux films en festival, des oeuvres que nous avons repéré et qui nous ont marqué. C’est cette complémentarité qui fait notre ligne éditoriale que je pense claire et bien définie. L’autre aspect de notre programmation, ce sont nos événements. Comme expliqué plus tôt, nous avons encore un peu de chemin à faire pour trouver notre place, mais nous sommes confiants. Notre but pour la suite, c’est de nous positionner au mieux dans le paysage cinématographique bruxellois.

Avec la crise sanitaire actuelle, comment réussissez-vous à garder le contact avec votre public, et comment envisagez-vous l’année 2020 aujourd’hui ? 
Cette période a été intéressante pour nous, car elle a montré la grande différence entre l’offre des gros groupes, et celles des cinémas d’Art et Essai. En juillet lors de la réouverture, on a beaucoup entendu dans la presse et parmi les associations d’exploitants qu’il n’y avait « pas de films ». Or, nous ne l’avons pas ressenti de notre côté. Nous avons montré des films tout l’été, nous avons reçu de nombreuses propositions, nous avons dû en refuser, et nous n’avons pas eu de problème d’offre contrairement à nos craintes. C’était compliqué bien sûr, mais nous avons pu compter sur l’aide des institutions publiques, du Centre du Cinéma, et des distributeurs qui ont maintenu leurs sorties. Il y a eu des soutiens structurels, des soutiens aux distributeurs, et des opérations comme par exemple J’peux pas, j’ai cinéma! [15.000 places de cinéma à 1€, en vente tout l’été – NDLR]. Cela nous a permis de maintenir nos recettes, et de toucher un nouveau public qui nous est resté fidèle durant tout la période de réouverture. Notre offre a gardé sa qualité durant les mois de juillet et août, et la fréquentation est restée stable. Il y a une baisse certes, mais elle a été limitée, contrairement aux grands groupes qui ont vu leur fréquentation chuter. Nous avons pu constater l’engagement du public Art et Essai qui a continué à fréquenter nos salles malgré les mesures sanitaires, et ça nous a rassuré. Aujourd’hui, nous n’avons pas peur des plateformes ou de la mise en ligne des films. Ema de Pablo Larrain, qui est sorti en DVOD [Sortie directe en vidéo à la demande NDLR] durant le confinement, a tenu douze semaines en salles et nous avons fait de bons chiffres. De même, avec On the Rocks de Sofia Coppola, les spectateurs se sont déplacés alors que le film est présent sur Apple TV. C’est une période intéressante parce qu’on peut tester la force d’un film qui a été programmé ailleurs ou en ligne, et ces résultats nous enthousiasment pour la suite. Les films d’Art et Essai fonctionnent différemment d’un Mulan ou d’un Trolls 2. Ils ont encore besoin des cinémas, mais ils ont aussi la capacité d’attirer un public qui reste fidèle à la salle.

Enfin, pour vous soutenir, est-ce qu’on peut s’impliquer de notre côté? 
Pour le moment, nous montons toute une série de nouveaux projets qui devraient arriver d’ici janvier 2021, en adéquation d’ailleurs avec tout ce qu’on vient d’aborder. À ce moment-là, on aura besoin de toute l’implication et de tous les relais possibles ! On pourra en reparler bientôt avec grand plaisir, car tous les soutiens seront bienvenus.

A propos de l'auteur

Après avoir étudié le cinéma, son passé, son présent et son futur, écrit désormais pour partager cette passion du Septième Art. En attendant, dévore bouquins, séries, docus, court et long-métrages entre autres, et en parle sur la toile et ailleurs dès qu'il trouve les mots.