30 ans plus tard, Dalida revit grâce à Lisa Azuelos et Sveva Alviti

C’est le lendemain de la première exceptionnelle du film à l’Olympia du 30 novembre dernier que nous avons rencontré la réalisatrice et l’interprète principale du film. Le film ne nous a clairement pas enthousiasmé mais, il y a tout de même un élément qui valait la peine : Sveva Alviti, jeune comédienne italienne ayant fait ses classes à New York, coachée par Susan Batson qui a travaillé, entre autres, avec Nicole Kidman, Juliette Binoche ou encore Tom Cruise.

« Mon rêve a toujours été de devenir actrice. Mon père m’a montré de néoréalisme italien, Pasolini, Antonioni, Fellini, De Sica. C’est avec Le Désert Rouge d’Antonioni avec Monica Vitti que j’ai pris la décision de devenir actrice » raconte Sveva Alviti qui, pour payer ses études de théâtre, la comédienne a fait du mannequinat. Au casting, Lisa Azuelos l’a choisie pour une raison très simple. « Je lui ai fait faire Je suis malade au casting. On ne ment pas. Si je suis touchée, c’est gagné. Elle a éliminé tout le monde. Les filles jouent, elles se donnent. Mais celle qui ne fait rien si ce n’est te donner envie de pleurer, c’est celle-la la bonne. Au début, Orlando n’en voulait pas. On est retournés à la charge. On a organisé une rencontre et j’ai vu que ça l’avait troublé. »

Au départ, Azuelos n’était pas spécialement une fan de Dalida. « Quand j’étais petite, c’était une dame avec des paillettes. C’était dans l’air du temps mais je n’étais pas fan du tout. Quand on m’a proposé le projet, j’ai vu que sa vie et la mienne avaient beaucoup en commun. C’est l’histoire d’une femme sur 50 ans dans des époques où être une femme ça change beaucoup de choses. » Pareil pour Alviti qui n’avait que trois ans quand Dalida est décédée. Ecrire sur la vie d’une personne n’est pas chose aisée. « Je ne me suis pas dit que je faisais un biopic. C’était un film plus grand qu’un autre parce que je ne parlais pas de moi mais, en même temps, je parlais de moi. C’est très étrange mais il y avait une espèce d’effet miroir. Parler d’une autre femme, ça m’a sans doute permis de dévoiler des sentiments que je n’aurais pas dévoilé. Au début, j’ai tout écrit puis, entre les contraintes budgétaire, les longueurs, j’ai du élaguer. Un bon scénario, on ne peut plus rien en retirer. Parfois j’enlevais des choses que je remettais puis retirais…Il y a la responsabilité de ce qui va être dit et pas dit. »

Pour rentrer dans le personnage, Sveva s’est appuyée sur Orlando, le frère de Dalida. Il lui a donné une vingtaine de documentaires sur sa sœur en lui disant ce qui était important de garder. « Il m’a ouvert les portes de son bureau et m’a aussi ouvert sa maison. J’ai eu accès à beaucoup de matériel. Quand tu joues quelqu’un d’unique comme ça, tu peux garder des choses réelles, matérielles. Elle a gagné un Oscar, je l’ai touché. Ca m’a beaucoup apporté. Tout ça est rentré en moi et, je m’en suis servie pour faire sortir le personnage. J’ai été Dalida. C’est un travail complexe mais c’est celui d’une actrice. » Avant le film, Sveva Alviti ne parlait pas un mot de français. Pendant plusieurs semaines, elle a enchainé les heures de travail. Six heures de français par jour sans oublier les cours de chant, de danse et toutes les chorégraphies qu’il fallait maîtriser. « Il y a eu des moments difficiles où je pensais que je n’y arriverais pas. Le français ne rentrait pas dans ma tête. Tout s’est débloqué en une fois et j’ai été rassurée. J’avais confiance pour faire ce travail incroyable. Arrivée sur le tournage, je connaissais tout le scénario et toutes les chansons. » Le plus difficile ? Chanter et danser en même temps. «  Tu dois penser à la chorégraphie, bouger et danser. La scène du suicide aussi était très difficile parce qu’elle m’a beaucoup touchée. Quand je suis rentrée après cette longue journée, j’ai beaucoup réfléchi à la mort. La vie est tellement importante. On a des périodes de doute mais on doit continuer à être forts. »

La vie de la chanteuse fut très chargée. Il fallait impérativement trouver un angle d’attaque et, ce dernier fut l’amour et le temps. « Que retient-on de sa vie ? Je repenserai aux hommes qui ont été dans ma vie. Ca colore la vie. C’est l’amour le fil rouge. Elle n’a pas d’enfants donc ce ne sont que les hommes qui font que sa vie change de couleur ou pas. J’ai fait le parti pris de démarrer le film en 67 après son premier suicide. Il y a une partie en flashback et une partie en temps réel. On ne sait pas qu’on aura un destin compliqué puis, c’est une vie où on sait qu’on a eu un destin compliqué. Les deux gestions du temps sont différentes. » Son parcours ne fut pas des plus simples et, quand on fait remarquer à Lisa Azuelos que Dalida donne l’impression de n’avoir jamais su s’ancrer dans son époque, elle répond ceci. « Je ne l’avais pas remarqué mais vous avez raison, elle ne s’est pas ancrée dans les temps. Elle s’est ancrée dans les hommes. Il y a eu des temps d’amour. C’est ça qui fait son temps à elle. Les époques ne comptent à ce moment là que parce qu’elle a rencontré untel ou untel. »

En tout cas, Dalida aura permis de révéler une comédienne talentueuse qui, on n’en doute pas, devrait faire son trou sans peine. « Beaucoup de propositions mais je prends mon temps. Je voudrais donner tout ce que j’ai. Je suis une perfectionniste. Si ça ne me touche pas, je ne peux pas tout donner. J’ai une équipe qui travaille pour moi et après je choisirai le prochain projet. » On a hâte de voir la suite.

 

A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.