Quo Vadis, Aida?
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Quo vadis, Aida?

par Eric Van Cutsem

Cotation:

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Bosnie, juillet 1995.
Des chars et des militaires à pieds battent la campagne pendant qu les habitants de Srebrenica sont massacrés.

 

Notre critique:

En juillet 1995, alors que des bosniaques sont massacrés, l’ONU pose un ultimatum aux Serbes qui perpétuent ce massacre aux abords de la ville de Srebrenica.Mais cela ne les empêchera pas de rentrer dans la ville et l’ONU d’être ridiculisée…

Quand on pense « guerre de Bosnie-Herzégovine » au cinéma, on pense presque immédiatement à Danis Tanovic, réalisateur/scénariste de Bosnie-Herzégovine et notamment à son NO MAN’S LAND, comédie dramatique dont l’action se situe en plein pendant la période de guerre, mais aussi MORT A SARAJEVO ou encore à CIRKUS COLUMBIA. En moins réussi, il faut aussi bien sûr souligner le film d’Angelina Jolie, très impliquée politiquement qui, avec son IN THE LAND OF BLOOD AND HONEY a voulu apporter sa pierre à un édifice qui dénonce les horreurs d’une guerre fratricide que l’Europe et l’ONU ont laissé faire sur un territoire très proche.

Si les films cités ci-dessus ont mis en avant les horreurs de la guerre, QUO VADIS, AIDA s’attaque directement à un des massacres phare de cette guerre horrible, celui de Srebrenica. Avec plus de 8000 hommes et adolescents éliminés par les serbes, ce génocide a évidemment de quoi alimenter les scénarios des films de fiction même si il est bien évident que ce type de film est difficile à voir et à supporter psychologiquement.

Qui mieux que la réalisatrice de SARAJEVO MON AMOUR, Jasmila Zbanic, pouvait donc s’attaquer à ce sujet? En proposant le point de vue d’Aida, une interprète bosniaque de l’ONU prise au milieu de ce conflit, la réalisatrice yougoslave fait le pari intelligent de choisir une personne au coeur de la tourmente, d’autant que Aida est de Srebrenica ainsi que toute sa famille.

Elle utilise ainsi le regard e son héroïne pour nous montrer le drame qui se joue mais aussi l’impuissance de l’ONU prise entre le terrain et les ordres de ne pas envenimer le conflit venu du haut commandement. Elle se sert aussi d’Aida pour montrer les impasses humaines, émotionnelles et terrifiantes dans lesquelles se trouvent tous les personnages, tiraillés qu’ils sont par les événements qu’ils vivent.

Autant le dire tout de suite, on ne sort pas indemne de la vision de QUO VADIS, AIDA. Et la critique d’un tel film est difficile à faire car se replier sur les seules qualités techniques: le jeu des interprètes, la mise en scène, la photographie, la musique ou le son (qualités indéniables même si parfois imparfaites) est vite balayé par le choc de la réalité historique du massacre et l’ébahissement du spectateur qui assiste aussi impuissant que les protagonistes à l’exécution du plan Serbe.

Au final, QUO VADIS, AIDA est évidemment un film à voir car il est nécessaire de continuer à se rappeler qu’à la fin du 2e siècle, nos sociétés dites « civilisées, industrielles et modernes » n’ont pas été capabes d’empêcher un génocide sur le sol européen. Honte à nous… et merci à Jasmila Zbanic!

 

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