The Lady And The Duke

The Lady And The Duke

Depuis maintenant 50 ans qu’il manie la caméra, l’ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma mais aussi l’un des pères fondateurs du cinéma Nouvelle Vague, s’apprête à recevoir un Lion d’Or à Venise en hommage pour l’ensemble de sa carrière. En bon invité, il n’arrivera pas les mains vides à cette Mostra 2001 puisque L’ANGLAISE ET LE DUC, son nouveau film, y sera présenté hors compétition. A 81 ans, Eric Rohmer s’offre ici un étonnant virage à 360° remettant entièrement en question ses principes de cinéma si caractéristiques qui ont fait sa réputation.

Lui, l’auteur par excellence des sujets psychologiques et des comédies amoureuses, le metteur en scène attitré des tourments de la vie de la bourgeoisie contemporaine, décide cette fois-ci de revisiter le film historique en adaptant les mémoires d’une aristocrate anglaise expatriée en France pendant la Révolution. Certes les inconditionnels se souviendront que le monsieur s’était déjà essayé au film d’époque à deux reprises, mais cette fois il casse la tirelire (250 millions de budget) et troque sa traditionnelle caméra contre la vidéo numérique. Inutile de dire que, venant de sa part, il fallait s’attendre à une utilisation quelque peu singulière de cet outil. C’est donc dans un souci d’extrême réalisme qu’il a pris le parti de reconstituer le Paris de la Terreur, grâce à des tableaux peints dans lesquels viennent s’incruster les personnages, respectant scrupuleusement eux aussi le langage de l’époque. Rues, monuments, arbres: de ces décors extérieurs rien n’est réel et chaque scène est filmée en plan fixes et rapprochés. Cette absence de mouvements de la caméra et l’introduction de sous-titres entre chaque tableau n’est pas sans rappeler les grandes heures du cinéma muet à la Méliès. Côté salon, là aussi tout a de quoi dérouter: seulement huit décors intérieurs et un seul point de vue, celui de son héroïne anglaise royaliste et engagée, présente dans toutes les scènes souvent longues et très bavardes. Pour la petite histoire d’ailleurs, le film a été banni de la sélection française au dernier festival de Cannes car jugé trop réactionnaire et pas assez nuancé. Il faut quand même avouer que Rohmer n’est pas vraiment tendre et modéré avec sa représentation du peuple qu’il dépeint sale, laid et inculte, n’évoluant que dans la grivoiserie ou la sauvagerie, même si c’est l’opinion que s’en fait son Anglaise dont il s’agit.

Si dès les premières minutes du film l’on est surpris de voir des tableaux s’animer, l’effet se dissipe malheureusement bien vite, ne laissant place qu’à un grand vide statique et à une absence d’action plutôt inattendue dans cette période historique si riche en événements et si complexe. On voudrait avoir peur, trembler et être ému par ces personnages, mais le choix visuel de ne rien montrer et celui politique de ne pas multiplier les points de vue, rendent iréel le sujet qui fini par se perdre dans d’interminables discussions de boudoir entre une Anglaise trop théâtrale (Lucy Russel) et un duc particulièrement mielleux et grimaçant (Jean-Claude Dreyfus).

En voulant se démarquer du genre, Eric Rohmer confirme qu’il n’est pas un réalisateur comme les autres, quelques-uns y verront la patte du maître, sublime et attachante, et de nombreux autres juste un film ringard et énervant. Mais chaque révolution n’a-t-elle pas toujours eu son lot de fidèles et de détracteurs ?

Articles associés

Une affaire de principe

Drive-Away Dolls

Dune: Part Two