15 mai 2019. Contrairement à l’année dernière et pour cause du spectacle de la dernière saison du Cirque Plume le 14 au soir, je débarque le 15 vers 13h à Cannes après un vol sans histoires, exception faite de la rencontre fortuite et heureuse d’un confrère journaliste parachuté en dernière minute au Festival de Cannes (il se reconnaîtra) pour remplacer un journaliste plâtré, lui aussi en dernière minute (qui se reconnaîtra aussi)…

Cannes aux alentours de 13h avec du soleil (il a plu abondamment le matin pour la projection de 8h30), c’est plutôt cool si on vient en vacances. Pour le journaliste lambda, c’est d’abord une petite marche avec une valise qui roule (et qui n’amasse pas mouse) pour se rendre à son point de chute. En l’occurence pour moi, le 25 m2 partagé avec 4 collègues journalistes. Bon vu comme ça, cela ne semble pas folichon, mais comme on y est que pour dormir 5 ou 6h par nuit entre la projection des films et l’écriture des critiques ou des chroniques, c’est largement suffisant, immersif et plutôt fun.

Valise défaite, affaires rangées. Course vers le Palais pour récupérer son accréditation (la jaune pour les connaisseurs) et signer le nouvel embargo mis au point par les organisateurs de Cannes pour contenter les milliers de journalistes qui veulent être les premiers à voir les films pour des raisons diverses et variées, parfois pour des conditions légitimes de bouclage et parfois juste pour l’ego de la profession.

Petit tour du palais en attendant le premier film à 16h45. Rien ne change sauf la terrasse pour la presse qui se déplace pour offrir un plus grand espace abrité, que du bonheur.

Hall du Palais, 15h32…

Vers 15h30 c’est la première file (un peu comme à Disneyland) devant le théâtre Debussy pour le film français fort attendu: LES MISERABLES de Ladj Ly. Petite note aux organisateurs: il semble qu’il y ait un petit problème de timing: les rentrées des différents badges sont trop tardives, ce qui fait que les badges bleus et jaunes se retrouvent en salle alors que le film démarre. Pas vraiment pratique et surtout pas particulièrement respectueux des films.

LES MISERABLES, ce fut d’abord un court-métrage multi-primé. Au vu du succès, les producteurs et le réalisateur se sont lancés dans le long métrage (1h43). Grand bien leur a pris au sortir de la projection. Le film aborde la banlieue du 93 (neuf trois comme disent les français) par le biais de 3 flics qui patrouillent encore dans ces quartiers réputés sans loi. Mise en scène forte, immersion totale dans l’univers de la banlieue délaissée par les pouvoirs publiques, interprétation impeccable, LES MISERABLES frappe très fort là où ça fait très mal au pouvoir en place (et à ceux avant aussi d’ailleurs), sans parler d’un retournement final glaçant à souhait et sans pour autant être dénué d’humour (les dialogues sont excellents). La presse sort de là plutôt unanime et on sent, pour ce film en compétition, un potentiel réel au palmarès d’autant plus qu’il est parfaitement en phase avec les mouvements actuels en France.

Retour à l’appartement pour préparer la suite. Premier choix cornélien (bon d’accord le mot est fort!) entre aller manger et aller voir LE DAIM le film de Quentin Dupieux à la Quinzaine des Réalisateurs. Pour cette fois, c’est l’estomac qui parle au vu du manque de repas dans l’avion de SN Brussels le midi. Et aussi le plaisir de discuter et d’échanger avec mes colocataires bien sûr! Pizza du soir bonsoir, pris calmement à l’Avion, restaurant à 2 minutes du Palais qui, en passant, a changé de direction et de décoration, mais pas de prix (ce qui est déjà pas mal à Cannes en période de Festival).

Ensuite, et sans sourcillé, il est temps de se rendre à la projection de 22h du film brésilien BACURAU (prononcer ba-cu-raauw) en salle Debussy. Re-note aux organisateurs: visiblement le problème de timing est toujours présent et bien que nous soyons moins nombreux, on arrive tout juste à entrer dans la salle quelques secondes avant le démarrage du film!

BACURAU du nom du village où se déroule l’action nous emmène au coeur de la campagne brésilienne au milieu d’un drame étrange. Le village vient de perdre Carmelita, sorte de sorcière/chamane du village et subit des pressions de personnages peu recommandables gravitant autour du lieu. Déroutant, dérangeant, étrange, incompréhensible sont les mots qui reviennent le plus souvent au sortir de la projection. Le scénario est un OVNI qui rend le film pas forcément compréhensible par tous et qui pêche du coup par des moments plus faibles.

Minuit trente. Un bon moment pour aller dormir encore un peu hagard de ce film brésilien qui risque de nous hanter par son étrangeté durant la nuit.

Et demain le soleil se lèvera encore sur Cannes..

A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...