Rabbit-Proof Fence
Accueil Critiques Rabbit-Proof Fence

Rabbit-Proof Fence

par Eric Van Cutsem
Publié: Dernière mise à jour le

Titre français : Les Chemins De La Liberté (I)

Equipe:
Durée : 94’
Genre: Drame biographique
Date de sortie: 15/04/2003

Cotation:

5/ 6

Si vous avez manqué le début:

1931. Molly Craig est une jeune métisse aborigène australienne. Le gouvernement a décidé de tenter d'intégrer les métis dans la population blanche en plaçant les plus jeunes dans des camps d'éducation où on les prépare à être de bons petits serviteurs. Dans le cadre de ce programme, Molly, sa jeune soeur et sa cousine sont emmenées à des milliers de kilomètres de chez elles. Ne supportant pas la vie du camp, elles se décident très vite à retourner dans leur famille en parcourant plus de 2500 kilomètres à pied!

 

Notre critique:

Philip Noyce, réalisateur australien, a été révélé chez nous avec son DEAD CALM américano-australien en 1989 où l’on découvrait une jeune comédienne nommée Nicole Kidman… Ensuite Noyce enchaînera les blockbusters made in US (PATRIOT GAMES, THE SAINT, …) à en perdre son âme de bushman. RABBIT-PROOF FENCE marque son retour à ses origines et à une production made in kangourou avec un film en phase totale avec le cinéma australien des années 70 (WALKABOUT, MAD DOG MORGAN ou THE LAST WAVE).
Comme dans ces films, la nature australienne est un des protagonistes de l’histoire, protagoniste dont toute l’énergie imprègne un récit fort dénonçant les pratiques racistes des colonisateurs blancs. Road movie inspiré, tout en demi-teinte et en images superbes, RABBIT-PROOF FENCE démontre encore une fois que la colonisation et la conquête d’un pays au détriment de ses habitants d’origine ne peut que conduire à des abus et des révoltes qu’elles soient silencieuses (comme ici) ou guerrières (comme dans le cas des indiens d’Amérique). Noyce réussit une mise en scène sans effets majeurs, exception faite peut-être des prises en caméra subjective du début pour renforcer le regard étrange posé par les enfants aborigènes sur le monde. Il privilégie plutôt l’introspection et le témoignage direct aux films d’un âge d’or australien. Soutenu par une superbe musique hypnotique due à Peter Gabriel, à la mesure des paysages et de la nature, RABBIT-PROOF FENCE délivre un message humaniste dans une époque qui en a bien besoin…

La présence au générique de l’aborigène David Gulpilil ne peut que renforcer l’impression que Philip Noyce a voulu rendre un hommage appuyé à un certain cinéma australien. En effet, Gulpilil a joué dans WALKABOUT et dans THE LAST WAVE de Peter Weir comme représentant et défenseur de tout un peuple opprimé. Les jeunes actrices (Everlyn Sampi, Tianna Sansbury), quant à elles, sont étonnantes, associant charme de l’enfance et noblesse du comportement. Elles traduisent à merveille un peuple que l’âme des choses de la nature imprègne depuis des millénaires.

Film poignant, RABBIT-PROOF FENCE dégage une empathie profonde pour un peuple animiste, opprimé depuis quelques centaines d’années par une civilisation qui tente d’ériger un mur économique entre la nature et lui-même.