Alors que le film allait faire sa première lors de la dernière édition du FIFF, lors de laquelle POUR VIVRE HEUREUX a glané plusieurs prix, nous avons pris le temps de rencontrer le duo de comédiens qui porte le film, Sofia Lesaffre et Zeerak Christopher.

Pour vivre heureux

Quand vous avez lu le scénario, qu’avez-vous pensé de l’histoire et, surtout, de vos personnages ?

Sofia : J’ai reçu le scénario et j’ai été très touchée par les personnages qui ressemblent beaucoup à de gens que je connais, des gens de mon entourage. Je trouve que ce sont des personnages réalistes et c’est ça qui m’a le plus touchée. L’histoire est hyper touchante, c’est une histoire d’amour avec des gens qui nous ressemblent, qui pourraient être nous donc forcément on se projette, on sent qu’on est concerné.

Zeerak : De nos jours ça arrive beaucoup ce genre d’histoires, surtout avec la mixité des origines. C’est une histoire, je ne dirais pas banale mais, ça arrive assez souvent. C’est mon premier film donc le projet ne pouvait que me plaire. La question du mariage arrangé me touche aussi. Si j’ai une copine qui n’est pas de mon origine, ça va être plus relou pour mes parents. C’est quelque chose qui arrive souvent.

Sofia : C’est quelque chose à laquelle je n’ai pas été confrontée mais ça ne m’a pas empêché d’être touchée par l’histoire.

Comment se prépare-t-on à ce genre de rôle ? Zeerak, est-ce que le fait de connaître cette problématique t’a aidé à construire ton personnage ?

Zeerak : Non, je ne pense pas que mon rôle était très difficile à assimiler puisqu’il me correspond aussi. Le personnage n’est pas très éloigné de ce que je suis dans la vie.

Pour vivre heureux

Sofia : Le personnage n’est pas si difficile que ça à aborder. Il y a le thème du mariage arrangé dans le film mais ce n’est pas sur ça. De base, c’est une histoire d’amour et je pense qu’on est tous capables de comprendre ce que ça fait, de se mettre à la place des personnages. On peut tous ressentir ce que ressent Amel ou Mashir parce que ça nous est tous arrivé d’aimer. C’est injuste que des personnes interviennent et empêchent des gens de vivre ce qu’ils ont envie de vivre. Sur le plateau, Salima [Lesaffre] et Dimitri [Linder], les réalisateurs, nous ont beaucoup fait travailler en amont.

Zeerak : On a fait beaucoup de répétitions qui nous ont permis de nous connaître. On a fait trois fois une semaine de répétitions et grâce à ça, quand on se retrouvait sur le tournage, c’était plus facile, plus abordable.

Sofia : C’est long mais pas tant que ça en fait. Ça passe super vite. Ce que Salima et Dimitri voulaient créer un lien entre nous, une cohésion de groupe, et j’espère que ça se voit dans le film que je n’ai toujours pas vu. La caméra arrive dans le quotidien d’une famille, d’amis. On sent qu’ils ont leurs habitudes, habitudes qu’on n’avait pas parce qu’on ne se connaissait pas et qu’on a dû créer entre nous. Avoir passé autant de temps ensemble a créé des choses entre nous qui sont ressorties inconsciemment lors du tournage.

Zeerak : Je crois que quand ça ne tournait pas, on était encore plus une famille qu’à la caméra.

Sofia : C’est vraiment Salima et Dimitri qui ont tout fait pour qu’on soit tous investis à fond dans ce projet dans une bonne ambiance. Il ne faut pas oublier que c’est aussi avec des gens qui n’ont jamais tourné de leur vie. Forcément, il y a des angoisses, des questionnements, … Du coup, c’est bien d’être tous ensemble.

C’est ton premier film Zeerak, le fait d’être acteur a été facile, difficile à aborder ?

Zeerak : Avant le tournage, j’appréhendais beaucoup parce que je ne savais pas comment ça se passe mais dès le premier jour, j’ai été rassuré. Les réalisateurs nous ont mis en confiance, ça s’est bien passé. Dès les premières prises, j’ai commencé à prendre du plaisir.

Avez-vous eu des moments de doutes? Est-ce qu’il y a eu des choses, lors de la lecture du scénario, à propos desquelles vous vous êtes dit que ça pourrait être compliqué? Que ce soit des scènes ou des traits de caractères de vos personnages?

Sofia : Quand on vous apporte un scénario avec un personnage qui est tout écrit, on a du doute forcément car on se dit que la personne qui a écrit le scénario écrit dessus depuis des années. On se demande si on va correspondre. Le doute fait partie de la base. C’est ensuite qu’on se met à chercher ensemble. Salima et Dimitri avaient leur idée du personnage puis on leur proposait quelque chose et à partir de ça on allait le modeler.

Zeerak : Parfois la façon de jouer une scène changeait par rapport à ce qu’on imaginait suite aux discussions et envies des réalisateurs. Ils avaient la vraie vision du personnage.

Sofia : Puis même eux, au jour le jour ça change. On se rend compte finalement que, comme c’est écrit, une position ne convient pas pour telle ou telle raison. C’est un processus normal, on s’adapte. Au fur et à mesure du tournage, les personnages ont changé.

Aviez-vous une certaine liberté pour improviser ?

Zeerak : Souvent, les deux, trois premières prises, ils nous laissaient faire. Après, ils venaient nous voir pour nous dire ce qu’il fallait éventuellement modifier puis on adaptait en fonction. C’est arrivé plusieurs fois que dès les premières prises, ce soit bon et qu’on ne reçoive pas d’instructions supplémentaires.

Sofia : Ce que je trouve génial avec Salima et Dimitri, c’est que la liberté se trouve dans le fait qu’on connaisse notre personnage parce qu’on a bien travaillé avec eux avant. Ils laissent vraiment l’occasion de faire ce que l’on sent. Il y a un certain placement à respecter, pour les caméras etc mais, en terme de jeu, on a une certaine liberté. Ils nous faisaient confiance. Tu sais que tu vas pouvoir faire ce que t’as envie de faire, dans la limite de ce qui est possible, tu connais ton personnage et tu sais ce qu’il peut faire ou non. Ils veulent qu’on tente. C’est pour ça qu’ils voulaient qu’on travaille ensemble en amont, c’était pour être à l’aise ensemble, avec l’espace, nos corps,… Il ne fallait pas être gênés.

A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.