Something's Gotta Give
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Something’s Gotta Give

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Titre français : Tout Peut Arriver

Equipe:
Durée : 120’
Genre:
Date de sortie: 02/03/2004

Cotation:

3/ 6

Si vous avez manqué le début:

La soixantaine bien sonnée, le cigare accroché à un sourire carnassier et la boîte de Viagra à portée de la main, Harry Sanborn dont le nombre d'années n'a absolument pas calmé la libido est plus que jamais un amateur de chair fraîche. Chasseur de jolies minettes exclusivement de moins de 30 ans, le voici qui débarque pour un week-end avec sa nouvelle proie dans la magnifique villa d'Erica la mère de la demoiselle, une célèbre romancière plutôt coincée et que la ménopause a rendu réfractaire à la gent masculine en générale et aux spécimens machos et cyniques du genre d'Harry en particulier. Après un repas de présentations houleux et mouvementé, entre deux galipettes post-digestives avec sa jeune conquête, Harry ne trouve pas mieux que d'affaler son bon quintal de virilité et de sex-appeal fatigué lors d'un malaise cardiaque qu'Erica contrainte de jouer les infirmières, juge du plus mauvais goût.

 

Notre critique:

Il y a des films qui clairement vous rappellent que le temps passe et n’arrange pas toujours les choses tant par leur contenu que leurs interprètes et SOMETHING’S GOTTA GIVE peut vous donner cette vilaine impression. Si vous voulez vraiment vous en convaincre (attention le choc peut s’avérer douloureux), le plus simple est d’enchaîner le mémorable SHINING suivi du formidable ANNIE HALL avant de filer donner votre ticket à l’ouvreuse pour avaler cette énième comédie romantique formatée à la sauce Hollywood qui, certes une fois n’est pas coutume, choisit de donner un peu la parole aux « seniors ». A la droite de l’affiche donc, Jack Nicholson doutes dents dehors prêt à nous envoyer en pleine rétine son « Big Show » de vieux cabot bougon dans un rôle sur mesure taillé à la hache tandis qu’à sa gauche pour lui tenir le crachoir et l’envoyer dans les cordes, on retrouve la pétillante Diane Keaton, qui malgré les affres des années n’a rien perdu de son charme naturel ni de son élégance.

Un homme, une femme, que bien sûr tout oppose et qui commencent par allègrement se détester à grand coups de petites phrases calibrées et de répliques assassines avant de devenir complices, les bons vieux quiproquos, la gouaille et le cabotinage d’usage, le ton est donné. Même si le cahier des charges de ce genre de blockbuster est aussi révolutionnaire qu’une tranche de pâté de foie en boîte sur une biscotte, la première partie passe bizarrement assez facilement sans qu’on ait à se pincer le nez pour avaler le tout. Big Jack éructe, se ballade les fesses à l’air et en fait des tonnes à un point que l’on en vient à se demander si son expérience personnelle ne serait pas responsable d’un tel enthousiasme. Tandis qu’à ses côtés l’ex-égérie de Woody n’a pas d’autres solutions que de surjouer les intellos coincées d’une manière exquise, prouvant à ceux qui en doutaient encore que même sans injection de botox, les actrices après 50 ans ne sont pas tout justes bonnes à repriser les chaussettes et faire chauffer la gamelle de leur homme si elles en ont encore un.

Mais le ton enjoué et l’autodérision de ces deux monstres laissent malheureusement trop vite place à des « chabadabada » convenus et guère imaginatifs où larmes de crocodiles, chandelles et musique sirupeuse finissent par noyer le tout dans une espèce de roman-photo façon catalogue de décoration pour « bobo BCBG quinqua ». Ni la bonne humeur de Frances McDormand (tristement relayée au rang de figurante), ni le brushing impeccable de Keanu Reeves en jeune docteur façon « Feux de l’amour » ou encore le plaisir de revoir la trombine de Starsky (euh pardon Paul Micheal Glaser) avec quelques pattes d’oies, n’arrivent à raccrocher les wagons de cette comédie qui n’en finit pas de tirer sur l’élastique de la pendule. Bref on en vient presque à maudire le monteur de s’être endormi sur la bobine, car malgré ses grosses ficelles et ses vilains défauts, une version light de TOUT PEUT ARRIVER aurait presque pu réussir à nous séduire. En somme c’est une peu comme ces crèmes anti-rides, on n’aimerait y croire mais le résultat n’est pas très convaincant.