The Terminal
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The Terminal

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Genre:
Date de sortie: 14/09/2004

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Il est vrai que par les temps qui courent franchir les portillons de sécurité des bureaux des douanes des aéroports américains sans le bon passeport, ni les jolis tampons et les croix où il faut sur les formulaires qui vont bien, relève carrément du parcours du combattant. Pour peu que vous ayez une tête d'ahuri, ne sachiez pas aligner deux mots et demi d'anglais et que votre pays d'origine (équivalent à un confetti sur la mappemonde) vient en plus d'être rayé de l'atlas suite à un coup d'Etat, vous aurez autant de chances de pouvoir fouler le sol de l'Oncle Sam que de gagner une finale du 100 mètres aux J.O chaussé de palmes. C'est précisément ce qui arrive au brave Viktor Navorski, lorsque que ce dernier débarque à l'aéroport de JFK à New York. Citoyen sans histoires de la lointaine Krakozie, contrée slave désormais inconnue des services de douane, Viktor se retrouve donc fiché comme apatride. Son passeport n'a plus de valeur, il ne peut ni entrer aux Etats-Unis, ni retourner chez lui et n'a pas d'autre solution que de vivre dans l'aérogare. Sentant que ce n'est pas demain la veille que sa situation sera réglée par une bureaucratie encore plus absurde que son sort, Viktor va commencer à s'improviser une vie nouvelle dans ce terminal, devenu désormais son "chez lui".

 

Notre critique:

Si l’imaginaire Krakozie ne vous dit rien, il y a fort à parier que cette histoire de bonhomme coincé dans un aéroport vous rappelle quelque chose: Merhan Karimi Nasseri c’est son nom! Voilà près de 17 ans que ce Kurde Iranien déclaré apatride a élu domicile dans le terminal 1 de l’aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle. C’est précisément de son histoire ou plutôt de sa situation dont ce sont inspiré Steven Spielberg et ses scénaristes pour nous embarquer dans cette comédie qui se veut être un hommage à celles de Capra. Après le pétillant CATCH ME IF YOU CAN où il avait prouvé à ceux qui en doutaient encore qu’il savait aussi raconter des histoires drôles et légères sans esbroufe visuelle, tonton Steven retrouve donc le chemin des aéroports et le ton de la fantaisie pour une seconde escale avant de s’attaquer à l’adaptation de La Guerre des Mondes (bref du lourd, du solide). Son TERMINAL n’a donc nullement la prétention ni l’ambition de se classer au rang de chef d’oeuvre, mais n’en demeure pas moins un sympathique divertissement. Classique et sans surprises certes, mais que de nombreux réalisateurs seraient bien incapables de mettre en boîte.

Là ou d’autres se seraient pris rapidement les pieds dans le tarmac, Spielberg lui ose enfermer la société américaine dans un terminal (le black, le latino, l’indien, la bureaucratie zélée, les forces de sécurité paranos…) et pousse même le vice à confier le rôle du ressortissant étranger indésirable à un yankee pur et dur, star internationale de surcroît, sans que le tout ne soit ni indigeste ou cliché. Entre un FORREST GUMP à l’accent bulgare et un E.T avec une bonne bouille de grand gaillard naïf, Tom Hanks (et je ne suis pas une fan) est complètement bluffant dans son costume étriqué avec son regard de cocker et son sourire benêt qui semble ne jamais rien piger. Pour lui donner la réplique Stanley Tucci, en responsable de l’immigration cynique et obsédé par sa promotion, est tout aussi convaincant et magistral. Enfin la galerie de petits personnages qui composent ce microcosme surréaliste est particulièrement attachante et drôle pour faire de ce film une charmante et intelligente récréation.

Fidèle à ses thèmes de prédilection (mémoire du père, quête identitaire, reconnaissance des sans grades…) Steven Spielberg a su ici jongler simplement et avec justesse entre second degré, clins d’oeil, burlesque et satyre du système américain. On pourra toujours lui reprocher (comme souvent d’ailleurs), quelques situations tirées par les cheveux, un ton flirtant parfois avec un peu trop de gentillesse et de bons sentiments ainsi qu’un matraquage publicitaire omniprésent. Mais bon, une chose est sûre, même quand il choisit la vitesse de croisière et le pilotage automatique, son cinéma se laisse toujours regarder.