Salinui Chueok
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Salinui Chueok

par Olivier Guéret
Publié: Dernière mise à jour le

Titre français : Memories Of Murder

Equipe :
Durée : 127’
Genre :
Date de sortie : 20/07/2004

Cotation :

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d'une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d'autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n'a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d'actes commis par un serial killer grandit de jour en jour.
Une unité spéciale de la police est ainsi créée dans la région afin de trouver rapidement le coupable. Elle est placée sous les ordres d'un policier local et d'un détective spécialement envoyé de Séoul à sa demande. Devant l'absence de preuves concrètes, les deux hommes sombrent peu à peu dans le doute...

 

Notre critique:

Le cinéma sud-coréen est en grande forme. Après Kim Ki-Duk (THE ISLE, SPRING, SUMMER, FALL, WINTER… & SPRING) Kim Ji-Woom (TALE OF TWO SISTERS), c’est au tour de Joon-Ho Bong de nous ravir avec un MEMORIES OF MURDER d’excellente facture.

Loin des canons standardisés du film de serial-killer, Joon-Ho Bong esquisse avec MEMORIES OF MURDER bien plus qu’une oeuvre de genre. Notre homme a la démarche pure assoit un récit densifié par le contexte sociopolitique (la dictature militaire était encore de mise en 1986). De même, il a la volonté de coller au quotidien rendant son ouvrage basé sur des faits réels, à mi-chemin entre SEVEN et SCENES DE CRIME, singulier, fascinant et brutal.

D’aucuns diront, à juste titre, que cela fleure bon le Kitano que ce soit dans la mise en scène ou dans cette volonté affichée de faire jaillir des giclées d’humour dans une chronique déjà pas très folichonne. Mais Joon-Ho Bong est bien plus qu’un imitateur, il maîtrise à la fois son sujet et sa mise en scène. Que ce soit dans l’installation géo-politique de l’action, ou dans la gestion des personnages, il fait preuve d’un incroyable doigté. Triturant sans ménagement ces personnages, il met en avant leur méthode sans autre explication que les restrictions budgétaires émanant de l’ordre en place. Et quand le flic des villes débarque chez les flics des champs, aux méthodes qui les séparent, il répond par leur farouche détermination à trouver la coupable.
Ainsi loin de s’enterrer dans une seule ligne narratrice, le réalisateur peint avec précision une toile d’une densité remarquable, transcendant les genres, passant du polar pur jus à une épatante étude de personnages. Et personne n’est en reste tant la savoir-faire est présent… Ne lâchant jamais la proie pour l’ombre, Bong trace sa voie à la machette dans cette enquête tout aussi atroce que burlesque.

Un scénario minutieux, malicieux et passionnant, un contexte fascinant sans être étouffant, une mise en scène poignante que ce soit dans l’action ou l’intimité, des personnages attachants et hauts en couleur, une fin anticonformiste… Comme quoi faire un bon film, ce n’est pas si difficile que cela!