On Connait La Chanson
Accueil Critiques On Connait La Chanson

On Connait La Chanson

par Jean-Dominique Quinet
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 120’
Genre:
Date de sortie: 13/01/1998

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Camille tombe amoureuse de Marc qui tente de vendre un appartement à Odile, la soeur de Camille, ce que Claude, son mari (à Odile) désapprouve. Pendant ce temps, Nicolas réapparait dans la vie d'Odile ce que Claude désapprouve aussi...

 

Notre critique:

Gardé secret avant sa sortie, le principe de ON CONNAIT LA CHANSON est désormais connu de tous: remplacer les voix-off des personnages, leurs pensées intimes, par des grands succès de la chanson française, interprétés en playback par les acteurs. Il est libre max, J’aime les filles, Ma gueule, Résiste, etc. Le jeu consistant à reconnaître ces titres archi-connus vaut déjà le détour. Pour corser le tout, Alain Resnais (SMOKING, NO SMOKING) joue avec nos pieds. Il intercale les morceaux à des moments surprenants et nous fait languir avec humour. Bref, ON CONNAIT LA CHANSON est un divertissement bien agréable.

rn

Le croisement ludique du cinéma et de la chanson est son principal argument de vente. Pourtant, ce n’est pas sa première qualité. D’ailleurs, cette idée avait déjà été utilisée par Denis Potter, scénariste anglais des séries PENNIES FROM HEAVEN, THE SINGING DETECTIVE et LIPSTICK ON YOUR COLLAR. Non. Cette trouvaille n’est décidément que la cerise sur le gâteau.

rn

Un gâteau admirablement cuisiné par un des tandems les plus prolifiques du cinéma français actuel: Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui. Ils ont déjà signé UN AIR DE FAMILLE, une comédie inoubliable qui mettait en scène avec une pincée de cruauté une famille qui règle ses comptes. Dans ON CONNAIT LA CHANSON, ils dressent les portraits de personnes en quête de bonheur. Des êtres déprimés, voire dépressifs, qui s’interrogent sans cesse sur leur relation avec les autres. Magie du cinéma: en quelques plans, ils nous sont sympathiques. On y reconnaît l’un ou l’autre de nos amis. On y croit, tout simplement.

rn

Tout ce petit monde se croise dans un Paris un peu coincé. Ils sont ballottés par un hasard capricieux. Petit à petit, les rapports de force s’installent: amicaux, passionnels ou professionnels. La toile de la vie en société se dessine. Elle les a capturés, et elle les entraîne jusqu’à une pendaison de crémaillère finale pendant laquelle les masques tomberont. Les dialogues forment le squelette du film. Ils sont simples et inventifs. Derrière les bonnes formules, on surprend les accents d’une vérité plus grave, d’une satire sociale plus amère. C’est là la force des vrais bons scénarios de comédie.

rn

Les acteurs l’ont d’ailleurs compris et nous livrent une interprétation jubilatoire. Sabine Azéma est particulièrement remarquable. Elle est déchaînée et sa vitalité est contagieuse! A ses côtés, Jean-Pierre Bacri est impérial. Il s’est réservé quelques répliques jouissives et ne s’en prive pas. Agnès Jaoui joue dans un registre plus tendre. Elle tombe dans les bras de l’odieux Lambert Wilson, stéréotype du patron sans scrupule.
Derrière la caméra, Alain Resnais tempère le jeu. Sa mise en scène est douce et modérée. Il reste en harmonie avec le ton général, tout en imposant sa griffe.

rn

ON CONNAIT LA CHANSON prouve que la comédie française peut nous tordre de rire sans martyriser la langue à coup de grossièretés. Il y plane un léger parfum de poésie, comme au bon vieux temps de Prévert. Un parfum qui chatouille les narines et qui monte à la tête. Ca s’appelle le plaisir…