Va Savoir
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Va Savoir

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 154’
Genre:
Date de sortie: 11/12/2001

Cotation:

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Camille, une comédienne étrange et fantasque partie vivre en Italie, revient à Paris après trois ans d’absence. Actrice vedette d’une troupe de théâtre dont Ugo le directeur est aussi son compagnon, c’est dans le cadre d’une tournée européenne qu’elle retrouve la capitale française pour y donner une série de représentations de « Come tu me vuoi » une pièce de Luigi Pirandello. Mais cette halte parisienne va être aussi pour elle l’occasion de renouer avec son passé et de revoir Pierre son ancien amant, un prof de philo désormais marié à Sonia, une belle danseuse. Pendant ce temps pour oublier les frasques et les émois de sa compagne, Ugo préfère se lancer à la recherche d’un mystérieux manuscrit inédit de Goldoni qu’il rêve de mettre en scène. Cette quête secrète va rapidement l’entraîner dans les bras de Do une ravissante étudiante dont le demi-frère, Arthur, n’est autre que l’amant de Sonia la femme de Pierre. Le décor planté et les rôles distribués, les chassés-croisés amoureux peuvent désormais se déployer et le ballet de passions et d’intrigues Rivettiennes commencer…

 

Notre critique:

A moins d’être un inconditionnel de la première heure, pour les autres, il faut bien l’avouer un film de Jacques Rivette est souvent synonyme d’élitisme voire d’ennui. Il faut dire que l’ancien critique de la  » bande des Cahiers  » (Chabrol, Godard, Truffaut, Rohmer) est sans doute l’auteur le plus secret et le plus intrigant de la Nouvelle Vague. Lui qui depuis son premier long métrage en 1957 n’a jamais su faire court (le record est tout de même de 12h40 avec OUT 1) ne laisse pas facilement son cinéma s’apprivoiser aux yeux de tous. Pourtant pour son 17ème film, il serait vraiment dommage de ne pas pousser la porte d’une salle obscure pour percer le mystère de ce septuagénaire qui nous prouve qu’il n’a pas pris une ride et sait encore se renouveler et nous régaler de son art qui décidément ne ressemble à rien d’autre dans le cinéma d’aujourd’hui.

VA SAVOIR est une comédie labyrinthique riche et complexe où la prolifération des situations, des répliques et des références nous entraîne dans un formidable jeu de piste farfelu, ludique et décalé qui ne saurait se raconter au risque d’en dénaturer la saveur et le charme. A travers les tribulations de six personnages étranges et attachants, Rivette s’amuse à nous balader et nous perdre dans un merveilleux tourbillon amoureux où s’entremêlent légèreté et gravité dans un dédale d’intrigues tantôt joyeuses, tantôt inquiétantes, tantôt encore émouvantes. Rien d’étonnant donc que les héroïnes parlent toutes seules et marchent sur les toits et qu’un canapé mal orienté puisse briser une existence. De même vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’ici les duels se font à grandes lampées de vodka et que les bagues volées finissent dans les gâteaux.

Loufoque et malicieux comme on ne le connaissait guère, Rivette cultive ses thèmes de prédilection dans une grande jubilation où le théâtre une fois de plus sert de cadre et de révélateur aux dérèglements et petits désordres de la vie. Son goût pour les complots, la duperie et les secrets, son attrait pour Paris et les nombreuses pistes narratives, son souci de laisser le champ libre à ses acteurs, prennent ici une dimension vaudevillesque particulièrement drôle, relayée par une distribution épatante conduite par une Jeanne Balibar au sommet de son talent (à souligner car le rôle avait été écrit à l’origine pour Emmanuelle Béart). Acclamé au dernier festival cannois bien qu’oublié par le jury, VA SAVOIR est un film qui mérite amplement que l’on lui rende justice. Pétillant et dansant comme des bulles de champagne, les amateurs du réalisateur y reconnaîtront un grand millésime, quant aux autres c’est l’occasion de découvrir et d’enfin goûter à son talent et à sa virtuosité.