Surviving Picasso
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Surviving Picasso

par Olivier Guéret
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 125’
Genre:
Date de sortie: 24/12/1996

Cotation:

4/ 6

Si vous avez manqué le début:

Pablo Ruiz Picasso, peintre, dessinateur, graveur et sculpteur espagnol, est quasiment considéré comme un Dieu par tous les étudiants en peinture. Bouleversant l'art moderne, il marque à travers différentes métamorphoses graphiques et plastiques, la richesse de ses dons. De l'époque bleue et rose en passant par le cubisme, le néo-classicisme, les tentations surréaliste et abstraite en finissant par l'expressionnisme, il sera reconnu universellement comme un titan de l'art contemporain.

Mais Picasso, c'est aussi les femmes. Boulimique dans ses oeuvres, il le fut également envers celles-ci. Il les dominait, les séduisait et les marquait pour le restant de leurs jours. Exigeant en amour, il les voulait entière et pleinement dévouées à ses désirs. Charismatique à souhait, il les aimait toutes mais ne pouvait s'empêcher d'en séduire d'autres, d'en faire ses objets, ses choses, ses créatures. Les laissant vivre dans son ombre après que le "maître" se désintéresse d'elles. Le don de soi était pour lui l'acte suprême en amour. Cette abnégation de soi, ce sacrifice n'éteignait nullement en elles leur amour pour cet homme hors du commun. Le film s'attarde principalement sur Françoise qui, pendant dix années, sera sa compagne et sa muse.

 

Notre critique:

Ce film s’attarde sur les rapports humains du peintre. Sa façon de traiter ses amis, ses acheteurs et ses femmes entamait profondément leur confiance en eux.
Il décrit également l’étonnante relation qu’entretenait Picasso avec son collègue et ami Henri Matisse (Joss Ackland). Celle ci s’apparentait presque à celle d’un père spirituel (Matisse) envers un fils imaginaire.
Malmenant son entourage de manière détournée même un peu perverse, il ne savait juger de la qualité de ses proches.

James Ivory a préféré jouer cette carte transcendant le film à un niveau beaucoup plus humain. Il nous permet également de mieux comprendre certaines motivations de l’homme par rapport à son oeuvre. Nettement plus à l’aise dans les films dits d’époque (REMAINS OF THE DAY , HOWARDS END…) que dans les contemporains (SLAVES OF NEW YORK), James Ivory filme avec beaucoup de goût et de pudeur les évolutions de ses principaux personnages.

Anthony Hopkins est à nouveau remarquable dans le rôle titre. De constitution semblable au maître, il suffisait de lui raser une partie de ses cheveux, d’ajouter des lentilles de contact foncées, de lui ternir la peau et le tour fut joué. Hopkins devenait Picasso le temps d’un tournage. Il déclare à propos de son personnage: « Je ne peux poser un jugement sur l’homme. Il était évidemment complexe, un homme égoïste et probablement généreux également, un paradoxe complet. C’est leur obsession qui font les grands artistes… de tels artistes n’ont pas beaucoup de temps pour les gens de l’extérieur et ça les rend abominablement égoïstes, alors vous vous dites, bien, c’est comme ça qu’ils sont ».
La belle Natasha McElhone éclate au grand jour dans le rôle de Françoise. Pour son premier rôle au cinéma, elle vole presque la vedette à Anthony. Son rôle nullement relégué au second plan (on oublie, ici, les récentes potiches du cinéma américain), lui permet d’imposer son personnage et son jeu d’actrice avec force et vigeur.

SURVIVING PICASSO vous fera découvrir les vies d’un des plus étonnants artistes de ce siècle en ne se contentant pas d’analyser son travail, mais en plongeant en plein coeur de ses amours tumultueux avec juste ce qu’il faut de délicatesse et de compassion. Ca vous changera du traditionnel Disney de fin d’année!

P.S. : Après un désaccord sur le point de vue du film, la Fondation Picasso a décidé de ne pas collaborer à l’élaboration du film.