Titre français : L'Anglaise et le Duc
Equipe:
Durée : 125′
Genre:
Date de sortie: 06/09/2001
Cotation:
Si vous avez manqué le début:
Lady anglaise farouchement royaliste et ancienne maîtresse du Prince de Galles, Grace Elliott a quitté son île pour le vieux continent français et les faveurs du prince Philippe, duc dOrléans et cousin du roi Louis XVI, quil déteste. Au moment où commence la Révolution, leur liaison est terminée et, malgré les idées républicaines du duc, ils restent profondément liés. Mais le contexte politique trouble et agité de lépoque va assombrir leur amitié, rendant leurs relations tantôt tendres, tantôt orageuses. Si Grace parvient à convaincre le duc de laider à sauver un proscrit, en revanche elle ne pourra pas le dissuader de voter la mort du roi.
Notre critique:
Depuis maintenant 50 ans quil manie la caméra, lancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma mais aussi lun des pères fondateurs du cinéma Nouvelle Vague, sapprête à recevoir un Lion dOr à Venise en hommage pour lensemble de sa carrière. En bon invité, il narrivera pas les mains vides à cette Mostra 2001 puisque LANGLAISE ET LE DUC, son nouveau film, y sera présenté hors compétition. A 81 ans, Eric Rohmer soffre ici un étonnant virage à 360° remettant entièrement en question ses principes de cinéma si caractéristiques qui ont fait sa réputation.
Lui, lauteur par excellence des sujets psychologiques et des comédies amoureuses, le metteur en scène attitré des tourments de la vie de la bourgeoisie contemporaine, décide cette fois-ci de revisiter le film historique en adaptant les mémoires dune aristocrate anglaise expatriée en France pendant la Révolution. Certes les inconditionnels se souviendront que le monsieur sétait déjà essayé au film dépoque à deux reprises, mais cette fois il casse la tirelire (250 millions de budget) et troque sa traditionnelle caméra contre la vidéo numérique. Inutile de dire que, venant de sa part, il fallait sattendre à une utilisation quelque peu singulière de cet outil. Cest donc dans un souci dextrême réalisme quil a pris le parti de reconstituer le Paris de la Terreur, grâce à des tableaux peints dans lesquels viennent sincruster les personnages, respectant scrupuleusement eux aussi le langage de lépoque. Rues, monuments, arbres: de ces décors extérieurs rien nest réel et chaque scène est filmée en plan fixes et rapprochés. Cette absence de mouvements de la caméra et lintroduction de sous-titres entre chaque tableau nest pas sans rappeler les grandes heures du cinéma muet à la Méliès. Côté salon, là aussi tout a de quoi dérouter: seulement huit décors intérieurs et un seul point de vue, celui de son héroïne anglaise royaliste et engagée, présente dans toutes les scènes souvent longues et très bavardes. Pour la petite histoire dailleurs, le film a été banni de la sélection française au dernier festival de Cannes car jugé trop réactionnaire et pas assez nuancé. Il faut quand même avouer que Rohmer nest pas vraiment tendre et modéré avec sa représentation du peuple quil dépeint sale, laid et inculte, névoluant que dans la grivoiserie ou la sauvagerie, même si cest lopinion que sen fait son Anglaise dont il sagit.
Si dès les premières minutes du film lon est surpris de voir des tableaux sanimer, leffet se dissipe malheureusement bien vite, ne laissant place quà un grand vide statique et à une absence daction plutôt inattendue dans cette période historique si riche en événements et si complexe. On voudrait avoir peur, trembler et être ému par ces personnages, mais le choix visuel de ne rien montrer et celui politique de ne pas multiplier les points de vue, rendent iréel le sujet qui fini par se perdre dans dinterminables discussions de boudoir entre une Anglaise trop théâtrale (Lucy Russel) et un duc particulièrement mielleux et grimaçant (Jean-Claude Dreyfus).
En voulant se démarquer du genre, Eric Rohmer confirme quil nest pas un réalisateur comme les autres, quelques-uns y verront la patte du maître, sublime et attachante, et de nombreux autres juste un film ringard et énervant. Mais chaque révolution na-t-elle pas toujours eu son lot de fidèles et de détracteurs ?
