Cannes 2018 J+4: Nouvelles du Palais. 11 mai. Après une troisième journée relativement calme (le 10 mai), entendez seulement trois films (LETO, PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE et ARCTIC) au compteur et pas mal d’écriture dans les temps morts, le tout avec une sustentation « normale », un repas le midi et une collation le soir, le 4e jour à Cannes pouvait démarrer sans trop de difficulté avec 5 films prévus (journée normale aussi, sans excès).

Enfin, quand vous vous levez à 7h30 après s’être couché à 2h30 du matin suite à la projection du survival avec Mads Mikkelsen, ARCTIC, à minuit, tout cela pour voir LOS SILENCIOS à la Quinzaine des Réalisateurs à 8h30 du matin, « sans trop de difficultés » relève vite de l’euphémisme.

Arctic

Mads Mikkelsen et Maria Thelma Smaradottir sortant de la projection de ARCTIC

LOS SILENCIOS pourrait être qualifié de film de réfugiés politiques sur fond de 6e Sens. Ce qui, traduit pour les non cinéphiles, signifie qu’on y parle du problème des réfugiés politiques colombiens sur une ile située entre le Pérou, la Colombie et le Brésil, ile qui a la particularité d’être occupée par les fantômes des réfugiés disparus, fantômes qui apparaissent à l’écran comme des personnes tout à fait normal (façon SIXTH SENSE). La métaphore est audacieuse, le film un peu moins.

Sortie calme du théâtre de la Croisette (où passent les films de la Quinzaine des Réalisateurs) puisque le film suivant est à 12h salle du Soixantième, une salle à côté du Palais, le long de la mer (oui, je sais ça fait rêver, mais à Cannes, on n’a pas vraiment le temps de rêver, sauf dans les salles quand le film est bon).

Et le film suivant n’est pas n’importe quel film puisqu’il s’agit de COLD WAR du réalisateur qui nous avait livré IDA voici quelques années, Pawel Pawlikovski. Et là c’est le choc, dans le bon sens du terme: maîtrise de la mise en scène, maîtrise de la narration et interprétation au top (de Joanna Kulig) pour cette histoire d’amour passionnelle sur fond de guerre froide (d’où le titre anglais, capisce?). Et à la sortie, on se regarde tous en se disant qu’il doit avoir quelque chose au palmarès, sinon on mange son badge d’accréditation sans sel. Mais voilà, à Cannes, les journalistes se trompent presque chaque fois.

Et comme COLD WAR n’est pas trop long (1h24, ce qui cette année à Cannes est même presque un court-métrage vu la quantité de films de 2h30, LES AMES MORTES, film chinois, ayant le record avec plus de 8h), on prend le temps de se sustenter avant le marathon de l’après-midi et de la soirée.

A 15h, je m’offre une séance de rattrapage (pour combler une petite baisse de rythme dans ma programmation) de A GENOUX LES GARS vu le bon bouche à oreilles sur la croisette. Et effectivement après 2 projections, cette troisième bénéficie d’une file de plus de 200 m à l’intérieur du palais en direction de la salle Bazin où il est projeté. Sujet plutôt d’actualité qui aborde la sexualité des adolescents nourris au porno en ligne, ce premier film est drôle et habilement provocateur malgré quelques faiblesses.

Files Cannoises

Les files à Cannes sont parfois impressionnantes, mais on finit toujours par rentrer

Avant d’aller plus loin, un mot aux organisateurs de Cannes: la clim de la salle Bazin est réglée beaucoup trop froide. Est-ce un moyen d’éliminer quelques journalistes parmi les 4500?

Ensuite enchaînement rapide à 16h45 avec le Jean-Luc Godard, LE LIVRE D’IMAGE, toujours dans la salle frigidaire de Bazin. Et là, on assiste à un Godard bien façon Jean-Luc qui nous balance un flot d’images continu, extraits de cinéma, de télé, de films pornographiques, un jeu complètement disruptif sur le son, pour nous faire passer son message politique sur le monde d’aujourd’hui. On se sent stupide, ou pire, on pense qu’il nous prend pour des imbéciles. Résultat: de nombreuses personnes sortent de la salle, ou s’en vont après avoir applaudi un faux générique apparu 20 minutes avant la fin du film. Que du bonheur!

On s’est fait avoir mais on en redemande (on est comme ça les journalistes critiques de cinéma) et on se précipite pour la troisième fois dans la salle frigidaire pour voir les 2h20 de JIANG HU ER NU (Les éternels), film chinois du réalisateur Jia Zhang-Ke (TOUCH OF SIN, THE WORLD). Comme à son habitude, il nous balance un thriller comme excuse pour faire un film qui parle de la Chine contemporaine. Un peu en dessous de ses précédentes productions, LES ETERNELS tient surtout par l’interprétation exceptionnelle du personnage féminin de Qiao.

Et puis, il faut quitter le frigo pour se replonger dans la foule cannoise, toujours présente, et c’est une chaleur bienvenue qui nous réconforte avant d’aller dormir pour récupérer d’une nuit précédente un peu légère.

Et demain, le soleil se lèvera encore sur Cannes.

A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...