Swimming Pool
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Swimming Pool

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe :
Genre :
Date de sortie : 20/05/2003

Cotation :

4 of 6 stars

Si vous avez manqué le début:

Sarah Morton, auteur anglaise de polars populaires à succès est la créatrice de l'inspecteur Dorwell, personnage aussi célèbre que les héros de Mary Higgins Clark ou Agatha Christie. Vieille fille sèche et frustrée, en proie au doute, elle traverse un gros passage à vide avec la peur d'être détrônée par de jeunes écrivains prometteurs. Sur les conseils de son éditeur qui lui propose de lui prêter sa villa, elle décide de s'offrir un break et part pour le sud de la France avec l'espoir secret que ce dernier viendra la rejoindre. Dans ce petit paradis de paix ensoleillé, Sarah retrouve l'inspiration et se met rapidement à travailler sur son nouveau roman dans une quiétude absolue mais de courte durée. En effet, sans crier gare, voilà qu'un soir débarque Julie, la fille de l'éditeur. Bimbo sexy, bruyante et envahissante, elle ne va pas tarder à lui pourrir la vie avant de se transformer en source d'inspiration et en objet de fantasmes pour nourrir son inspiration de romancière.

 

Notre critique:

Doué et provocateur, aimant chaque fois surprendre et s’aventurer sur des chemins différents, depuis le succès de son cluedo fantaisiste (HUIT FEMMES), François Ozon a gagné son étiquette de respectabilité dans le sérail du cinéma français où il fait désormais partie des réalisateurs les plus (sur)estimés malgré son style peu académique. Fasciné par les rapports féminins, manipulateur de la réalité et de l’imaginaire, habitué à faire baigner le tout dans un climat de mystère et de sensualité, pour ce nouveau plongeon, Ozon ne déroge pas à ses règles puisque c’est autour d’une étrange piscine qu’il convie deux de ses actrices fétiches. Ni thriller angoissant ou énigme policière comme on pourrait l’attendre, son SWIMMING POOL est avant tout une immersion dans l’univers du désir et du mensonge, du fantasme et de la réalité, de la création et de la manipulation qui permettent finalement de se découvrir.

A travers les portraits stéréotypés et apparemment banals de la vieille fille puritaine et coincée et de la lolita délurée et provocante, confinées dans une curieuse villa où tout n’est que jeux pervers et ambiguïté, le cinéaste utilise cette piscine un peu comme un miroir sur lequel il projette ce qu’il n’ose avouer. Jouant sur les couleurs et les contrastes dans une mise en scène élégante et sophistiquée, Ozon nous montre malicieusement la part d’inconscient dans le processus créatif, mariant volontairement le grotesque et le vulgaire dans un suspens surréaliste et intriguant. Du coup après plus d’une demi-heure de préludes froids et épurés au milieu de ces apparences trompeuses, c’est donc tout émoustillé que l’on s’attend à basculer dans le gouffre des dérapages et des rebondissements incontrôlés. Oui mais voilà, au lieu de la douche brûlante attendue, Ozon ne nous propose qu’un petit bain tiède sans grande profondeur où l’on se sent frustré de patauger et de ne pas perdre plus pied.

Malgré une Charlotte Rampling impériale dans un personnage taillé sur mesure et une Ludivine Sagnier surprenante et troublante de naturelle dans un rôle de composition où on ne la connaissait pas, à trop rester en surface des choses, SWIMMING POOL est un film qui ne fascine pas autant qu’on aurait pu l’espérer. En cherchant à plaire au plus grand nombre, Fraçois Ozon a un peu tendance à noyer le poisson dans des eaux stagnantes. A l’instar de son héroïne Sarah Morton, souffrirait-il lui aussi d’une petite panne d’inspiration?