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Sweet And Lowdown

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 95’
Genre:
Date de sortie:

Cotation:

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Les années 30. Emmet Ray est le meilleur guitariste de jazz du monde, après Django Reinhardt qu'il admire. Mais il est aussi buveur, macho, grossier, et maquereau à ses heures...

 

Notre critique:

Le Woody Allen 98 est enfin arrivé. Décalage horaire et histoire de gros sous sans doute, il aura mis un certain temps voire un temps certain, pour arriver dans notre plat pays.
Et hop, un de plus, me direz-vous! Eh oui le 30ème, la machine Alleniène est bien huilée et cette cuvée a un goût que l’on connait déjà. Plantez le décor en plein âge d’or du jazz, sous des aspects de fausse biographie mettez-y un personnage principal artiste, brillant dans son art et confus dans sa vie privée. Ajoutez-y des thèmes de prédilection comme l’angoisse, l’autodestruction, la célébrité ou encore les rapports avec les femmes, saupoudrez d’une dose de gangsters et bourgeoises dévergondées, aux démêlés tragi-comiques. Teintez le tout de jams-sessions ultraswinguantes et vous obtiendrez SWEET AND LOWDOWN.

Alors c’est donc ça, la dernière lubie de Monsieur Woody ne serait que le dépoussièrage d’un scénario vieux de 30 ans croupissant au fond d’un tiroir, à l’époque baptisé Jazz Baby. Fort heureusement bien sûr que non et sous des aspects de comédie légère et fantaisiste, sous des prétextes biographiques inventés à la manière d’un ZELIG, SWEET AND LOWDOWN nous entraine sur les pas d’Emmet Ray, meilleur guitariste du monde des 30’s après Django Reinhardt. Non content d’être un artiste mégalo, grossier et égoïste, il possède également les qualités de maquereau (ou plutôt manager comme il se définit), ivrogne et kleptomane. Inutile de préciser que tous ces traits de caractère et anecdotes du film sont empruntés à de vrais musiciens de l’époque. De même, afin de mieux nous servir les tribulations de ce personnage, celles-ci sont narrées par de vrais historiens de jazz (Nat Hentoff), de vrais scénaristes (Doug Mc Grath) et Woody himself.

Mais Emmet Ray c’est aussi Sean Penn (formidable!) qui pour l’occasion s’est même essayé à la guitare afin d’obtenir la dextérité souhaitée pour pouvoir mimer l’exécution d’une trentaine de morceaux. Ainsi donc d’aventures en concerts minables, jouant comme un dieu, Emmet/Penn séduit les filles en faisant des cartons au revolver sur les rats dans les décharges publiques. Il y a d’abord la dévouée Hattie petite soeur de Harpo Marx, personnage joué par Samantha Morton, jeune actrice anglaise quasi inconnue qui réussit l’exploit de nous émouvoir par ses regards et son sourire puisque muette dans le film. Sa rencontre et les scènes avec Emmet ne sont pas sans rappeler certaines scènes des LUMIERES DE LA VILLE de Chaplin. Mais il y a aussi Blanche (Uma Thurman), fantasque et glamour à souhait, sorte de double d’Emmet au féminin. Notons la participation amicale du réalisateur John Waters, sans doute due à son physique…

Pour recréer l’atmosphère des années 30, l’équipe technique habituelle n’a pas lésiné sur les moyens, recréant plus de 85 décors dans des lieux insolites allant de vrais clubs de jazz mythiques à même un camp de vacances pour juifs, avec (cerise sur le gâteau) pour sa 1ère participation à un film étranger, le chef opérateur chinois Zhao Fei à qui l’on doit les lumières d’EPOUSES ET CONCUBINES. Tout comme les personnages et les décors, la musique contribue bien sûr du début à la fin à l’humour et l’émotion du film. Vous l’aurez donc compris SWEET AND LOWDOWN est un crû qui se savoure, peut-être pas une très grande année mais tout de même une très bonne année à déguster au plus vite.