Mercredi 22 mai. Longue nuit à nouveau (comprenez toujours plus de 6h30 de sommeil selon les critères cannois) et prêt à aborder la journée positivement pour le Tarantino: oui, on va le voir aujourd’hui. En tout cas, c’est ce que l’on se répète en boucle façon méthode Coué.

Pour commencer, le rattrapage de LA BELLE EPOQUE manqué depuis 2 jours pour cause de conflit d’agenda. Cela se passe à la salle du Soixantième (en passant, une des mieux organisées cette année!) et c’est hors compétition. 2e film de Nicolas Bedos après MR & MME ADELMAN, LA BELLE EPOQUE se focalise sur un couple, interprété par Fanny Ardant et Daniel Auteuil, qui, après 25 ans de vie commune, éclate littéralement, lui, dessinateur, étant devenu un réactionnaire, elle, psy, voulant foncer sans réfléchir vers l’avenir. Film entre nostalgie et amour, LA BELLE EPOQUE joue à fond la carte de la mise en abyme avec une réelle subtilité sur la forme. Le fond lui reste plus léger avec une trame narrative pas vraiment bien définie, mais le tout est bien servi par de bons dialogues et un excellent casting (Fanny Ardant est incroyable).

Daniel Auteuil, Guillaume Canet dans LA BELLE EPOQUE

En sortant de la salle, il est 11h légèrement passé et ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD est à midi. Autant dire que vu l’engouement et même si la vision a lieu au GTL et ses 2309 places, cela va être difficile. Mais j’y vais assez cool sachant que ce sera ou Tarantino ou le déjeuner aïoli de la ville de Cannes avec le jury de la compétition officielle vers 13h. Dans un cas comme dans l’autre du plaisir et pas de stress.

Je m’intègre donc dans la file du GTL, passant sur le côté dans l’espace réservé à la presse le tout en moins de dix minutes (quand on pense aux 2h30 de file hier!) et me retrouve coincé avant l’accès au tapis rouge. Normal, les invitations sont privilégiées au GTL. Echange de texto avec deux de mes collocs qui ont réussi à rentrer bien avant et sont au balcon dans la salle:
moi: on n’est pas encore sûr de rentrer
eux: ça ne m’étonne pas, il reste vraiment très peu de places
eux (quelques minutes plus tard): T’as ou rentrer (bon OK, c’est plutôt « pu » que ou)
moi: On attend le verdict: Tarantino ou aïoli?
eux: Laisse tomber, vous pourrez pas rentrer. t’es devant le tapis en fait?
moi: … [silence poli et stressé]
moi (de longues minutes d’incertitude plus tard): Tarantino! Le maire de Cannes va m’en vouloir!
eux: T’es assis où du coup?
moi: en bas

Après une montée solitaire, voici ce que l’on voit du haut des marches avant la 3e projection de ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD

Je passerai sous silences le torrent de textos d’insultes, de haine qui s’ensuivent, l’orchestre étant beaucoup plus agréable que le balcon. Ceci dit je suis au premier rang et heureusement que le GTL est bien fichu avec un écran très éloigné des premières rangées, sinon cela aurait été très inconfortable.

Auto-portrait vu du premier rang du GTL

Une fois installé, ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD peut commencer. Bel exercice de style de la part de Quentin Tarantino que ce nouveau film. On reconnait les passions du réalisateur pour les années 70, pour le cinéma bis, pour les séries, pour les films bis et pour les casting d’enfer, on sent aussi un peu la vacuité de l’exercice qui transparaît par endroit. Cela fonctionne, on ne s’ennuie pas mais le tout aurait pu être plus flamboyant. Il faudra voir ce que cela donnera à sa sortie puisque l’on parle d’un remontage avant la sortie en août…

Leonardo DiCaprio dans Once Upon a Time in Hollywood

Pas le temps de respirer, je retrouve mes compères à un kiosque pour acheter mon millième panini de ma villégiature cannoise et puis retour au GTL pour le Xavier Dolan, MATTHIAS ET MAXIME. Pas de problèmes pour rentrer cette fois et on assistera à la projection sans avoir de stress préalable.

Le film parle d’amitié et suit Matthias et Maxime parmi leur groupe d’amis avant que Maxime ne s’embarque vers l’Australie pour 2 ans. C’est frais, vivant et l’on sent que le groupe s’est vraiment amusé sur le tournage. C’est clairement un film de transition pour Dolan qui passe bientôt de la vingtaine à la trentaine. Une période charnière qui le fait se pencher sur ses amitiés les plus proches et les plus anciennes.

Ah, enfin, un moment pour souffler pour écrire la chronique d’hier, se rafraîchir, etc. Retour donc à l’appartement, discussion avec ses petits camarades de chambrée sur les films du jour, les galères des uns, les émois des autres… Cannes, en somme…

Il est 20h quand je repars à pieds pour gagner le studio 13 à plus ou moins 30 minutes de notre logement pour visionner à 21h30, RED 11 de Robert Rodriguez. Salle dédiée aux badges cinéphiles, le Studio 13 m’est totalement inconnu. C’est en fait une petite salle dans un bâtiment plutôt ancien qui semble avoir été ré-aménagé en centre culturel.

RED 11 est donc la dernière fiction en date de Robert Rodriguez, filim qui retrace sous forme de SF et d’horreur, l’aventure de Robert avant EL MARIACHI. A cette époque, il cherchait des fonds et s’était inscrit dans un programme de recherche médicale pour gagner 7000 dollars pour financer son premier film. Il a bien sûr complètement détourné ça en un film de série B plutôt décalé, fauché et un peu fouillis mais sympathique qui se moque un peu beaucoup de ces programmes de recherche impliquant des jeunes cobayes (« lab rats »).

Il est 23h30 lorsque je rejoins mes collocs et d’autres confrères à la terrasse d’un restaurant où ils achèvent la soirée. On rentre plus ou moins vers 1h, non s’en s’être promis d’assister aux 4h de MEKTOUB MY LOVE le lendemain à 22h en Debussy.

Et demain, le soleil sera timide sur Cannes…

A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...