Cannes 2021 Jour J+3 : des nouvelles du palais

Palais des Festivals - Salle du Soixantième

Les levers successifs avant 7h du matin pour les réservations de billets et les couchers aux alentours d’1 heure du matin commencent à faire de l’effet. Nous sommes tous plus ou moins déjà en pilote automatique, plus vraiment dans la réalité qui nous entoure mais dans une sorte de transe douce qui nous enveloppe pour nous maintenir juste conscients des films que nous voyons.

Même si la Covid est sur toutes les lèvres, surtout depuis la cérémonie d’ouverture où beaucoup de vedettes étaient sans masque dans la salle (la toile s’est enflammée sur le sujet), les journalistes sont maintenant concentrés sur la sélection et les choses sérieuses de leur métier.

En terme de réservation de films, c’est à nouveau le cafouillage, non pas pour des raisons informatiques, mais pour des raisons de changements de délais sans avoir prévenu personnes (et surtout pas les intéressés). Pendant 2 jours, nous réservions les films que nous allions voir dans 48 heures et puis soudain, voici désormais que l’on réserve pour dans les 72 heures! Inutile de dire que pour ma part cela va me faire sans doute louper 2 ou 3 films que j’avais sélectionnés puisque je m’y suis pris trop tard…

Mais bon, à Cannes, il y a suffisamment de films à voir pour toujours trouver images à son oeil. Et puis, les temps morts sont aussi propices à la méditation, au sommeil ou à l’écriture.

Aujourd’hui, 3 films à visionner, tous dépassant les 2 heures de projections et avec des sujets pas faciles. Donc du lourd!

Après une mâtinée d’écriture, descente en vélo sur Cannes vers 13h, le tout en 13 minutes (Vallauris -> Cannes), encore un record de battu. Parking, cadenas, retirer tout ce qui se vole et courte file au Debussy pour LA CIVIL, un premier film mexicain d’une réalisatrice née en Roumanie qui a vécu en Belgique et qui vit désormais au Mexique, Teodora Mihai. Inutile de vous dire qu’il s’agit d’une coproduction!

Toute l’équipe est là pour présenter ce film qui suit une mère mexicaine, Doña Cielo dont la fille Laura se fait kidnapper par une bande à la solde des cartels du coin et qui, au vu de l’inaction des autorités, décide de mener sa propre enquête.

Teodora Mihai et son équipe

Inutile de dire qu’évidemment, le film est une dénonciation de ces kidnappings qui pourrissent la vie des autochtones aussi bien au Mexique que dans le reste de l’Amérique du Sud. Le film est tourné comme un film de vengeance et met en avant les relations complexes de la population mexicaine avec ses autorités multiples (police, milice, etc) et ses cartels et bandes rivales plus ou moins organisées.

Le scénario tien plutôt bien la route mais on sent dans certaines parties du film le manque de moyen auquel a dû faire face la réalisatrice. On se dit que si le film avait été fait avec des moyens made in US sa portée en aurait été amplifiée.

Sortie du Debussy pour y rentrer à nouveau quelques minutes plus tard pour voir un des films très attendu de Cannes, BENEDETTA de Paul Verhoeven qui devrait sentir le soufre.

BENEDETTA, c’est l’histoire de la jeune Benedetta Carlini qui dès son plus jeune âge est placée au couvent de Pescia en Italie au 17e siècle car elle veut devenir la femme du Christ. Elle a aussi entre autre la faculté -semble-t-il – de demander à Jésus de faire des miracles.

Le casting est aussi attendu que le film puisque c’est Virginie Effira qui campe cette nonne et qui campe ici probablement l’un des plus grands rôles de sa carrière de comédienne, tant par le jeu que par l’implication qu’un tel rôle demande.

Et Paul Verhoeven revient avec ce film à ses débuts, renouant avec son cinéma brut, provocateur, dénonciateur de FLESH + BLOOD par exemple. Dès les premières minutes, le côté gore du cinéaste hollandais revient, et il dénonce presque aussitôt aussi l’hypocrisie d’une église qui n’est jamais là pour aider son prochain mais seulement pour engranger du profit. Entre burlesque, gore, sexe et premier degré, inutile de dire que la salle était complètement partagée à l’issue du film, et oscillait entre détestation et glorification! On se demande ce qu’en pensera le jury emmené par Spike Lee…

Benedetta

Mais la journée n’est pas finie et je m’oriente doucement vers la salle du Soixantième où est projeté le film STILLWATER de Tom McCarthy avec Matt Damon qui a fait sensation sur La Croisette le jour de la projection officielle.

En passant sur la passerelle reliant le palais à la salle du Soixantième, j’ai l’occasion, en fois encore, de constater que c’est la foule des grands jours à Cannes dont les rues avoisinantes au Palais sont combles (et encore il se dit qu’il n’y a que la moitié de la jauge habituelle, soit 20000 personnes).

STILLWATER, c’est en quelque sorte l’anti Jason Bourne pour Matt Damon qui y interprète ici le rôle d’un père qui a perdu la femme qu’il aimait et qui a sombré dans l’alcool et la drogue. S’il s’en est sorti depuis peu, cet ouvrier qui travaille dans les forages pétroliers doit malgré tout porter depuis 5 ans la tristesse de voir sa fille enfermée dans la prison des Baumettes à Marseille, fille condamnée à 9 ans de prison pour avoir poignardé sa compagne.

Matt sans Jason

Matt Damon joue donc le paumé, en provenance de l’Amérique profonde, qui se trouve confronter à la vision européenne (et surtout marseillaise) du monde. Choc des cultures, choc des langues, STILLWATER n’est pas un grand film mais il a son originalité et nous immerge assez justement dans ce choc. Et Camille Cottin trouve là aussi un rôle internationale plutôt réussi.

Et c’est quelques minutes avant minuit que l’on sort de la salle et que je reprends comme chaque soir mon vélo pour regagner une trentaine de minutes plus tard les hauteurs de Cannes.

Demain le soleil se lèvera encore une fois sur Cannes… Il est difficile de ne pas voir son omniprésence en ce mois de juillet 2021.

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