Sunday

par Jean-Dominique Quinet
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 93’
Genre:
Date de sortie: 27/01/1998

Cotation:

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

On est dimanche. Un jour de repos que les gens utilisent à ne rien faire. Pour Oliver, dimanche est pareil aux autres jours: il tue son temps en errances inutiles à travers Queens. Il patiente, jusqu'à la réouverture du refuge... Pour Madeleine par contre, c'est une aubaine. Actrice anglaise à la dérive, en pleine procédure de divorce, elle croit reconnaître en Oliver le célèbre réalisateur Matthew Delacorta. Sur ce quiproquo improbable, ces deux êtres en fin de parcours nouent une relation fragile mais empreinte de la force du désespoir.

 

Notre critique:

SUNDAY est un film indépendant américain de pure souche. Il a été couronné à deux reprises: au festival de Sundance à New York, et au festival du film américain de Deauville, en France. Des récompenses qu’on comprend aisément, vu ses nombreuses qualités, et son regard original sur le quotidien des sans-abris.

rn

Le scénario est bâti sur le principe des poupées russes. A chaque mensonge, on enlève une enveloppe; on se retrouve devant une nouvelle vérité. Jusqu’où? Allez savoir. SUNDAY joue sur l’ambiguïté. En Amérique, beaucoup, dont Madeleine, croient que tout est possible…

rn

James Lasdun et Jonathan Nossiter ont peaufiné leur histoire. Au centre, la relation trouble entre Madeleine et Oliver. Un amour pur, ponctuel peut-être. Mais c’est le dernier bonheur que la vie leur a laissé. Autour, le panorama émouvant d’un quartier, Queens, et de ses habitants, les laissés pour compte de la société. Les deux co-écrivains évitent les clichés et dressent un portrait fin et subtil de cette partie de la population.

rn

Parler d’amour sous la pluie, sous la neige, dans ces rues crasseuses et déprimantes. Un challenge que relève Jonathan Nossiter. Son passé de documentariste ne nous étonnera pas: ses images sont justes. Elles marient des prises de vue réalistes et des lumières travaillées (surtout lors des scènes de nuit). Les décors intérieurs sont très travaillés, en harmonie avec l’instabilité des personnages. Ces derniers sont toujours mis en avant, avec souplesse et fermeté. Leur interprétation est bouleversante. Nossiter a réuni deux acteurs au visage quelconque, un peu comme Robert Guédiguian dans MARIUS ET JANETTE. La romance n’en a que plus de puissance. David Suchet (PRIEST, EXECUTIVE DECISION) et Lisa Harrow (ALL THINGS BRIGHT AND BEAUTIFUL) apportent sensibilité et émotion à ce couple improbable. Et finalement, ils dégagent tous deux un charme trouble et mystérieux…

rn

SUNDAY est un film déconcertant dans sa forme, un peu comme un labyrinthe en spirale, qui se referme peu à peu. On s’y perd parfois, mais c’est une expérience qui laisse des traces, qui déstabilise. Un film intéressant donc. Un immanquable pour les amateurs de cinéma indépendant.