Samedi 25 mai. Le dernier jour du Festival de Cannes est un jour à part pour 3 raisons principales: la première est bien sûr que le palmarès est dévoilé, la deuxième est qu’après le palmarès est présenté le film de clôture (désormais intitulé sobrement « la dernière séance ») et enfin, la troisième est la programmation une nouvelle (et dernière) fois de tous les films en compétition.

Le plan de la journée est donc simple (pour une fois), et pré-établi: lever vers 8h30, autant dire la grâce matinée, vision de ATLANTIQUE à 11h à la salle Bazin (je l’avais manqué le 16 et le 17 mai) et enfin, à 19h15, Théâtre Debussy pour visionner le palmarès en direct du GTL ainsi que le film de clôture.

Mame Bineta Sane dans ATLANTIQUE

ATLANTIQUE est un premier film, celui de Mati Diop, nièce du réalisateur sénégalais Djibril Diop Mambéty. Le scénario, très original, aborde l’immigration non pas au niveau du pays de destination mais plutôt au niveau du pays de départ. Et montre les tourments d’une jeune fille qui voit celui qu’elle aime mourir alors qu’il tente de rejoindre l’Espagne. Mêlant fantastique, croyance et réalisme social, le film a certes des défauts mais reste un remarquable premier film qui montre la richesse de l’univers de sa réalisatrice. C’est un candidat parfait pour la Caméra d’Or. A suivre absolument!

Le midi, nous allons tranquillement déjeuner à L’Avion ( pour changer) et nous profitons du soleil de la Terrasse de Presse dans l’après midi pour contribuer au podcast Cinecast de nos confrères Thibault et Guillaume.

Après un passage rapide à l’appartement, nous filons enfin vers le théâtre Debussy aux alentours de 18h30 pour assister à la remise des prix sur le grand écran de la salle.

Voici donc le palmarès:
Palme d’or
GISAENGCHUNG (Parasite) réalisé par Bong Joon-Ho

Grand Prix
ATLANTIQUE réalisé par Mati Diop

Prix de la mise en scène
LE JEUNE AHMED réalisé par Jean-Pierre & Luc Dardenne

Prix du Jury ex-aequo
LES MISÉRABLES réalisé par Ladj Ly
BACURAU réalisé par Kleber Mendonca Filho & Juliano Dornelles

Prix d’interprétation masculine
Antonio Banderas dans DOLOR Y GLORIA réalisé par Pedro Almodovar

Prix d’interprétation féminine
Emily Beecham dans LITTLE JOE réalisé par Jessica Hausner

Prix du scénario
Céline Sciamma pour PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU
Mention spéciale à Elia Suleiman pour IT MUST BE HEAVEN

Courts métrages
Palme d’or
THE DISTANCE BETWEEN US AND THE SKY réalisé par Vasilis Kekatos Mention spéciale du Jury
MONSTRUO DIOS réalisé par Agustina San Martin

Caméra d’or
NUESTRAS MADRES réalisé par César Diaz présenté dans le cadre de « La Semaine de la Critique »

Le Prix CST de l’Artiste-Technicien 2019 est attribué à: Flora Volpeliere pour le montage et Julien Poupard pour le cadre et la lumière du film de Ladj Ly: LES MISÉRABLES.

Palmarès bien à l’image de Cannes: certains de ces choix sont des évidences, LES MISERABLES, PARASITE ou Antonio Banderas, d’autres soulèvent des questions: scénario à PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU alors que sa mise en scène est exceptionnelle, mise en scène aux frères Dardenne alors que c’est plutôt le scénario qui attire, ATLANTIQUE en Grand Prix alors que c’est clairement une première oeuvre de qualité mais avec des défauts, candidat parfait pour une caméra d’or, Emily Beecham, bonne actrice au demeurant mais pas plus spécialement que d’autres prétendantes au titre en compétition…

La surprise et l’étonnement passés, il est temps de voir le film de clôture. La salle du Debussy se vide encore un peu (elle n’était déjà pas très pleine) et l’on peut enfin voir le nouveau Toledano/Nakache (INTOUCHABLE).

Vincent Cassel et Reda Katoub dans HORS NORMES

Emouvant, drôle, sensible, édifiant, dénonciateur! HORS NORMES s’attache au pas de Bruno et de Malik qui gèrent des centres spécialisées pour aider et héberger des autistes sévères. On retrouve dans ce film ce qui fait les qualités des grands films, ce mélange d’humour, de tendresse et de drame. A l’instar d’un PATIENTS, HORS NORMES réussit à parler d’une maladie grave sans jamais sombrer dans le pathos. Ce magnifique film est une véritable cerise sur le gâteau des visions de ces 11 jours. Hélas pour les spectateurs, il faudra attendre octobre/novembre de cette année pour le voir…

Cannes, c’est fini, mais cela ne nous empêche pas à minuit de prolonger le plaisir d’être entre amoureux du cinéma et de nous préparer ensembles au blues post-cannes autour d’un Mac & Cheese à la brasserie New York non loin du Palais. De quoi caler son estomac pour quelques jours…

Le reste est de l’histoire banale: nettoyage de l’appartement, valise et dodo avant le retour le dimanche sur Bruxelles.

Et demain, le soleil ne se lèvera pas sur Cannes.

A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...