Accueil Critiques The Gambler

The Gambler

par Jean-Dominique Quinet
Publié: Dernière mise à jour le

Titre français : Le Joueur

Equipe:
Durée : 96’
Genre:
Date de sortie: 21/04/1998

Cotation:

3/ 6

Si vous avez manqué le début:

Qui n'a jamais entendu le nom de Dostoievski? Vous qui nous lisez connaissez-vous peut-être même son oeuvre... L'homme, quant à lui, risque pourtant de vous surprendre.
Cet écrivain russe vivant à la fin du 19ème siècle est un personnage haut en couleur: épileptique, alcoolique, instable et joueur invétéré, il contracte des dettes plus vite qu'un chien n'attrape des puces. En 1866, sa situation devient critique. Pour rembourser un éditeur, il est obligé d'écrire un roman de 200 pages pour la fin du mois. Sinon, il perd ses droits d'auteur sur toutes ses publications passées et des sept années à venir. Il a le couteau sur la gorge et engage une jeune sténographe, Anna.

 

Notre critique:

THE GAMBLER est un récit bicéphale.
D’une part, il décrit la naissance d’un amour a priori impossible. Anna est une frêle jeune femme qui lutte pour ne pas sombrer dans la misère. Elle est timide et renfermée. Elle va peu à peu baisser sa garde face à ce fou génial aux sautes d’humeur incontrôlables. D’abord froide et professionnelle, puis curieuse et apitoyée, elle finit par tomber follement amoureuse de l’écrivain. Au point d’en devenir sa femme.
D’autre part, nous vivons en parallèle l’histoire du Joueur, le roman que le couple écrit. C’est à travers des personnages imaginaires que Dostoievski projette sa passion et sa fougue. Là, dans un casino hors du temps, il met en scène une intrigue amoureuse. Et indirectement, il séduit Anna. Il y projette aussi sa dépendance au jeu et à l’argent, comme pour exorciser son vice. L’Histoire, la vraie, nous prouvera que ce sera de courte durée…

rn

Au départ, le mélange des deux mondes est intéressant. Il offre bien des perspectives, ne fût-ce que par le contraste qu’il installe. Hélas, l’ensemble devient vite confus. Les histoires s’entrecoupent anarchiquement, sans trop de raisons. On est noyé dans un magma de noms, de sentiments divers et contradictoires.
Mais ce n’est pas le plus grave. Le plus grave, c’est que Karoly Makk, le réalisateur hongrois, ne nous offre que des personnages complexes, torturés, extrêmes. Par certains côtés, Dostoievski est un être dépravé et répugnant. Anna est candide, trop candide. Sa personnalité effacée et malléable est énervante. Quant aux personnages du roman, ils sont caricaturaux, superficiels, tels les héros de papier qu’ils sont. Leurs motifs sont abscons! Leur présence est artificielle. Bref, on ne s’identifie à personne. Et comme le montage est lent et que l’action progresse à pas de microbe unijambiste, on trouve le temps long…

rn

Pour achever de nous ennuyer, la réalisation de Makk sombre dans un esthétisme ampoulé hélas typique des coproductions européennes. Le jeu des acteurs est décalé et sonne faux, exprès. Les images sont léchées et statiques, exprès. Le montage est chahuté, complexe à souhait, exprès. Tout cela manque de naturel et de simplicité. Un peu comme si le cinéma d’auteur devait forcément être sophistiqué et incompréhensible. Alors qu’à l’inverse, il ne respecte aucune règle et n’est que le reflet d’une personnalité forte. Ce que, visiblement, Makk n’est pas.

rn

Laissons THE GAMBLER aux programmateurs d’ARTE. C’est sûr, ils se régaleront.