Rencontre avec l’équipe du film LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT

Il y a du monde devant l’UGC De Brouckère en ce 25 août. Ce soir là avait lieu l’avant-première belge du dernier film de Jaco Van Dormael, LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT. Le film avait déjà été projeté à une reprise de la Quinzaine des Réalisateurs du dernier Festival de Cannes mais il lui fallait une première digne de ce nom. Pour l’occasion, quasiment l’entièreté du casting était présent. Deux absents de marques : Yolande Moreau qui était sur le tournage du prochain film de Stéphane Brizé et François Damiens qui a dû interrompre la promotion du film pour des raisons personnelles.

Sur le tapis rouge, le co-scénariste du film, Thomas Gunzig nous fait part d’une légère anxiété mais aussi de sa joie d’être là. L’héroïne du film, Pili Groyne, remercie Jaco Van Dormael pour ce super grand cadeau qu’il lui a fait en lui offrant ce rôle. « C’est quelque chose de génial dans ma vie. J’espère pouvoir continuer longtemps. » Après avoir joué pour les frères Dardenne dans DEUX JOURS UNE NUIT et pour Fabrice Du Welz dans ALLELUIA, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

« Alors comme ça on veut la jouer à l’américaine. » Pas de doute, Benoit Poelvoorde arrive. A notre micro il se lâche complètement, fait le show. « Est-ce que je suis content ? Bien sûr, je me suis amusé. C’est rigolo à jouer. En plus on n’attaque pas Dieu. Je partais gagnant. » Il se tourne vers un collègue et lui dit « A qui tu parles là ? A Dieu ! » On vous le dit, chaud boulette le Benoit. « Il m’a fallu 12 mois pour me remettre de ce rôle là. Parce que je rentrais dans les pièces en faisant ohh (qu’il crie dans tout le cinéma). C’est vrai, Dieu ne fait que ça. Ou est-ce qu’elle est ma fille ? (en parlant de Pili Groyne) Elle est là mon bébé. C’est ça le cinéma. Voici la fille de Dieu ! L’emmerdeuse de série qui va réécrire les évangiles mais qui m’a bien cassé les couilles. Elle est dure mais papa veille ! »

Poelvoorde n’est pas le seul a avoir été impressionné par la demoiselle. « Pili est formidable. Le film porte sur elle. Elle le porte sans être gnangnan avec beaucoup de rigueur. Ce métier a l’air de lui plaire. Je trouve qu’elle est très juste. » nous a confié Yolande Moreau que nous avions longuement rencontrée la semaine précédente. A propos du casting, Jaco Van Dormael « J’ai commencé par Pili parce que je pensais que ça serait le rôle le plus difficile à trouver, que ça prendrait du temps. C’est la première que j’ai vue. Au bout de 10 jours je savais que ça serait elle. »

Le metteur en scène n’écrit jamais avec un acteur en tête. La réflexion n’arrive qu’après que le scénario soit terminé. Il propose alors le rôle à quelqu’un et, s’il dit oui, Van Dormael réécrit alors le rôle en fonction de la personne. Dans le film, une actrice frappe tant on ne l’imaginait pas là-dedans : Catherine Deneuve. « Catherine Deneuve je ne la connaissais pas. Je l’ai vue au moment des manifestations contre le mariage pour tous. Elle intervenait à la télévision en disant que ça ne regardait personne, qu’il y a une manière d’aimer qui est convenable et une qui ne l’est pas. Elle n’a pas sa langue en poche alors que c’est une icône. Une dame respectable, elle dit ce qu’elle pense. Elle serait pas mal dans le rôle qui est le sien dans le film. Je lui ai envoyé le scénario et elle a dit oui tout de suite. C’était très drôle. Elle est arrivée sur le tournage sans préparation. Il n’y avait pas lieu de préparer. Elle connaissait son rôle et voilà. Elle a énormément d’humour. Son partenaire était espagnol. Elle me servait aussi d’interprète parce qu’il ne parlait pas anglais. »

Lors de notre interview avec lui, Van Dormael nous a alors parlé de la genèse du film et plus particulièrement de sa relation de travail avec Thomas Gunzig, son co-scénariste. « Ce que j’adore dans sa littérature c’est qu’il a la musique des mots. Ce n’est pas un terme qu’on emploie au cinéma. On l’emploie au théâtre. Je trouvais ça tellement magique cette musique de la voix off. Quand j’en écris une, ce sont des mots qui n’ont pas la musique. C’est un dialogue de tous les jours, ordinaire. Il faut que ça ressemble à la vie. Son talent c’est d’écrire des voix off complètement littéraire. C’est pour ça que les personnages s’adressent face à la caméra, qu’ils parlent comme dans un bouquin. Ca sentait la cressonnette et ça me rendait heureux ». Il faut dire que Van Dormael n’avait pas pour habitude de travailler en duo avant mais, après avoir bossés ensemble sur des projets théâtraux et sur le film, les deux hommes poursuivent dans cette voie puisqu’ils vont s’attabler à l’écriture d’une adaptation cinématographique de Mon Chien Stupide de John Fante.

A propos de son réalisateur, Yolande Moreau nous disait que « Jaco travaille dans la douceur. Il y a un esprit familial. Il travaille avec les mêmes depuis plusieurs films. Il maitrise son boulot. On ne fait pas d’heures sups, il n’y a pas d’hystérie sur le plateau, c’est serein. Le soir on boit des coups ensemble. Il sait exactement ce qu’il fait. Parfois, je ne savais pas trop ce à quoi ça rimait mais lui le sait très bien, il a son montage en tête. »

Et l’actrice aux 2 Césars de la meilleure actrice de conclure joliment : « C’est un film populaire sans être populiste. J’aime bien ça. »

Nous tenons à remercier En Cinemascope pour son aide lors du tapis rouge et Simon Van Cauteren pour les photos de l’avant-première.

A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.