The Yards
Accueil Critiques The Yards

The Yards

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 115’
Genre:
Date de sortie: 20/02/2001

Cotation:

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Un écran noir, quelques points de lumière puis un halo, le métro surgit du tunnel. Assis dos à la fenêtre Leo Handler (Mark Wahlberg) l'oeil inquiet, sort lui aussi de l'obscurité carcérale. Une petite fête où l'attendent sa mère et une partie des siens est organisée en son honneur. Il y a Erica (Charlize Theron) la jolie cousine qu'il n'a pas oubliée et puis l'ami de toujours Willie (Joaquin Phoenix) qui désormais execute les basses oeuvres de l'entreprise familiale de l'oncle Franck (James Caan). Leo souhaite se racheter une conduite et trouver sa place dans la société, "devenir socialement productif", comme il se répête à le dire. Il accepte un emploi dans l'entreprise de maintenance du métro de son oncle mais va trés vite malgré lui se retrouver embarqué dans la corruption généralisée qui régit l'attribution des marchés du métro du Queens.
Un sabotage qui tourne mal, et c'est le grain de sable qui fait tout vaciller. La loi du silence s'abat comme un glaive sur la tête de Leo, victime toute choisie. Chantage, corruption et trahison vont faire de lui la cible de la ville mais également de sa propre famille.

 

Notre critique:

Ce n’est pas seulement du retour de Leo dont il est question, mais aussi de son réalisateur James Gray, six ans après son formidable 1er coup d’essai. L’enfant prodige n’avait que 24 ans lors de la sortie de LITTLE ODESSA et sans doute pour garder la tête froide face à la « Graymania » de l’époque, il s’était déjà plongé dans l’écriture du scénario de THE YARDS.
Cinéphile et féru de littérature marxiste, cet ancien étudiant des Beaux-Arts ne se gêne d’ailleurs pas pour faire partager ses passions et influences tant à l’écran que sur le tournage.
Dans la poignée de films cultes qui ont inspiré THE YARDS, on retrouve LA BETE HUMAINE de Renoir notamment dans les 1ers plans (mouvement de la caméra embarquée sur le train) mais encore pêle-mêle LE PARRAIN de Coppola (James Caan en patriarche fatigué), SUR LES QUAIS de Kazan ou encore ROCCO ET SES FRERES de Visconti, qui d’ailleurs ont été projetés à l’ensemble des acteurs durant la préparation du tournage.
Il a aussi payé un ticket au Metropolitan Museum of Art à chaque membre de son équipe technique pour qu’ils s’inspirent de certains peintres (Hopper, Georges de La Tour) de leur usage de la lumière et des couleurs. Résultat le bleu est banni au profit des bruns, rouges et ocres jouant ainsi sur une ambiance visuelle feutrée.

A l’heure des polars survitaminés, THE YARDS s’offre le luxe de la lenteur et d’un seul coup de feu comme pour se détacher des plaisirs associés aux films du genre. Amateurs de guns, courses poursuites et rafales à gogo, passez votre chemin, ce sont plutôt les bonnes vieilles recettes de la tragédie antique qui sont ici appliquées, liens du sang, inceste, perversion, vengeance et trahison en sont les ingrédients. Ici la famille ne protège pas, elle détruit et il n’y a pas de seconde chance (vieille tradition du film noir des 50’s), le destin est figé et dépendant de la classe sociale de chacun. En fait, THE YARDS est avant tout une histoire de rails et de voies…