Roozi khe zan shodam
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Roozi khe zan shodam

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Titre français : Le Jour où Je Suis Devenue Femme

Equipe:
Durée : 75’
Genre:
Date de sortie: 03/07/2001

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Elles sont trois, elles sont iraniennes et à trois époques de la vie. Toutes poursuivent le même idéal : celui d’être ou de devenir des femmes libres, et toutes courent contre le temps pour y parvenir.
Il y a d’abord Hava, la plus jeune, qui, le jour de ses 9 ans, devient officiellement une femme pour la société iranienne. Ce changement de statut l’oblige désormais à ne plus fréquenter les garçons, elle négocie et profite des dernières heures qui lui restent pour jouer avec son ami Hassan, avant de revêtir pour toujours le long voile noir qui signera sa condition féminine.
Ce tchador, Ahou, l’héroïne du deuxième épisode, le porte depuis longtemps, et c’est dans une course effrénée à vélo qu’elle tente d’échapper au temps et à son mari, sous les menaces et les insultes de ce dernier.
Quand à Houra, la doyenne, après une vie passée dans la privation et la dépendance, elle essaye de rattraper le temps perdu. Après avoir dévalisé les magasins de meubles et d’appareils ménagers qu’elle n’a jamais pu s’offrir, la vieille dame part installer sur la plage l’ensemble de ses emplettes.

 

Notre critique:

Le cinéma iranien a le vent en poupe et depuis maintenant plusieurs années autour des deux « incontournables » noms d’’Abbas Kiarostami et de Mohsen Makhmalbaf, on voit fleurir de nouveaux « disciples » au talent prometteur et à la créativité inventive. C’est justement de ce dernier que se réclame Marzieh Meshkini, puisqu’’elle est son épouse et aussi ancienne élève de son école de cinéma.

LE JOUR OU JE SUIS DEVENUE FEMME est son premier long métrage. Tout comme ses compatriotes cinéastes, face à la censure idéologique intransigeante du pouvoir islamiste de son pays, elle a appris à manier avec subtilité et stratégie le langage elliptique et métaphorique qui caractérise tant les films iraniens. Si son sens de la symbolique est évident, il ne tombe jamais pour autant dans une lourdeur de style ou de narration. Avec peu de moyens et dans un décor plutôt inattendu pour la région (l’île de Kish), elle réussit à faire de cette trilogie féminine un poème en images où fantaisie surréaliste, émotion et même aussi parfois loufoquerie illustrent avec force des situations très simples. Au regard du sujet, on ne peut bien sûr s’empêcher de penser au très beau et bouleversant LE CERCLE, de Jafar Panahi. Mais au cri de colère et de dénonciation de ce dernier, Marzieh Meshkini préfère une revendication par l’illustration esthétique et onirique. La scène de poursuite entre le mari à cheval et son épouse à vélo (activité diabolique en Iran), ou encore le déballage irréel des achats de Houra sur la plage, offrent des plans d’une rare beauté.

Moins révolté ou engagé que d’autres, ce film est aussi là pour nous rappeler que la conquête de la liberté peut également s’amorcer en douceur, et que l’art cinématographique en Iran est déjà une bataille livrée.