Sweet Sixteen
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Sweet Sixteen

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 106’
Genre:
Date de sortie: 04/03/2003

Cotation:

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Gleenock, banlieue populaire et sinistrée de Glasgow. Loin des images cartes postales où les châteaux médiévaux se perdent dans la lande brumeuse, c'est au milieu des HLM déglingués, et des laissés pour compte que Liam a poussé comme une fleur sauvage entre violence familiale et délinquance précoce pour tenter d'entrevoir un rayon de soleil dans son univers bétonné. Dans quelques jours il aura seize ans et l'unique cadeau dont il rêve serait de pouvoir offrir un véritable foyer à sa mère qui doit bientôt être libérée de prison. Oh, pas un palace ni même une modeste maison, non, juste une petite caravane où il pourrait réunir sa mère, sa soeur, leur bricoler un avenir meilleur et les protéger d'un grand-père brutal et d'un beau-père minable et dealer. Le temps presse et l'argent manque, alors pour réunir les fonds nécessaires, Liam est prêt à tout, y compris à faire quelques entorses à la loi. Avec son copain Pinball, il enchaîne les combines mais rapidement n'a pas d'autre solution que de passer à la vitesse supérieure et de se perdre dans un cercle vicieux d'où il ne peut plus faire marche arrière.

 

Notre critique:

Infatigable défenseur des petits et des sans grades, voilà plus de trente ans que le cinéaste Ken Loach fait sien au travers de sa caméra leur combat contre l’injustice et la pauvreté. Dans un monde en état de décomposition avancée et de plus en plus impitoyable, le vétéran du cinéma social britannique n’a malheureusement pas à aller chercher bien loin pour être plus que jamais révolté contre la société qui ne cesse de se déglinguer. C’est donc en plein coeur de son Royaume de moins en mois uni, plus précisément dans une Ecosse rongée par la pauvreté et le crime qu’il a décidé cette fois de poser son regard lucide et rageur sur une jeunesse désenchantée, oubliée et exclue de l’illusoire « miracle libéral ». Avec des statistiques pour la région qui ont de quoi faire froid dans le dos (30% d’enfants vivent dans un foyer sous le seuil de la pauvreté et près de 100 000 d’entre eux connaissent des violences physiques) ce nouvel opus prend une dimension tout autre que celle de la simple et banale fiction.

Sans fioritures ni larmoiements, Loach braque sa caméra sur un de ces trop nombreux gosses paumés, suivant pas à pas son parcours dans le terrible engrenage de la délinquance et de la violence, seules armes dont il dispose pour tenter de s’en sortir. Plans serrés, lumière naturelle, pellicule surexposée, dans un style quasi documentaire, il colle au corps et au visage de Liam faisant peser le poids de son film sur les frêles épaules d’une bande de jeunes acteurs non professionnels eux mêmes en difficulté. Avec une justesse incroyable et un naturel confondant, (le jeune Martin Compston en tête), ils explosent l’écran offrant à cette bouleversante histoire une intensité et une véracité poignantes qui nous cloue littéralement à notre fauteuil.

Ni moralisateur, ni grandiloquent, mais néanmoins sans concessions, SWEET SIXTEEN nous livre un portrait émouvant et dérangeant d’une génération perdue qui ne cesse de grossir en Ecosse et ailleurs. En ces périodes où la sécurité semble être le mot d’ordre de nombreux politiques et où certains se gargarisent et se rassurent au tout répressif au détriment de l’éducation, ce film ne peut être qu’indispensable et salvateur pour prendre du recul et rectifier le tir.