Rencontre avec la réalisatrice d’UN DEBUT PROMETTEUR lors du FIFF à Namur.

Vous aviez co-réalisé LA FEMME DE RIO (court-métrage pour lequel Emma Luchini a été récompensée aux Césars) avec Nicolas Rey, auteur dont vous adaptez maintenant UN DEBUT PROMETTEUR, quelle a été son implication au niveau de la réalisation pour celui-ci ?

Au niveau du long il n’y a rien eu. Il a suivi l’écriture du scénario, je me suis référée à lui régulièrement. Il a eu l’idée de trois scènes excellentes : celle de la pharmacienne, celle du foot et une scène très belle que j’avais écrite de manière plus banale, celle où Martin attend devant l’endroit où son ex-femme habite. J’avais écrit qu’il était devant, qu’il sortait de la voiture et allait lui parler mais Nicolas a eu l’idée géniale de le faire parler tout seul, de s’adresser à sa femme mais sans bouger de sa voiture. Il a eu quelques autres petites idées aussi. Puis il était là pour assister à l’écriture, donner son avis.

C’est intéressant d’avoir écrit le bouquin et de participer à son adaptation en scénario.

C’est très intéressant. Vous avez lu le roman ?

Non du tout.

Le roman est très différent. Le point de départ est le même que celui du film. J’ai inventé le personnage de Mathilde qui existait de manière très différente dans le livre et dont l’histoire d’amour était très différente aussi. Après je l’ai fait évoluer et Nicolas était d’accord avec ça dans le sens où il disait qu’il faut trahir un livre pour bien l’adapter. Il faut essayer d’en choper l’essence et partir et en faire autre chose. Si tu fais du copier/coller, c’est pas intéressant. C’est ce que j’ai fait et, avec son assentiment. C’était très agréable et il m’a dit qu’il ne s’était pas senti trahi au final donc j’étais contente.

Il est très intéressant le personnage de Mathilde en plus. Maintenant que vous dites qu’il n’était pas comme ça dans le roman parce que je l’ai compris comme étant une sorte d’allégorie par rapport aux trois personnages.

Exactement.

Certains disent qu’elle a moins de développement personnel que les autres…

C’est vrai.

Mais c’est quand même intéressant pour montrer quelque chose sur les personnages eux-mêmes.

Vous avez tout compris. Elle est un révélateur. C’est bien ce que vous dites. J’ai eu cette critique « ah le personnage de Mathilde est moins creusé ». Je la voulais mystérieuse parce que, comme vous dites, je ne pourrais pas le dire mieux, c’est une allégorie. Le thème du livre et du film c’est « quelle attitude on a face à l’amour suivant son âge, son endroit dans la vie, à quel moment on se trouve, à quel moment on se place par rapport aux illusions, par rapport aux croyances, par rapport à ce qu’on en attend ? » Elle arrive comme un révélateur de ces trois points de vue, de ces trois états. Il y a quelque chose d’un peu poétique, pour moi, dans cette figure féminine. C’est pour ça que je la voulais absolue, belle, universelle un petit peu. Si vous avez vu ça c’est que vous avez bien compris le film en tout cas.

Au niveau du jeu, il y a quelque chose qui nous a frappé. Votre père [Fabrice Luchini NDLR] jour moins comme il joue d’habitude tandis que Manu Payet joue un peu comme Luchini joue d’habitude. C’est quelque chose de voulu ou ça a été naturel pendant le tournage ?

Que le personnage de Francis, joué par Fabrice Luchini, soit plus en-dessous, le scénario l’exigeait. C’est un père. Il gère ses fils comme il peut tout en étant avec ses manques, ses incapacités. Il n’y avait pas lieu pour lui de faire un numéro. Il y fallait que chacun reste à sa place pour que l’équilibre fonctionne. Ca c’était donc voulu. Après, c’est vrai que le personnage de Martin je lui ai fait citer des choses. Il est écrivain et je trouvais que ça allait bien avec cet espèce de nonchalance de l’esprit. Mathilde lui dit qu’il cite tout le temps des trucs et Martin lui répond « oui, ça m’évite de penser par moi-même ». Il y a une espèce de pause de dandy qui correspond bien à Martin, qui m’est venue naturellement mais qui m’a peut-être été influencée inconsciemment par des personnages que Fabrice a joués, L’indiscrète. Peut-être qu’il y a une influence sous-jacente mais ça n’était pas une volonté. Mais le résultat, on me le dit souvent, je ne peux pas dire que c’est faux.

Comment ça s’est passé avec votre père ? Certains collègues me disaient « c’est facile, elle a été demander à son père » mais, on peut prendre le « problème » dans l’autre sens. Avec votre père il y a avant tout une relation familiale et, ici, cela devient une relation professionnelle.

Oui mais dans le travail de cinéaste, on fait des films et on n’est plus dans cette considération de famille professionnelle, l’intime, la famille, l’amitié, l’amour. Que ce soit ton père ou un acteur, c’est pareil. C’est comme ça que je le vis moi. L’endroit du tournage, ce n’est pas un endroit normal. Il n’y a plus de normalité, il n’y a plus de code. Pourquoi pas mettre en scène son père, son amoureux. Tout est un peu faussé, biaisé. En soi, le fait de diriger des acteurs est étrange. Ajouter le lien filial, ce n’est pas plus bizarre que les autres rapports. C’est juste une autre facette du lien mais ça ne m’a pas paru bizarre. Pour la facilité, c’est vrai. Mon père n’aurait pas accepté un rôle pas principal de quelqu’un d’autre. Pour ça, j’ai eu un cadeau inoui, pour le bien du film parce que souvent, les gens me disent que c’est un très beau second rôle.

A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.