Sous Le Sable

François Ozon est un drôle de type, du genre à débarquer là où on ne l’attend pas, à passer par la fenètre quand la porte est ouverte. Après une comédie dérangée (SITCOM), un thriller déjanté (LES AMANTS CRIMINELS) et une adaptation de Fassbinder décalée (GOUTTES D’EAU SUR PIERRES BRULANTES), le voilà qui revient avec une histoire dépouillée.

SOUS LE SABLE part d’un souvenir d’enfance du réalisateur en vacances dans les Landes avec ses parents: Un couple de hollandais a vécu sous ses yeux le même drame que Marie et Jean et l’idée de ce qui a pu se passer après la disparition du mari l’a longtemps turlupiné.
Comment faire le deuil de quelqu’un qu’on a aimé, surtout quand il n’y a ni cadavre, ni explications auxquels se raccrocher ? Dans l’univers d’Ozon, fantasme et réalité sont intimement liés. Pour ce film, il pousse même le vice à commencer à tourner sans avoir écrit la seconde partie du film, préférant imaginer la suite de cette disparition en fonction du tournage, du travail des comédiens et du montage.

Si bien que de Jean on ne saura rien, François Ozon préférant s’intéresser au traumatisme de Marie et à son évolution psychique. C’est malin, du coup dans notre petite tête de spectateur les « où ça », « qui ça », « comment » et « pourquoi » se bousculent et s’affolent. Tout comme Marie, on cherche, s’interroge, construit des hypothèses pour comprendre l’incompréhensible. Et puis voilà qu’on se retrouve dans la tête de cette femme pour ne plus en bouger, véritable lobotomie qui nous entraîne dans ce monde qu’elle se construit pour survivre. Entre réel et imaginaire les frontières et les indices de son univers sont flous et les faux-semblants nombreux. L’imposante présence fantomatique de Jean est toujours là, Marie le voit, lui parle et lui achète des cravates, même si au fil du temps le déni est de plus en plus difficile à supporter.

Pour cette fois François Ozon nous livre par le biais de ce portrait d’une femme de 50 ans, une variation sur le thème du deuil. Plus apaisé et serein que par le passé, c’est avec une admiration non dissimulée qu’il promène sa caméra amoureuse dans l’intimité de son héroïne. Charlotte Rampling pour son « grand retour », vampirise l’écran et nous offre une composition dans un registre plus quotidien et humain qu’on ne lui connaissait pas. Comme toujours chez lui rien n’est « clef en main » et les nombreuses portes qu’il laisse ouvertes engendrent une multitude d’interprétations. Selon nos choix et notre envie de les franchir ou pas ces sables peuvent être mouvants ou émouvants.

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