Sex is Comedy
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Sex is Comedy

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe :
Durée : 92’
Genre :
Date de sortie : 01/10/2002

Cotation :

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Sur une plage déserte alors qu'une équipe de techniciens s'affaire avant que la tempête n'arrive et que deux comédiens grelottent de froid en maillot de bain, une jeune femme brune, hurle ses exigences, déverse sa mauvaise humeur et s'agite dans tous les sens autour de ce petit monde. Elle c'est Jeanne, la réalisatrice, têtue, autoritaire et tyrannique, elle s'obstine et s'acharne à obtenir coûte que coûte une scène de baiser parfaite entre ses deux jeunes acteurs qui semblent ne pas se supporter. Mais le pire reste à venir puisque demain doit se tourner la fameuse scène d'amour du film et que Jeanne aussi angoissée que son équipe, est bien décidée à torturer tout le monde pour obtenir le maximum de chacun et parvenir à ses fins.

 

Notre critique:

Pas besoin de s’appeler Madame Irma et de lire dans le marc de café pour deviner que le personnage de cette femme qui fait du cinéma comme on livre une bataille, qui vampirise son plateau et ne sait créer que dans le rapport de force, est bien évidemment le double de Catherine Breillat. Les connaisseurs ou amateurs de la bouillonnante cinéaste n’auront d’ailleurs aucun mal à faire le lien entre ce film et le précédent (A MA SOEUR) où d’ailleurs la jeune Roxane Mesquida reprend son propre rôle. Film dans le film, autoportrait de la réalisatrice au travail, SEX IS COMEDY pourrait en fait se définir comme une sorte de « making-of » intime aux accents narcissiques tant le fantôme de la réalisatrice rôde et domine d’un bout à l’autre de la pellicule.

Egocentrique, scandaleuse, perturbée, à force de filmer sans complexes son obsession du sexe, du désir et de la représentation de la jouissance à l’écran, sans compter le ramdam qui l’entoure à chacune de ses apparitions; la Breillat cultive un ego démesuré et une étiquette de cinéaste marginale et diabolisée qui irrite et indispose ses détracteurs autant qu’elle fascine ses admirateurs. Cette plongée dans son univers est en tous cas une bonne façon de faire taire les rumeurs et de briser les fantasmes qui l’entourent même si, c’est sûr, elle ne réconciliera pas tout le monde.

A travers les traits et l’étonnante composition d’une Anne Parillaud surprenante et saisissante de vérité, elle nous livre sans complaisance, avec franchise et aussi une bonne dose d’autodérision sa manière de travailler et sa façon perverse de jongler avec les relations de pouvoir et de séduction pour « faire son cinéma ». En nous plaçant dans la situation inconfortable mais tout aussi passionnante de « spectateur-voyeur », Catherine Breillat nous balance à la figure tout ce qu’elle a de plus agaçant et exaspérant tout en nous offrant une belle part d’humanité et de générosité. Cabotinage horripilant pour certains, son SEX IS COMEDY sera aussi une formidable mise à nu pour d’autres. Quoi qu’il en soit le cinéma est avant tout un jeu…