Cannes 2018 J+6: Nouvelles du Palais. 13 mai. Le 12 mai à Cannes s’était terminé le 13 pour beaucoup d’entre nous, en tout cas tous ceux qui avaient choisi la séance de minuit pour FAHRENHEIT451. Et pour ceux bien décidés à voir le nouveau Gaspar Noé, CLIMAX, elle allait commencer tôt puisque le film est projeté à la Quinzaine des Réalisateurs à 8h45.

Donc rituel classique: debout 7h50 et l’on court jusque la salle du Théâtre de la Croisette où une sacrée file m’attendait hélas. Une bonne attente mais pas de soucis pour entrer. Et prêt pour le Noé. CLIMAX commence fort avec de longs plans séquence bien réussis et des séquences de danse à couper le souffle. La plupart des acteurs sont des danseurs professionnels. Et puis, comme c’est du Gaspar Noé, l’histoire tourne au cauchemar et les inspirations de POSSESSION, SUSPIRIA, ZOMBIE, VIBROBOY, etc font surface et transforment le film en un trip chorégraphique sous LSD. Difficile après un film comme celui-là de se replonger rapidement dans un autre mais c’est le jeu des Festivals en général et de Cannes en particulier.

Climax - Gaspar Noé

Gaspar Noé en chemise à carreau à l’issue de la projection

Donc marche rapide sous un ciel couvert où quelques gouttes sont en formation pour gagner la salle du Soixantième avant 11h30 afin de voir THREE FACES de l’iranien Jafar Panahi, film en compétition. 3 VISAGES (en français) suit 3 actrices à des âges différents en jouant entre la fiction et le documentaire dramatisé. Très habile, le film est intéressant et séduit par une véritable immersion (puisque le réalisateur fait partie prenante du film comme les autres personnages) qui donne plus de poids à ce qui fait penser à un road movie à certains moments. On aurait bien aimé une conférence de presse avec Jafar Panahi. Malheureusement il n’est pas à Cannes, l’Iran ne lui accordant pas de visa de sortie.

Dehors les éléments se sont déchaînés, c’est l’orage, et la salle se vide lentement, tout le monde attendant que cela se calme. Et oui, contrairement à ce que je dis en final de chaque article, il ne fait pas toujours beau à Cannes.

Profitant d’une accalmie, il faut trouver un endroit tranquille pour écrire. La pause écriture est obligatoire car le problème est d’arriver à équilibrer visions de films, critiques et rubriques Nouvelles du Palais. Et puis, il faut se reposer car -faites sonner les trompettes- à 18h45 a lieu dans la salle Debussy LA projection de 2001 ODYSSEE DE L’ESPACE en version restaurée 70mm la plus fidèle possible à celle de l’originale lors de la projection en 1968.

Une projection comme celle-là, ça se prépare à l’avance, du coup, je pars plus d’une heure avant histoire de ne pas être bloqué par une file rédhibitoire. La pluie a cessé mais il ne fait pas très chaud malgré tout. L’entrée dans la salle se fait (presque) sans encombre, presque car les bonnes places sont difficiles à trouver. Puis enfin, Thierry Frémaux monte sur scène appelant Christopher Nolan (artisan de la restauration), Jan Harlan (producteur des films de Kubrick et aussi son beau-frère), Katharina Kubrick (la fille d’un premier mariage de Christiane Kubrick) et l’acteur principal Keir Dullea (Dave Bowman) sur scène.

2001 L'odysée de l'espace - 50 ans Cannes

De gauche à doite: Christopher Nolan, Keir Dullea, Jan Harlan, Katharina Kubrick

Explications sur la projection, sur la fidélité avec la projection originale, qualité du son et tout le reste qui font juste monter l’impatience d’assister -dans mon cas- à ma 18e projection du film de Kubrick dans des conditions optimales. Comme à l’époque, la projection ne commence qu’après une ouverture musicale et le son est fan-tas-tique! Ensuite que dire de plus? Que les 2h44 de film se sont déroulées dans un état second d’autant qu’à l’entracte de 15 minutes (comme à l’époque aussi) on nous a distribué le fac-similé du dossier de présentation de 1968, un collector pour tous les admirateurs inconditionnels de Stanley Kubrick.

21h51. Sur un nuage, je confonds deux salles et retourne enfin à Bazin pour assister à la projection du 2e long métrage de l’acteur Gilles Lellouche, LE GRAND BAIN, présenté hors compétition. Et oui, il faut arriver à faire abstraction de ce que l’on vient de voir pour entrer dans un autre film, c’est une habitude mais elle est plus ou moins facile en fonction du film d’où l’on vient et de celui où l’on va. Mais LE GRAND BAIN est une bonne surprise, une comédie enlevée avec un casting de copains (Poelvoorde, Canet, Amalric, Anglade, Katerine, Efira et Bekhti) tous extraordinaires. On pense évidemment à FULL MONTY, mais aussi à L’AVENTURE C’EST L’AVENTURE ou bien des comédies des années 80. Gilles Lellouche fait preuve d’une vraie maîtrise de la mise en scène et l’on rit de bon coeur.

Il est minuit cinq et largement le temps de se coucher car le soleil a fait de même depuis plusieurs heures.

Et demain, le soleil se lèvera (peut-être) encore sur Cannes.

A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...