Rencontre avec l’humoriste et acteur Manu Payet

Après Emma Luchini, place à Manu Payet qui a répondu à nos questions au théâtre de Namur dans le cadre du FIFF, le Festival International du Film Francophone. L’humoriste interprète le premier rôle dans UN DEBUT PROMETTEUR, la nouvelle réalisation d’Emma Luchini.

C’est votre premier rôle dramatique. Qu’est-ce qui vous a fait accepter ce rôle ? Ca vous tentait depuis un moment ?

Oui un peu. Ca m’avait été proposé avant mais je ne le sentais pas trop. Là c’est vraiment le texte, l’histoire qui m’ont séduit. Ce sont ces deux éléments là qui m’ont séduit. Le personnage aussi mais dans son ensemble. Après, une fois que tu dis oui, ça suppose de ne pas être exactement toi comme dans le film que t’as pu faire avant. Martin, il a vécu d’autres trucs que moi.

Ce n’est pas un personnage évident. Il est très caractérisé, il y a un changement physique de votre part. Il est plus rond, plus mou. Ca a été facile d’accepter tout ça ?

C’est génial ! Passionnant. Déjà, quand c’est demandé par Emma, que vous avez rencontré tout à l’heure, vous imaginez que c’est quand même plus agréable. C’est effectivement passionnant de savoir que tu vas, parce que c’est quand même du jeu, tu vas t’amuser à jouer un mec triste et désabusé. A l’intérieur, il faut quand même s’amuser à le jouer.

Il n’est pas complètement noir non plus. Il a de l’ironie dans la voix, une petite satire. Il fallait une note d’espoir.

C’est pour ça qu’Emma est venue me chercher moi. J’ai essayé d’honorer de mon mieux, la mission qu’elle m’a confiée.

Vous savez pour quelle(s) raison(s) elle vous voulait ?

Pour ces raisons là. Parce que, même si le mec a cette mélancolie qu’il y a quelque part chez tout clown, il y a une lueur, une étincelle dans l’œil.

Est-ce que ce film sert de déclic ? Vous avez fait un premier film dramatique, ça vous donne envie de poursuivre là-dedans ou vous voulez revenir à la comédie ?

Je vais en refaire une. Je suis en train d’écrire, ça sera une comédie. J’aime bien faire rire. C’est drôle de faire rire. J’en ai fait un autre, ça sortira l’année prochaine. Il est un peu plus proche de moi parce que bon, je ne vais pas prendre des kilos à chaque fois, mais c’est aussi une tragi-comédie. Parfois, tu t’exprimes mieux dans ce genre de film. Après, ça dépend du partenaire, du texte. Parfois, la comédie que tu lis t’emballes moins que le film un peu tragique où tu te dis « wow, là il y a du matos, on va faire des choses avec ce mec là ». Même dans les moments où il est moins bien, il réussi à être drôle. C’est un challenge.

Dans votre jeu, on a remarqué que vous aviez des ressemblances avec le jeu habituel de Fabrice Luchini.

C’est parce qu’aussi, quelque part, je ne me suis pas, même en l’entendant, je ne me suis pas désautorisé à le faire. Quand Fabrice cite quelqu’un d’autre, il pose la voix ainsi (dit-il en ralentissant son débit de parole à la manière de Luchini NDLR) pourquoi ça arrive bien à l’interlocuteur. Quand il dit, lui Martin, « je marche vite parce que si je ralentis je perds l’équilibre ». Cette phrase, je ne peux pas la dire comme je la dirais. Je dois la dire comme Martin le dire pour que Mathilde entende et comprenne. Pareil pour les spectateurs qui vont voir le film Il faut que ça leur parvienne. Parfois, sciemment, pas de manière calculée, j’ai posé un peu plus les citations. Quand tu le fais, tu ressembles un peu à celui qui les a posées avant toi. Il insiste sur la diction et la manière de travailler les choses (toujours dans le style Luchini). Il y a des moments où moi, j’avais le sentiment où, effectivement, pas juste pour les citations, je sentais qu’il fallait que je le pose et que je le décompose.

Est-ce que vous avez travaillé ça avec lui ? Parce qu’à la base vous venez de deux univers totalement opposés et c’est ça qui est intéressant. C’est comme ça pour toute la famille d’ailleurs. Le français n’est pas la langue maternelle de Veerle Baetens, Zacharie Chasseriaud a déjà fait pas mal de films mais qui n’ont rien à voir.

Bien sûr. C’est super ce qu’elle a fait Emma. On n’a pas travaillé ensemble avant. En revanche, tout le monde a travaillé avec Emma. Elle a réussi à rendre tout ça homogène. Personne ne ressemble à l’autre et pourtant ça fonctionne. Après, on a déjeuné, on a but des coups avec Veerle et on a déjeuné avec Fabrice et Zacharie. C’est mieux de s’être vus avant, d’avoir discuté du rôle. Histoire d’avoir une certaine cohérence.

Maintenant, quels sont vos projets ? Vous allez encore réaliser ?

J’espère. Je suis en train d’écrire là. J’espère le faire moi. Je pense, j’en sais rien en fait. Pour l’instant j’écris. J’aime diriger des comédiens, c’est génial.

Il y aura Emmanuelle Chriqui dedans ?

Tu te calmes direct (rires). Mais on était venu présenter le film à Bruxelles non ?

Vous étiez seul. Entourage, ça laisse des marques.

Ah oui juste. Désolé. Je vais voir ce que je peux faire pour vous.

Donc que des projets de cinéma ? Pas de one-man show ?

Ah si. J’y pense aussi. En plus j’ai vu le théâtre tout à l’heure, ça donne trop envie d’y aller.

 

A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.