Rencontre avec un grand talent du cinéma fantastique

Nous avons profité de la venue de Ben Wheatley à Bruxelles pour le rencontrer et lui poser quelques questions sur son dernier né HIGH-RISE, mais aussi sur son prochain film qui, si tout se passe bien, devrait être sur la croisette en mai prochain.

Pourquoi avez-vous voulu adapter le roman High-Rise ?

C’est un livre que j’ai lu enfant et que j’aimais beaucoup. Quand je m’y suis de nouveau intéressé c’était en tant qu’adulte de 42 ans avec femme et enfant. J’ai réalisé que les choses que j’aimais en tant qu’enfant étaient la dystopie, l’anarchie, le sexe, la drogue, la violence. J’ai senti que ce qui était écrit était en train de devenir vrai d’une certaine manière et qu’il était temps de l’adapter.

A un moment, avez-vous songé à transposer le film de nos jours (qui a lieu dans les années 70 dans le livre NDLR) ?

Non. Dans le livre, ils sont dans une tour en dehors de la ville. Ils deviennent fous dans la tour et personne ne vient parce qu’elle est isolée. On ne pourrait pas faire ça maintenant à cause des réseaux sociaux. Des gens prendraient des photos et les mettraient en ligne et commenceraient à chercher à comprendre ce qui se passe. Comment pourrait-on contourner ça en essayant de ne pas résoudre ces problèmes ? De plus, les années 70 sont une époque plus exotique et dans laquelle c’est plus intéressant de travailler. De mon point de vue, le futur vu actuellement est ennuyeux. Le futur vu depuis les années 70 est plus intéressant.

Quelle est l’idée ou la thématique du film qui vous a touché particulièrement au point de vouloir adapter le livre ?

Je pense que c’est ce sentiment que les riches veulent s’isoler des pauvres. Dans beaucoup de villes, comme Londres par exemple, les riches et les pauvres vivaient mélangés, ce qui a du sens. Des quartiers sont devenus si chers que les gens normaux ne pouvaient plus se permettre d’y vivre. D’une certaine manière, Londres est High-Rise. Le centre est tellement cher que personne ne peut y vivre excepté les super riches. Ce n’est plus dans la ville, c’est devenu une enclave. C’est ça que j’ai aimé.

Pourquoi avoir décidé de ne mettre une voix off que lors des scènes d’ouverture et de clôture et pas pendant tout le film ?

Je pense que c’est parce que c’est le moment le plus réflectif. Le début, c’est la fin puisqu’après le reste est en flashback. Je trouve que ça peut aussi nuire à la narration si on en abuse. Parfois, ça fonctionne super bien, comme dans Les Affranchis mais, ça reste un parti-pris risqué.

Avez-vous ressenti une pression particulière sachant que vous adaptiez un livre ?

Non. Pas sur le moment même mais, une fois le film terminé et qu’il a fallu le présenter au public, oui. Les gens se font tous leur propre idée des personnages, des lieux,… mais on a essayé de rester le plus proche possible du livre. En faisant ça, on s’est toujours sentis en sécurité. Les gens peuvent ne pas aimer le film mais, au moins, on a essayé d’être les plus fidèles possible.

C’est votre premier film avec un casting connu. Il en sera de même pour Free Fire votre prochain film. Voyez-vous cela comme une nouvelle étape dans votre carrière ? 

Oui. J’ai également eu plus de budget, j’ai pu construire de beaux décors, des figurants, des costumes,… Ce sont des choses que l’ont prend pour acquises à chaque films mais c’est loin d’être le cas. Le film vient de sortir en Angleterre et je vois que les gens vont le voir et semblent l’apprécier donc c’est encourageant.

Là j’imagine que vous êtes en pleine post-production de Free Fire.

Il est terminé. On va l’envoyer à Cannes et voir s’ils le prennent. S’ils ne le prennent pas, ils feront un communiqué de presse disant qu’il n’était pas totalement terminé ce qui sera un mensonge puisqu’il est terminé. On l’enverra là parce que c’est le festival le plus proche en terme de temps. On verra bien. C’est difficile de dire si c’est un film pour Cannes ou non.

Sans doute pas pour la compétition officielle.

Non mais pour une séance de minuit ça pourrait le faire je pense.

Pouvez-vous en parler un peu ?

Free Fire est un autre film qui se passe dans les années 1970-76 sur la côte est des Etats-Unis. Un irlandais va là-bas pour acheter des armes à feu pour l’IRA. Le film démarre avec Cillian Murphy et Michael Smiley qui sont deux gars de l’IRA et qui doivent faire une transaction. La transaction tournera évidemment mal parce que des personnes des deux côtés se sont retrouvées dans une bagarre dans un bar la veille. Comme il s’agit d’une transaction d’armes à feu, vous imaginez ce qui se passe en suite. La première heure est surtout constituée de dialogues et la seconde est un énorme échange de tirs.

Et vous avez une gagnante d’Oscars en plus, ça va apporter encore plus d’attention sur le film.

Oui j’espère. On n’avait pas vu ROOM quand on a choisi Brie mais on est évidemment ravi de ce choix.

A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.