Samia

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 73’
Genre:
Date de sortie: 27/03/2001

Cotation:

3 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Du haut de ses 15 ans, la moue boudeuse et le regard déterminé, Samia a soif de liberté. Comme toutes les jeunes filles de son âge, elle veut croquer la vie à pleines dents et pouvoir rêver à un avenir meilleur. Mais lorsque l'on est la 6ème d'une famille de huit enfants, issue d'un quartier de la banlieue de Marseille et d'origine maghrébine, ça fait beaucoup à porter et le poids des traditions est bien lourd. Un père usé par une vie de labeur, un grand frère brutal chargé de faire régner les traditions ancestrales et la loi patriarcale, une mère soucieuse que ses filles se soumettent à la parole masculine, enferment le quotidien de Samia et ses soeurs dans un carcan truffé de tabous, règles et interdits. Sortir, se balader, s'amuser, danser ou flirter, ces petits plaisirs qui nous paraissent anodins prennent pour elles des allures de parcours du combattant.

 

Notre critique:

A la lecture du script, on redoute le pire : encore un film sur la banlieue avec les pièges et les clichés du genre teintés de hip-hop et de slogans revanchards, mais ce serait faire un affront à Philippe Faucon, cinéaste sobre et discret qui débuta comme technicien avec Jacques Demy ou encore Léos Carax. Plus connu du petit que du grand écran (il travaille principalement en collaboration avec la chaîne ARTE), il a l’habitude de nommer chacun de ses films d’après la jeune fille qui l’inspire (SABINE, MURIEL FAIT LE DESESPOIR DE SES PARENTS), ici Samia lui a été soufflée par un roman : « Ils disent que je suis une beurette ». Basé sur les observations et les souvenirs de Soraya Nini (l’auteur du livre et aussi la co-scénariste du film), ce 6ème long métrage filme avec précision et justesse le combat et la révolte pacifique de cette ROSETTA du sud.
Plus vraiment enfant mais pas encore femme, à mi-chemin entre deux pays et deux cultures, Samia est une boule d’énergie qui, malgré les interdits et les préjugés, a choisi de s’en sortir coûte que coûte face à une société cosmopolite qui se protège avec des valeurs archaïques ou se réfugie derrière des grands discours.

En choisissant de ne faire appel qu’à des acteurs non professionnels (tous très impressionnants), Philippe Faucon nous offre un film qui n’a rien d’une caricature. Passionnément humain, au travers des joies simples et des douleurs profondes de cette adolescente, SAMIA est un film portrait, un film chronique qui, par sa justesse de ton et la force de ses propos, sait intelligemment nous parler. Tout comme le récent et émouvant film de Moufida Tlatli (LA SAISON DES HOMMES), c’est aussi un joli hommage à toutes les femmes qui se battent pour conquérir leur liberté, preuve que ce combat n’a pas de frontières.

D’ailleurs, Samia en arabe ne signifie-t-il pas : « celle qui s’élève » ?