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Un Crime Au Paradis

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 90’
Genre:
Date de sortie: 27/02/2001

Cotation:

3 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Dans son petit village de la France profonde, Joseph Braconnier dit Jojo, brave agriculteur, a presque tout pour être heureux. Des copains de bistrot qui le soutiennent, sa vieille maitresse d'école qui le materne et sa collection de timbres qui le passionne. En plus, signe du destin, il habite même au Paradis (c'est le nom de sa ferme) entouré de ses chèvres, de son potager et de sa femme Lulu. Et c'est là que le bât blesse, car la moitié n'a rien d'un modèle de féminité et de gentillesse. Comme dans la chanson, elle n'a rien pour inspirer l'amour et se laisse particulièrement aller. Cheveux cracra, vulgaire et acariâtre, boudinée dans sa vieille robe de chambre, Lulu quand elle ne cuve pas a pour principale distraction de faire subir les pires vacheries à son Jojo de mari. La goutte de rouge fait déborder le verre le jour où elle brûle l'album de timbres si cher à celui-ci. N'écoutant que sa haine et sa vengeance, Jojo va trouver un célèbre avocat spécialisé dans l'acquittement à qui il fait croire qu'il a tué sa femme pour mieux se faire expliquer la méthode la moins punissable. Quand à Lulu, elle part acheter du poison pour taupes.

 

Notre critique:

Il y a tout juste deux ans le réalisateur de L’ETE MEURTRIER et d’ELISA obtenait un succès mérité avec LES ENFANTS DU MARAIS. Fidèle à son équipe, c’est tout naturellement qu’il reprend les mêmes et notamment Sébastien Japrisot, son scénariste pour ce remake très libre de LA POISON de Sacha Guitry, un classique du cinéma des années 50. Guitry à l’époque se servait de son film pour régler ses comptes avec la justice qui lui avait cherché des noises à la Libération, Jean Becker lui cherchait un moyen de retourner avec Jacques Villeret, ce qui explique la forte démarcation entre les deux films, même si quelques dialogues d’anthologie ont été gardés. Adaptant son film au goût du jour (ou plutôt du début des années 80, abolition de la peine de mort oblige), Jean Becker n’a en fait gardé que le stratagème original, ne souhaitant pas égratigner la prestation inoubliable de Michel Simon. Son Jojo à lui a perdu son cynisme et le personnage de sa femme, quasi-inexistant dans l’original, sert ici à faire monter la sauce tout comme la galerie de seconds rôles qui met en évidence un microcosme rural plutôt sympatique.

Si Jacques Villeret en faux idiot du village et Josiane Balasko en vraie pochetronne teigneuse forment un duo savoureux, on peut regretter que le film repose principalement sur leurs querelles conjugales (du moins jusqu’à son assassinat) relayées ensuite par les joutes verbales entre Jojo et son avocat (André Dussolier). Une mise en scène et un scénario sans surprises font d’UN CRIME AU PARADIS un film attendu et convenu: le potage est bien servi mais manque vraiment de sel.