Trois Huit
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Trois Huit

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 95’
Genre:
Date de sortie: 05/06/2001

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Une femme avec qui il est heureux, un fils dont il est très complice, Pierre mène une existence paisible et tranquille. Ouvrier dans une verrerie, il est un collègue de travail idéal, bien intégré et à l'aise avec tout le monde. Mais cette vie sans nuages va pourtant s'assombrir le jour où il décide de rejoindre l'équipe de nuit afin d'arrondir ses fins de mois. Là il rencontre Fred, grand type étrange et solitaire qui le prend tout de suite en grippe. De bourrades en blagues douteuses et insistantes, la parodie de bizutage que va faire subir Fred à Pierre va progressivement se transformer en harcèlement mental. Au fil des semaines les rapports entre les deux hommes vont se faire de plus en plus troubles et ambigus et une relation bourreau / victime de plus en plus cruelle va progressivement s'installer.

 

Notre critique:

« Ne vous fiez pas aux apparences », aurait très bien pu servir de phrase d’amorce à ce film. Tenez, prenez le titre par exemple: Là on se dit qu’on va nager en plein contexte prolo et qu’une énième revisite de l’Internationale n’est pas loin. Et bien non, malgré son usine glauque, ses ouvriers qui triment, le bruit, la chaleur et la sueur sur fond d’ambiance virile, TROIS HUIT n’a rien d’un Germinal façon 21ème siècle et la lutte des classes n’est pas son propos. Ici la situation d’abus de pouvoir échappe complètement à la logique hiérarchique. Autre facteur que la position sociale, l’ambiguïté sexuelle entre les deux héros est aussi très souvent mise en avant dans les films sur les rapports de force, que ce soit par exemple dans THE SERVANT de Losey ou plus récemment dans LA MEILLEURE FACON DE MARCHER de Claude Miller. Mais même si le film de Philippe Le Guay fait un peu penser à ce dernier sous certains aspects, il prend bien soin ici d’éviter toute explication ou justification des comportements de ses personnages.

Aucune balise psychologique ne nous est offerte, juste les faits bruts et imprévisibles d’un duel sadique et pervers entre deux hommes que tout oppose. Sans points de repères, comme les collègues de travail de Pierre et Fred on assiste mi-résignés, mi-complices à ce jeu de massacre dont on a bien du mal à entrevoir l’issue. Histoire de brouiller encore un peu plus les pistes, l’ambivalence des rapports entre les personnages se corse à mesure que le film avance et tente de rebondir dans une seconde partie aux accents Ruiziens où Victor le fils de Pierre, vient s’immiscer entre le bourreau et sa victime. TROIS HUIT est un film étrange et perturbateur dans son aspect narratif. Bourré de faux-semblants il déconcerte et bouscule les codes du genre. Tout en zones d’ombres et en demi-teintes, il entretient une tension étouffante et ardue qui ravira les amateurs de films cérébraux et hypnotiques mais risque d’ennuyer voire passablement agacer les réfractaires du genre. Avertis de ces quelques précieux conseils, à vous de choisir votre camp.