On est resté bloqués avec Orelsan et Gringe. 

Début décembre, on nous a donné rendez-vous dans un hôtel bruxellois pour rencontrer Orelsan et Gringe, les deux rappeurs qui cartonnent sur Canal + avec leur capsule Bloqués. Si le planning de Gringe n’était pas vraiment perturbé, ce n’était pas le cas pour Orelsan qui, pour venir à Bruxelles, a quand même loupé 3 trains. Oui, il est à la vie comme à l’écran et c’est sans doute pour ça qu’on l’aime bien.

Le duo d’Orelsan et Gringe au sein des Casseurs Flowteurs existe depuis plusieurs années maintenant. Leur premier album décrivait déjà une journée un peu pourrie. Ce fut le point de départ du film. « Dans l’album, il y avait déjà cette idée de deux mecs qui veulent faire un single. » Quand on lui demande s’il a écrit le film à partir des chansons de l’album, il confirme et va plus loin. « Oui, j’ai écrit le film à partir des chansons de l’album mais je ne les ai pas gardées et en ai écrit d’autres à la place. » Après quelques minutes, on a saisi le personnage. Il est vraiment comme on le voit à l’écran. Pour qualifier le film, Orelsan nous fait part d’une expression qu’il aime bien. « J’aime dire que c’est de l’autofiction. La base est vraie. Gringe et moi on habitait à Caen, on fait du rap, Skread est notre producteur,… Tout ça est vrai mais la part de fiction ce sont toutes les trames narratives autour : le fait d’écrire une chanson pour le lendemain, la rencontre avec Ablaye et Skread » L’écriture du scénario s’est faite à deux, entre Orelsan et Christophe Offenstein, le co-réalisateur. « Gringe préférait se concentré sur son album. Surtout que c’est lourd d’écrire un scénario. Faut lire des bouquins, faut pas mal de préparation,… Donc, pour le film, Gringe a préféré ne faire que l’acteur.»

A propos de Gringe, il nous a tenu un discours qui, de prime abord, peut sembler surprenant. « Je n’écoute pas beaucoup de rap en fait. Un peu mais j’écoute aussi de la chanson française et d’autres trucs. Je ne suis pas un grand mélomane, je suis plus un amoureux du cinéma et des comédiens. Les comédiens me fascinent. Surtout cette catégorie de comédiens à part comme Daniel Day Lewis, Gary Oldman ou Jack Nicholson. Depuis que j’ai 12 ans, je vais au cinéma tout seul. Au collège, je séchais les cours pour aller au ciné. » Quand on demande au néo-comédien de 35 ans pourquoi ce passage si tardif au cinéma, il nous répond avec une grande simplicité. « Parce que l’occasion se présente à moi. Jamais je ne me suis dit que j’allais faire des castings et prendre des cours de comédie. C’est venu comme la musique est venue, par le même biais, mon pote qui m’a proposé des opportunités. J’ai découvert un réel kif à jouer la comédie. Même si c’est un rôle que je connais bien et qui a été écrit sur mesure, dans des décors qu’on connaît, ce qui nous offre un certain confort, j’ai très envie de recommencer l’expérience ailleurs, ce qui est en train de se faire d’ailleurs. Je reçois des propositions et je pense tenter ma chance là-dedans. » Ces opportunités ne sont pas venues uniquement grâce au film, qui était sorti en France la veille de l’interview mais bien grâce à Bloqués. « Je n’avais pas soupçonné la visibilité que nous offrait Bloqués., sa viralité. Avant, quand on me reconnaissait, ce qui était déjà assez rare, on m’associait d’office à Orelsan. Maintenant, ce n’est plus toujours le cas, les gens retiennent mon nom. » Même son de cloche pour Orelsan. « Ouais ouais, je vais continuer la réalisation, c’est sûr. En tout cas, je vais continuer d’écrire d’autres choses que de la musique, je vais aussi faire de la musique. C’est ça qui me fait chier, je ne sais pas où je vais trouver le temps de tout faire. Mais oui je vais continuer. Ca serait dommage de ne pas essayer une deuxième fois alors que j’ai appris plein de trucs. »

Orelsan réalise donc ici son premier long-métrage. « Je ne savais pas trop au début. J’y ai été étape par étape. J’ai d’abord commencé par l’écrire et puis j’allais voir. Le problème c’était que l’histoire était tellement personnelle que je ne voyais pas qui d’autre aurait pu le réaliser. J’ai regardé plein de réals, jeunes comme vieux mais je me suis vite dit que c’était obligé que ça soit moi qui le fasse. Après, j’ai rencontré Christophe (Offenstein NDLR) qui est chef opérateur. Il m’a dit qu’il aimait bien mais voulait plus s’impliquer que de juste être le chef opérateur. Il m’a donc aidé à écrire la fin du film et, sur le tournage, même si on avait jamais vraiment défini que ça serait une co-réalisation, on a tous les deux fait le truc. »

Le cinéma a donc bien marché pour eux, la télé aussi. Quant à une seconde saison de Bloqués, ça n’est pas forcément d’actualité puisque le concept n’est pas extensible à l’infini mais, les deux ne sont pas fermés à l’idée.

A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.